On a tout essayé est en passe de devenir une institution. OATE passe du lundi au vendredi entre 19 et 20 heures, avant le sacro-saint journal. Ruquier présente une émission impertinente entouré de son équipe de chroniqueurs. D'emblée la production donne le ton : Barma n'est-elle pas la complice d'Ardisson? On connaît la définition de l'impertinence selon Ardisson : générer l'affrontement permanent pour laisser croire que la démocratie se résume à la foire d'empoigne. Les spectateurs sont friands de scandale.
Ruquier ne s'habille pas en noir. Il est tendance. Ce gay qui a fait son coming out se veut insolent, intelligent et artiste. Il écrit des pièdes de théâtre qui connaissent le succès. Ruquier est une projection réussie d'Ardisson - tout comme Laurent Baffie est un artiste cultivé. Pour Ardisson, la publicité était une transition avant l'Art. Pour échapper à son enfer professionnel, il eut recours au roman historique. On connaît la suite : le plagiat et le discrédit.
Ardisson s'est donc recyclé en homme de télévision, ce qui en dit long sur les hommes de télévision : ce sont des plagiaires, soit créateurs ratés. Autrement dit : la télévision à l'heure actuelle (depuis toujours et pour toujours?) prétend à la création alors qu'elle n'est que la voix de la répétition servile. En l'occurrence, l'artiste selon Ardisson est un humoriste professionnel qui s'est lancé dans un genre littéraire - souvent le théâtre comme récurrence de la mise en scène permanente.
Ruquier se veut d'autant plus impertinent qu'il est en fait homme de télévision, c'est-à-dire un humoriste qui s'est pérennisé (d'ailleurs, Ruquier fut un temps humoriste avant de réussir à la télévision grâce à Ardisson). L'humoriste professionnel est le bouffon du pouvoir qui fait mine de remettre en cause l'ordre pour mieux le conforter. Ruquier fait mine d'ébranler (pardon pour le vilain jeu de mots!) ce qu'il s'empresse dans le même temps de mieux asseoir.
Ruquier prétend à l'impertinence en invitant Steevie pour disposer sur son plateau du benêt de service. Finalement, à y bien regarder, le boulet est encore le plus sympathique de la bande des crapules sympathiques qui compose l'émission. Ou le plus intelligent : car il faut être diablement culotté pour faire son beurre sur la perversité des gens.
G. Miller ou P. Bénichou sont les intellectuels-bouffons du manège. Bénichou est l'insolent; Miller le psy mao. Le coup de génie du système aveugle, c'est d'avoir conforté son influence en convoquant des contestataires assujettis à sa cause. Miller n'est pas plus mao que Bénichou n'est insolent. C'est un contempteur-zélateur du système, un grand bourgeois dont l'intérêt est de se donner à peu de frais le visage de la rébellion populo-intellectuelle. Comme ces cyniques gens sont méprisants! Miller est le guerillero d'On a tout essayé. On a les Che que l'on peut, mon Prince... Grâce à Dailymotion, cet outil d'information décalé prodigieux, j'ai eu l'occasion de revoir deux épisodes savoureux.
Le premier mettait en scène l'avocat Jacques Vergès, invité pour l'occasion en tant qu'auteur de la Démocratie à visage découvert. Vergès n'est pas une autorité inattaquable, loin s'en faut. Il a été accusé d'être du côté des monstres politiques qu'il défendit (Barbie ou Carlos) et d'avoir disparu pendant les années 70. Il se complaît dans cette image trouble qu'il cultive à dessein par des poses mystérieuses et une assurance inébranlable.
D'entrée de jeu, on sent que les chroniqueurs brûlent de lui signifier leur haine impitoyable. Bénichou s'y colle avec un plaisir manifeste. Il commence par l'agresser en lui affichant son mépris. Vergès aurait laissé entendre, lors du procès Barbie, qu'une femme ne pouvait être violée par un chien de la Gestapo. Bénichou, solennel et moraliste, assure qu'il en a fini avec l'invité. Il tiendra quelques secondes avant de se lancer dans un numéro de facétieux sarcastique, coupant l'invité sans cesse et sans vergogne pour abreuver les spectateurs de ses bons mots. Les hommes de télévision sont experts dans l'art de couper la parole, comme si ce manque de savoir-vivre constituait la norme. René Girard l'avait constaté lors d'une émission de FOG.
Le meilleur n'est pas encore venu. Après l'humoriste moraliste, la bécasse repue de sa crasse. Une intervenante aussi agressive que manifestement imbécile réussit l'exploit rhétorique de la soirée : elle commence par expliquer à Vergès qu'elle se montrera moins partiale que ses collègues ("ce ne sera pas difficile", lui répond avec malice Vergès), avant de lui asséner que son livre est un torche-cul! Vergès n'aura aucune peine à mettre en lumière son argumentaire ridicule et pathétique.
Au final, l'avocat trimphera. Il lancera à ses procureurs médiatiques que leurs cris le comblent d'aise. Vergès distinguait-il dans ses vis-àvis les incarnations de cette démocratie à visage obscène qu'il dénonce non sans une certaine duplicité? Il n'est pas certain que le spectateur ait discerné dans l'affrontement la victoire du Bien sur le Mal. Pour ma part, j'ai trouvé que les défenseurs de la démocratie supposée suintait de haine et de moraline!
Le 17 octobre 2006, Ruquier reçoit Nabe. L'écrivain traîne comme un boulet sa première apparition médiatique à Apostrophe. Depuis, il est catalogué écrivain collabo. Raciste. Antisémite. Violent. Nous allons voir comment la télévision reproche aux apologètes de la violence leur violence avec un surplus de violence. Vergès s'était félicité de ne pas apercevoir parmi les chroniqueurs Gérard Miller, frère du psychanalyste Jacques-Alain Miller, gendre et légataire intellectuel de Jacques Lacan.
Cette fois, Miller est de la partie. Il trépigne, Miller, même Ruquier, manifestement gêné, le fait remarquer. Il faut préciser que Nabe et Miller ont eu plusieurs passes d'armes lors d'anciennes émissions. Nabe est un provocateur qui ne recule devant aucune outrance. Ruquier présente à peine Nabe. L'affaire est entendue et huilée : Miller est chargé, avec un plaisir non dissimulé, de l'exécution. Exécution symbolique, qui sonne comme le glas. Si vous voulez passer à la télé, gare! Voyez comme l'on traite les renégats!
Effectivement, l'ancien maoïste traite Nabe de "salaud lumineux" et le compare à Rebattet et Céline - pour Céline, la comparaison n'est pas seulement trop élogieuse : elle est saugrenue. Du coup, Nabe quitte le plateau. Le but est atteint : tous les médias relaieront l'esclandre. Nabe joue certes à la victime, mais force est de constater qu'il est traité comme un chien, avce l'accord tacite de tous les participants.
Ces manières de se comporter sont méprisables. Miller pourrait les revendiquer sans hypothèque comme dignes descendantes du maoïsme. Elles ne sont en tout cas pas dignes de la démocratie, ni du service public. Qu'on laisse s'agiter ces clowns sinistres qui n'attendent que de perpétrer leur sadisme débilitant en dit long sur l'idéologie qui secoue le PAF!
La télévision est le mime du pouvoir. Elle est l'expression du système dominant selon lequel la démocratie exprime la suprématie de l'économique sur le politique. La télévision est persuadée d'incarner le Bien, un peu comme W. dans sa Croisade postmoderne et surtout surréaliste. Du coup, elle s'autorise les pires châtiments. Sous prétexte de défendre la démocratie, la télévision serait-elle devenue totalitaire? Miller retrouverait-il, dans sa défense implicite du système médiatique, le goût sanguinaire de ses apologies de jeunesse?
Ce totalitarisme est d'autant plus exacerbé qu'il n'a pas d'adversaires viables. Nabe profère des absurdités incoulables, qui le discréditent à jamais. Les critiques conséquentes de la langue de bois médiatique et de son apologie du système occidental dominant ne viennent pas à la télévision - ou dans des émissions confidentielles logées à des heures fort tardives. Ils savent trop quel guet-appens les attendrait! Ceux qui sont conviés aux heures de grande écoute sont des personnages qui prêtent facilement le flanc au discrédit. Cas de Nabe en tant que réincarnation du nazillon de service d'avant-guerre, avec la touche artistique chère à Ruquier. Manifestement, selon Ruquier, l'artiste porte le soupçon du scandale dans ses bottes. Serait-ce parce que Ruquier est un homosexuel qui aurait aimé être artiste maudit?
Cas aussi de Gérard de Villiers, l'auteur (entre autres) des SAS, qu'Ardisson invita sur le plateau de Tout le monde en parle pour l'exécuter en tant qu'ignoble raciste. Venant d'Ardisson, l'accusation ne manque ni de sel, ni de fiel. Jean-Pierre Foucault en profita pour signifier son plus complet mépris (après Bénichou, décidément, c'est une manie des moralistes!), sous les applaudissements à tout rompre des spectateurs comblés de ces jeux du cirques modernes et soft.
Si l'on résume : on invite des personnages douteux pour mieux les éreinter et conforter à rebours le discours dominant. Le système ne doit pas être si mauvais pour ne générer que des adversaires aussi odieux, aussi violents, aussi extrêmes. L'auto-justification coule de source : nous ne sommes peut-être pas parfaits, mais contemplez l'étendue de ces monstres. Ne vaut-il pas mieux subir notre joug que de supporter leurs méthodes sanguinaires? Voilà comment le totalitarisme moderne se réclame de la démocratie pour attaquer les résurgences d'anciennes formes totalitaristes avec l'appui des complaisants, des formatés et des menteurs.
Non que l'Occident vive sous le totalitarisme liberticide tel que d'autres régimes l'imposent. Mais la chape de plomb est telle qu'il est devenu difficile de laisser percer dans les médias des voix contestataires sur la marche du monde telle que la mènent nos puissants. Rarement système n'oeuvra avec autant de finesse pour empêcher la contestation sans se discréditer. Alors qu'auparavant on réduisait l'opposition au silence par le sang, aujourd'hui, on étouffe sa voix sous un monceau de protestations discordantes. Qui osera opposer au système de l'ultralibéralisme mondialisé qui se forme une parole de sagesse enfin viable?
samedi, janvier 13, 2007
vendredi, janvier 12, 2007
Réponse depuis mon comptoir
Cher Nicolas,
J'écris ma brève depuis mon comptoir désert. Il fait sombre et voilà bien longtemps que les clients ont déserté le Café du Coeur. Moi, je l'aurais bien appelé le Quartier Latin en hommage au Bénin, mais c'est votre choix et je le respecte.
Je ne vous connais pas, mais je vous aime bien. Pour une raison précise : vous êtes à l'instigation de l'Atelier Clément Rosset. J'aurais pu commencer par préciser que si mon blog d'humeur existe, c'est grâce à l'Atelier, mais j'ignore au juste s'il s'agit d'un compliment. D'ordinaire, les Normaliens de la rue d'Ulm sont d'excellents élèves qui fondent sur leur intelligence et leurs savoirs hors pair l'élite des commentateurs de demain. Parfois, un Bergson sort du lot, mais ce n'est pas la règle. Du côté des romanciers, Céline ou Proust ne sont pas Normaliens. Justement, si vous apparteniez à cette caste prestigieuse (j'allais écrire case), vous n'auriez pas manqué de vous lancer dans la défense d'un aîné subversif du genre Deleuze ou Derrida. Soit un penseur du sérail coopté par le sérail pour mieux faire diversion.
Au contraire, vous vous êtes risqué à parler du seul esprit sérieux de l'époque (avec Girard), c'est-à-dire d'un être possédant l'originalité suffisante pour ne pas appartenir au système de pensée dominant. En l'occurrence, Rosset ne fut ni d'extrême-gauche, ni heideggérien, ni marxiste, ni d'aucune autre coterie. Rédhibitoire quand on est né en 1940 ou peu s'en faut!
Mais je ne vous écrivais pas pour disserter sur Rosset. Vous le feriez mieux que moi. Hier, j'avais trop bu (je veux dire : trop écrit) et je me suis laissé aller à des propos confus sur l'amour et l'amitié. Manifestement, vous avez compris que j'opposais l'amour à l'amitié avec manichéisme - l'amitié ne valant rien et l'amour tout. C'est un tout petit peu différent : je pense que l'amour est le meilleur conducteur en réel et que l'amitié lui est très inférieure sur ce plan. Je ne dis pas que l'amour soit parfait, loin s'en faut. J'avais juste une question en réserve : pourquoi les chagrins d'amour provoquent-ils de telles déchirures, alors que les différends d'amis n'engendrent au pire que des déceptions?
Vous avez affirmé que l'amour d'une femme et l'amour du réel différaient en ce que l'amour du Tout et l'amour d'un être singulier ne pouvaient concorder. En lisant Schopenhauer, puis Rosset sur Schopenhauer, j'ai été très frappé par la conception schopenhauerienne de l'amour. Les gens considèrent l'amour comme la chose la plus privée alors qu'il s'agit en réalité de la plus impersonnelle (corrigez-moi si je me trompe).
Le sentiment amoureux qui s'empare de l'individu est un leurre en ce qu'il dépasse de très loin les amants. L'amour n'appartient pas plus à l'amoureux que sa vie, en fait. C'est curieux, mais cette conception, qui est considérée comme noire et désespérée, recèle pour moi les notes de la joie et de la légèreté. C'est ce que j'aurais aimé ajouter en pastichant Schopenhauer à ma sauce : nous prenons la vie pour notre bien le plus privé alors qu'il est de loin l'absolu le plus étranger à notre personne. Peut-être est-ce la raison pour laquelle l'amoureux bafoué éprouve une affliction parfois irrémédiable : si ce n'était qu'à lui qu'on s'était attaqué en le privant de son incarnation amoureuse ! En réalité, en perdant l'amour, il a perdu son précieux lien avec le réel tel qu'il ne le voit pas, ni ne le sent. Lui resterait-il l'art? Mais l'art est une forme mineure, quoique un puissant remontant, de l'amour!
Vous voyez que je n'ai rien contre l'amitié. Lui reprocher sa pauvreté en réel serait réelle injustice : autant fustiger la chaleur du feu ou la charpente prononcée d'un Bourgogne. D'ailleurs, il me faut vous laisser : une bière d'abbaye m'attend au frais. J'ajoute un dernier détail cependant. Désormais, ma bière, c'est mon clavier. Lui aussi constitue un puissant translucide.
Avec mes amitiés sincères,
Koffi de Cadjehoun.
J'écris ma brève depuis mon comptoir désert. Il fait sombre et voilà bien longtemps que les clients ont déserté le Café du Coeur. Moi, je l'aurais bien appelé le Quartier Latin en hommage au Bénin, mais c'est votre choix et je le respecte.
Je ne vous connais pas, mais je vous aime bien. Pour une raison précise : vous êtes à l'instigation de l'Atelier Clément Rosset. J'aurais pu commencer par préciser que si mon blog d'humeur existe, c'est grâce à l'Atelier, mais j'ignore au juste s'il s'agit d'un compliment. D'ordinaire, les Normaliens de la rue d'Ulm sont d'excellents élèves qui fondent sur leur intelligence et leurs savoirs hors pair l'élite des commentateurs de demain. Parfois, un Bergson sort du lot, mais ce n'est pas la règle. Du côté des romanciers, Céline ou Proust ne sont pas Normaliens. Justement, si vous apparteniez à cette caste prestigieuse (j'allais écrire case), vous n'auriez pas manqué de vous lancer dans la défense d'un aîné subversif du genre Deleuze ou Derrida. Soit un penseur du sérail coopté par le sérail pour mieux faire diversion.
Au contraire, vous vous êtes risqué à parler du seul esprit sérieux de l'époque (avec Girard), c'est-à-dire d'un être possédant l'originalité suffisante pour ne pas appartenir au système de pensée dominant. En l'occurrence, Rosset ne fut ni d'extrême-gauche, ni heideggérien, ni marxiste, ni d'aucune autre coterie. Rédhibitoire quand on est né en 1940 ou peu s'en faut!
Mais je ne vous écrivais pas pour disserter sur Rosset. Vous le feriez mieux que moi. Hier, j'avais trop bu (je veux dire : trop écrit) et je me suis laissé aller à des propos confus sur l'amour et l'amitié. Manifestement, vous avez compris que j'opposais l'amour à l'amitié avec manichéisme - l'amitié ne valant rien et l'amour tout. C'est un tout petit peu différent : je pense que l'amour est le meilleur conducteur en réel et que l'amitié lui est très inférieure sur ce plan. Je ne dis pas que l'amour soit parfait, loin s'en faut. J'avais juste une question en réserve : pourquoi les chagrins d'amour provoquent-ils de telles déchirures, alors que les différends d'amis n'engendrent au pire que des déceptions?
Vous avez affirmé que l'amour d'une femme et l'amour du réel différaient en ce que l'amour du Tout et l'amour d'un être singulier ne pouvaient concorder. En lisant Schopenhauer, puis Rosset sur Schopenhauer, j'ai été très frappé par la conception schopenhauerienne de l'amour. Les gens considèrent l'amour comme la chose la plus privée alors qu'il s'agit en réalité de la plus impersonnelle (corrigez-moi si je me trompe).
Le sentiment amoureux qui s'empare de l'individu est un leurre en ce qu'il dépasse de très loin les amants. L'amour n'appartient pas plus à l'amoureux que sa vie, en fait. C'est curieux, mais cette conception, qui est considérée comme noire et désespérée, recèle pour moi les notes de la joie et de la légèreté. C'est ce que j'aurais aimé ajouter en pastichant Schopenhauer à ma sauce : nous prenons la vie pour notre bien le plus privé alors qu'il est de loin l'absolu le plus étranger à notre personne. Peut-être est-ce la raison pour laquelle l'amoureux bafoué éprouve une affliction parfois irrémédiable : si ce n'était qu'à lui qu'on s'était attaqué en le privant de son incarnation amoureuse ! En réalité, en perdant l'amour, il a perdu son précieux lien avec le réel tel qu'il ne le voit pas, ni ne le sent. Lui resterait-il l'art? Mais l'art est une forme mineure, quoique un puissant remontant, de l'amour!
Vous voyez que je n'ai rien contre l'amitié. Lui reprocher sa pauvreté en réel serait réelle injustice : autant fustiger la chaleur du feu ou la charpente prononcée d'un Bourgogne. D'ailleurs, il me faut vous laisser : une bière d'abbaye m'attend au frais. J'ajoute un dernier détail cependant. Désormais, ma bière, c'est mon clavier. Lui aussi constitue un puissant translucide.
Avec mes amitiés sincères,
Koffi de Cadjehoun.
L'impertinent et le tartuffe
Le consensualisme signe son meilleur blanc-seing à l'hypocrisie à chaque fois qu'il déclare : soyez doucereux dans votre discours et violent dans vos actes. Autant ajouter qu'il s'agit du comportement de tous ceux, fort nombreux, qui préfèrent fermer les yeux qu'affronter les problèmes... Le moralisme de l'époque se targue de tolérance. C'est quand on s'attarde sur sa définition (ou plutôt sur la définition qui ressort des comportements tolérants) que les choses se gâtent.
La tolérance d'aujourd'hui est en fait l'expression de l'intolérance à la souffrance et aux ennuis. L'homme est si nihiliste, si épuisé, si médiocre, qu'il se défile dès qu'un conflit surgit. Etre tolérant signifie en fait : se coucher dès que la violence pointe le bout de son nez. La vraie tolérance consiste justement à bannir la violence et à s'attaquer à elle quand elle reparaît.
La vraie intolérance de cette tolérance moraliste? C'est son incapacité à supporter l'attitude qu'elle juge provocatrice par excellence : se montrer impertinent dans son discours et respectueux dans ses actes. Cette option constitue le pied de nez parfait à la tartufferie qui gangrène les esprits depuis qu'on a fait croire qu'il fallait fermer les yeux et se boucher les oreilles pour trouver la voie du bonheur.
Car l'impertinence dont il s'agit ne correspond pas à la violence en acte. La violence est une apologie de l'absurde. Dans un monde absurde, la violence représente la porte de sortie la moins déshonorante.
L'impertinence consiste à laisser exploser le sens. A dire en gros : en dehors du monde de l'hommme, le sens n'existe pas. Ce que nous appelons réel dépasse de très loin les représentations humaines. Cette impertinence relève de l'honnêteté radicale. Est pris pour de l'impertinence le mouvement qui consiste à rappeler la relativité du sens et la fatuité du sérieux. Elle est en outre le plus sûr moyen de se débarrasser avec efficacité de la violence qui s'empare de nos être gorgés d'énergie à chaque fois que se pose le problème de l'imperfection du monde et des réponses à y apporter.
La tolérance d'aujourd'hui est en fait l'expression de l'intolérance à la souffrance et aux ennuis. L'homme est si nihiliste, si épuisé, si médiocre, qu'il se défile dès qu'un conflit surgit. Etre tolérant signifie en fait : se coucher dès que la violence pointe le bout de son nez. La vraie tolérance consiste justement à bannir la violence et à s'attaquer à elle quand elle reparaît.
La vraie intolérance de cette tolérance moraliste? C'est son incapacité à supporter l'attitude qu'elle juge provocatrice par excellence : se montrer impertinent dans son discours et respectueux dans ses actes. Cette option constitue le pied de nez parfait à la tartufferie qui gangrène les esprits depuis qu'on a fait croire qu'il fallait fermer les yeux et se boucher les oreilles pour trouver la voie du bonheur.
Car l'impertinence dont il s'agit ne correspond pas à la violence en acte. La violence est une apologie de l'absurde. Dans un monde absurde, la violence représente la porte de sortie la moins déshonorante.
L'impertinence consiste à laisser exploser le sens. A dire en gros : en dehors du monde de l'hommme, le sens n'existe pas. Ce que nous appelons réel dépasse de très loin les représentations humaines. Cette impertinence relève de l'honnêteté radicale. Est pris pour de l'impertinence le mouvement qui consiste à rappeler la relativité du sens et la fatuité du sérieux. Elle est en outre le plus sûr moyen de se débarrasser avec efficacité de la violence qui s'empare de nos être gorgés d'énergie à chaque fois que se pose le problème de l'imperfection du monde et des réponses à y apporter.
L'élévation du désir
La longue lutte de l'homme pour se maintenir dans le monde a son prix : l'impitoyable éducation de son désir vers des formes qui le reliaient au divin (quelles que soient les définitions proposées). Il fallait éduquer impitoyablement pour s'élever. Sans éducation, ce n'est pas que le désir tournait mal - c'est qu'il tournait à vide.
Quel est le but ultime du désir? Exactement rien. Le désir est un formidable moteur sans autre fin en vue que son fonctionnement. L'animal s'est constitué sur l'évidence : l'éducation supposait l'imitation et la discipline. L'homme, cet animal étrange, ne peut vivre en simple imitateur. La mimesis chez lui aboutit à la décrépitude. L'évolution et l'amélioration sont ses raisons de vivre. Peut-être est-ce la conscience accrue de l'imperfection du monde qui l'amène à se déterminer comme capable d'apporter un correctif à l'ordre des choses (le monde est-il imparfait en tant que tel? Je laisse à Leibniz le soin de répondre à cet épineux sujet).
Il serait temps de se demander sérieusement si l'homme est libre de changer les choses - ou si le changement est déjà déterminé dans les choses. En attendant, l'homme contemporain vit sous le réfime de la démocratie capitaliste. Serait-ce une évolution appelée à se mondialiser, pour reprendre un vocable à la mode? Ou la démocratie n'est-elle qu'une anecdote avant le retour du totalitarisme? A moins que la démocratie n'annonce, de manière apocalyptique, la fin des temps et l'avènement d'un ordre minéral nouveau ou du règne des araignées.
En attendant que se dénouent ces graves et terribles questions, il reste l'art pour juger de l'époque. Le totalitarisme a produit régulièrement les chefs-d'oeuvre de notre histoire millénaire. Depuis que la démocratie a succédé à la monarchie en Occident, qu'est devenu l'art?
Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne s'est pas libéré. La fin de la bourgeoisie consiste précisément à nier la création pour affirmer le règne et la fin de l'imitation. En ce sens, la bourgeoisie incarne le règne de l'ordre et la croyance au sens absolu. Le monde d'aujourd'hui ne pense plus qu'en terme d'économie, d'argent, de capitalisme. Le réel est représenté par l'idéologie dominante comme fini et absurde. On peut même redouter que la force finise par prédominer sur les bons principes à la longue. Soit dit en passant : si les bons principes se sont édifiés, c'est que leur socle n'était nullement absurde, mais en lien avec autre chose. Quoi?
C'est un autre débat. Le système actuel a substitué l'apparente démocratisation des esprits à l'aristocratie inégalitaire et séculaire. Sur le fond, on ne peut qu'être en accord avec cette inclination. L'époque aurait dû engendrer une popularisation des productions artistiques et rendre la créativité accessible au plus grand nombre.
En guise de popularisation, je crains fort que le système ait accouché d'une paupérisation. Existe-t-il encore des arts forts et majeurs de nos jours? Sous prétexte de libérer l'élan créateur, n'a-t-on pas réussi l'exploit inverse de ruiner la supériorité de la création sur l'imitation?
Ce n'est pas qu'il n'existe plus d'authentiques artistes. Mais ils ne sont pas plus mis en avant qu'avant. C'est même l'inverse qui est vrai : car la mercantilisation s'est attaquée par hasard à l'art. L'ennemi du marché comme idéologie, c'est l'art. L'art n'est pas réductible à l'état d'objet. Le système dominant s'est échiné à ravaler les productions à des sommes quantifiables. Que l'on juge ce qui s'est produit avec les spéculations effroyables sur les tableaux de glorieux artistes comme Van Gogh ou d'autres. Le marche de l'art signifiait : la valeur de ce tableau est très élevée puisque certains acheteurs sont prêts à débourser des fortunes pour l'obtenir.
A cette gageure, il faut répondre qu'une oeuvre d'art est l'expression du vivant et que la vie n'a pas de prix. C'est aussi rappeler que la vie n'a pas de sens parce que le sens n'est qu'une émanation réduite d'une forme marginale de réel. Aujourd'hui, que sont devenues nos cathédrales et nos églises? Elles s'élèvent avec majesté pour nous rappeler que l'homme édifiait des constructions sublimes pour dialoguer avec les Cieux. Les HLM et les tours de Babel-béton les ont remplacées pour signifier que l'époque est à l'efficacité.
L'écriture a laissé place à l'édition. La télévision, la chanson populaire, le cinéma se signalent par des productions (dans leur écrasante majorité) infâmes. Si seulement elles n'étaient que mauvaises! On pourrait arguer que mille ratés ont toujours été nécessaire pour édifier un succès. Le drame est probablement que le raté soit devenu la fin. En tant que tel, les arts dits populaires ne sont pas mauvais. Il suffit d'écouter Brel ou Brassens pour apporter un démenti flagrant aux ahannements de Gainsbourg ravalant la chanson à un art mineur. Les siennes, sûrement! Celles du rap aussi.
Ce que la massification a apporté d'illusion pernicieuse et majeure, c'est que la satisfaction était possible sans effort. Héraclite avait eu la sagesse de mettre en garde contre ce penchant : Mieux vaudrait pour les hommes que n'advienne pas ce qu'ils désirent. Si l'horizon démocratique du désir est le contentement à peu de prix, les garde-fous qui permettaient d'élever le désir sont niés.
1-On part du principe que la satisfaction est possible.
2-On fixe une fin assignable à cette satisfaction. C'est l'horizon de la finitude qui est un horizon à peu de prix.
Que vaut une époque? On reconnaît sa valeur à ses fins. En l'occurrence, la nôtre a réussi le tour de passe-passe de substituer les moyens aux fins. Tandis que l'argent devenait le but de l'éducation et de la réussite, le but de la vie était la négation de l'effort. Le slogan : Consommez! est le manifeste en faveur de la facilité et de l'idéologie du Bonheur.
La décadence rôde quand la souffrance est niée. A présent que la télévision est devenue le moyen d'expression généralisé, il est frappant de constater le message que ce moyen de communication véhicule. La télévision est symptomatique de l'époque. Ce que nous dit la télévision n'est pas anodin. Il suffit de se coucher un peu tard pour apprendre que les émissions de qualité existent.
Justement, le postualt de l'époque est clair : il s'agit de faire croire au plus grand nombre que l'existence coule de source et que n'importe qui peut devenir artiste. L'effort est discrédité comme une tare rédhibitoire. Ce discours est hypocrite et pervers, l'effort se trouvant d'autant plus nié qu'il s'agira de rétablir en douce le travail et la concurrence.
Ce paradoxce apparent n'en est pas un si l'on s'avise que le travail renvoie à la répétition infinie de l'action, quand l'effort suppose un dépassement qualitatif vers quelque chose d'autre que du fini et du sécable. Autrement dit : les puissants de notre époque, bien secondés par les slogans des publicitaires, ont abaissé les exigences du désir pour mieux l'exploiter.
Le pire est qu'ils n'ont pas conscience de leur démarche, puissamment guidé par la vulgarité dominante de leur mimétisme étriqué. Il n'est nullement certain que l'époque ait intégré dans ses paramètres cyniques l'idée de pérennité. Existe-t-il une transformation possible du désir compatible avec la négation des règles du jeu (en gros, les règles du réel pour les hommes)?
Rien n'est moins démocratique que l'abaissement du désir. Il exprime au contraire la démagogie et l'effondremenet des valeurs. Il n'est besoin sur ce point que de consulter le meilleur écrivain (à ma connaissance) de l'époque pour en connaître la tessiture avec la précision chirurgicale de l'oracle. La Pythie d'aujourd'hui se nomme Houellebecq. Comme pour les messages confus que délivra le temple de Delphes, il s'agit à chaque fois de faire le tri entre les messages sublimianux du désir et les élans du délire.
Je veux dire que Houellebecq est probablement à côté de ses pompes quand il se pique de pronostics sur l'avenir du monde et de l'humanité. Sa gravité est trop guindée pour ne pas évoquer l'affectation. Un peu comme l'esthétique naturaliste de Zola est absurde, la philosophie idéaliste de Proust banale, le pessimisme prospectif de Houellebecq est illusoire. Non, l'homme ne vit pas son terme! Non, l'homme n'est pas condamné à la possibilité d'une île! Il finira même par peupler le système solaire et ce qu'il nomme l'univers.
Par contre, il est probable que Houellebecq ait reniflé avec une acuité prodigieuse le tanin de son époque. La nôtre en gros. Et avec plus de hances de véracité que les truffes noyées de savoirs en tous genres de nos chers experts bardés de diplômes! L'artiste reste un médium incomparable.
Justement, Houellebecq nous dépeint une société gangrenée par des fins d'une médiocrité effrayante : l'obsession de la pornogarphie signifie la mort de la sexualité et du désir. Voilà pour le résultat de la massification. Est-ce le seul produit auquel puisse parvenir la démocratie? Pour ma part, j'en doute. Si c'était le cas, ce serait à mes yeux la critique la plus pertinente qu'on saurait lui opposer.
Quel est le but ultime du désir? Exactement rien. Le désir est un formidable moteur sans autre fin en vue que son fonctionnement. L'animal s'est constitué sur l'évidence : l'éducation supposait l'imitation et la discipline. L'homme, cet animal étrange, ne peut vivre en simple imitateur. La mimesis chez lui aboutit à la décrépitude. L'évolution et l'amélioration sont ses raisons de vivre. Peut-être est-ce la conscience accrue de l'imperfection du monde qui l'amène à se déterminer comme capable d'apporter un correctif à l'ordre des choses (le monde est-il imparfait en tant que tel? Je laisse à Leibniz le soin de répondre à cet épineux sujet).
Il serait temps de se demander sérieusement si l'homme est libre de changer les choses - ou si le changement est déjà déterminé dans les choses. En attendant, l'homme contemporain vit sous le réfime de la démocratie capitaliste. Serait-ce une évolution appelée à se mondialiser, pour reprendre un vocable à la mode? Ou la démocratie n'est-elle qu'une anecdote avant le retour du totalitarisme? A moins que la démocratie n'annonce, de manière apocalyptique, la fin des temps et l'avènement d'un ordre minéral nouveau ou du règne des araignées.
En attendant que se dénouent ces graves et terribles questions, il reste l'art pour juger de l'époque. Le totalitarisme a produit régulièrement les chefs-d'oeuvre de notre histoire millénaire. Depuis que la démocratie a succédé à la monarchie en Occident, qu'est devenu l'art?
Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne s'est pas libéré. La fin de la bourgeoisie consiste précisément à nier la création pour affirmer le règne et la fin de l'imitation. En ce sens, la bourgeoisie incarne le règne de l'ordre et la croyance au sens absolu. Le monde d'aujourd'hui ne pense plus qu'en terme d'économie, d'argent, de capitalisme. Le réel est représenté par l'idéologie dominante comme fini et absurde. On peut même redouter que la force finise par prédominer sur les bons principes à la longue. Soit dit en passant : si les bons principes se sont édifiés, c'est que leur socle n'était nullement absurde, mais en lien avec autre chose. Quoi?
C'est un autre débat. Le système actuel a substitué l'apparente démocratisation des esprits à l'aristocratie inégalitaire et séculaire. Sur le fond, on ne peut qu'être en accord avec cette inclination. L'époque aurait dû engendrer une popularisation des productions artistiques et rendre la créativité accessible au plus grand nombre.
En guise de popularisation, je crains fort que le système ait accouché d'une paupérisation. Existe-t-il encore des arts forts et majeurs de nos jours? Sous prétexte de libérer l'élan créateur, n'a-t-on pas réussi l'exploit inverse de ruiner la supériorité de la création sur l'imitation?
Ce n'est pas qu'il n'existe plus d'authentiques artistes. Mais ils ne sont pas plus mis en avant qu'avant. C'est même l'inverse qui est vrai : car la mercantilisation s'est attaquée par hasard à l'art. L'ennemi du marché comme idéologie, c'est l'art. L'art n'est pas réductible à l'état d'objet. Le système dominant s'est échiné à ravaler les productions à des sommes quantifiables. Que l'on juge ce qui s'est produit avec les spéculations effroyables sur les tableaux de glorieux artistes comme Van Gogh ou d'autres. Le marche de l'art signifiait : la valeur de ce tableau est très élevée puisque certains acheteurs sont prêts à débourser des fortunes pour l'obtenir.
A cette gageure, il faut répondre qu'une oeuvre d'art est l'expression du vivant et que la vie n'a pas de prix. C'est aussi rappeler que la vie n'a pas de sens parce que le sens n'est qu'une émanation réduite d'une forme marginale de réel. Aujourd'hui, que sont devenues nos cathédrales et nos églises? Elles s'élèvent avec majesté pour nous rappeler que l'homme édifiait des constructions sublimes pour dialoguer avec les Cieux. Les HLM et les tours de Babel-béton les ont remplacées pour signifier que l'époque est à l'efficacité.
L'écriture a laissé place à l'édition. La télévision, la chanson populaire, le cinéma se signalent par des productions (dans leur écrasante majorité) infâmes. Si seulement elles n'étaient que mauvaises! On pourrait arguer que mille ratés ont toujours été nécessaire pour édifier un succès. Le drame est probablement que le raté soit devenu la fin. En tant que tel, les arts dits populaires ne sont pas mauvais. Il suffit d'écouter Brel ou Brassens pour apporter un démenti flagrant aux ahannements de Gainsbourg ravalant la chanson à un art mineur. Les siennes, sûrement! Celles du rap aussi.
Ce que la massification a apporté d'illusion pernicieuse et majeure, c'est que la satisfaction était possible sans effort. Héraclite avait eu la sagesse de mettre en garde contre ce penchant : Mieux vaudrait pour les hommes que n'advienne pas ce qu'ils désirent. Si l'horizon démocratique du désir est le contentement à peu de prix, les garde-fous qui permettaient d'élever le désir sont niés.
1-On part du principe que la satisfaction est possible.
2-On fixe une fin assignable à cette satisfaction. C'est l'horizon de la finitude qui est un horizon à peu de prix.
Que vaut une époque? On reconnaît sa valeur à ses fins. En l'occurrence, la nôtre a réussi le tour de passe-passe de substituer les moyens aux fins. Tandis que l'argent devenait le but de l'éducation et de la réussite, le but de la vie était la négation de l'effort. Le slogan : Consommez! est le manifeste en faveur de la facilité et de l'idéologie du Bonheur.
La décadence rôde quand la souffrance est niée. A présent que la télévision est devenue le moyen d'expression généralisé, il est frappant de constater le message que ce moyen de communication véhicule. La télévision est symptomatique de l'époque. Ce que nous dit la télévision n'est pas anodin. Il suffit de se coucher un peu tard pour apprendre que les émissions de qualité existent.
Justement, le postualt de l'époque est clair : il s'agit de faire croire au plus grand nombre que l'existence coule de source et que n'importe qui peut devenir artiste. L'effort est discrédité comme une tare rédhibitoire. Ce discours est hypocrite et pervers, l'effort se trouvant d'autant plus nié qu'il s'agira de rétablir en douce le travail et la concurrence.
Ce paradoxce apparent n'en est pas un si l'on s'avise que le travail renvoie à la répétition infinie de l'action, quand l'effort suppose un dépassement qualitatif vers quelque chose d'autre que du fini et du sécable. Autrement dit : les puissants de notre époque, bien secondés par les slogans des publicitaires, ont abaissé les exigences du désir pour mieux l'exploiter.
Le pire est qu'ils n'ont pas conscience de leur démarche, puissamment guidé par la vulgarité dominante de leur mimétisme étriqué. Il n'est nullement certain que l'époque ait intégré dans ses paramètres cyniques l'idée de pérennité. Existe-t-il une transformation possible du désir compatible avec la négation des règles du jeu (en gros, les règles du réel pour les hommes)?
Rien n'est moins démocratique que l'abaissement du désir. Il exprime au contraire la démagogie et l'effondremenet des valeurs. Il n'est besoin sur ce point que de consulter le meilleur écrivain (à ma connaissance) de l'époque pour en connaître la tessiture avec la précision chirurgicale de l'oracle. La Pythie d'aujourd'hui se nomme Houellebecq. Comme pour les messages confus que délivra le temple de Delphes, il s'agit à chaque fois de faire le tri entre les messages sublimianux du désir et les élans du délire.
Je veux dire que Houellebecq est probablement à côté de ses pompes quand il se pique de pronostics sur l'avenir du monde et de l'humanité. Sa gravité est trop guindée pour ne pas évoquer l'affectation. Un peu comme l'esthétique naturaliste de Zola est absurde, la philosophie idéaliste de Proust banale, le pessimisme prospectif de Houellebecq est illusoire. Non, l'homme ne vit pas son terme! Non, l'homme n'est pas condamné à la possibilité d'une île! Il finira même par peupler le système solaire et ce qu'il nomme l'univers.
Par contre, il est probable que Houellebecq ait reniflé avec une acuité prodigieuse le tanin de son époque. La nôtre en gros. Et avec plus de hances de véracité que les truffes noyées de savoirs en tous genres de nos chers experts bardés de diplômes! L'artiste reste un médium incomparable.
Justement, Houellebecq nous dépeint une société gangrenée par des fins d'une médiocrité effrayante : l'obsession de la pornogarphie signifie la mort de la sexualité et du désir. Voilà pour le résultat de la massification. Est-ce le seul produit auquel puisse parvenir la démocratie? Pour ma part, j'en doute. Si c'était le cas, ce serait à mes yeux la critique la plus pertinente qu'on saurait lui opposer.
jeudi, janvier 11, 2007
El Pibe de Oro...
...Ou l'éternel retour du Phénix!
Au départ, j'aurais bien parlé de Ronaldo comme du meilleur buteur de la Coupe du Monde et du meilleur joueur brésilien que le monde ait connu depuis Pelé (ce qui n'est pas rien, si l'on se souvient que Garrincha, Zico, Rivellino, Romario ou Rivaldo furent Brésiliens!). C'est ce que prétendent les Brésiliens, et les Brésiliens sont des fameux connaisseurs de football. Rien à voir avec les Français, qui confondent les torchons et les serviettes! Zidane n'est pas Ronaldo, le temps le dira, puisque la célébration médiatique empêche toute reconnaissance objective.
Un monde où Raul est plus apprécié que Ronaldo est un monde qui va mal. Comme le football, du reste! Justement, l'étiquette d'invétéré poisseux que traîne Ronaldo est de loin la plus fascinante. Maradona aussi a connu l'envers de la médaille. En 1986, l'Argentin est le meilleur joueur de la Coupe du Monde au Mexique. Il inscrit six buts, un de légende, tous d'anthologie, et devient un dieu vivant à Naples. Après 1990, c'est la chute. Fracassante. Convaincu de cocaïnomanie, Maradona ne retrouvera jamais sa grâce d'antan. Il fait bien un come-back en 1994 aux Etats-Unis, mais c'est pour aussitôt connaître le discrédit : accusé de dopage, il est aussitôt suspendu. Depuis, sa peoplisation appartient à la rubrique faits divers, entre les cliniques pour toxicoamnes de luxe et Fidel Castro, le Messie cubain.
Ronaldo aussi est un joueur de la Coupe du monde. Pas seulement parce qu'il en est le meilleur buteur de tous les temps et que, pour l'instant, il en a disputé trois (à trente ans!). C'est en 2002 que Ronaldo a signé son terrible retour en inscrivant 8 buts, dont deux en finale.
Ce jour-là, Ronaldo effaçait la terrible malédiction qui l'avait assaillie le jour de la finale de 1998, perdue sans honneur face à la France. Une humiliation pour tous les amoureux de ballon. Quatre années de blessures et de vaches enragées, durant lesquelles on le crut perdu pour le foot. C'était mal connaître El Phenomeno. Ronaldo est touché par la grâce dès qu'il touche un ballon : dès son retour, il inscrit derechef duex buts avec l'Inter.
La suite est promise à la postérité : Ballon d'Or 2002, Ronaldo signe au Real de Madrid et empile les buts pendant deux ans, finissant même meilleur buteur du championnat d'Espagne 2003 en le remportant par la même occasion.
C'est au moment où on le croit intouchable que Ronaldo coule A pic. Montré du doigt pour ses sorties nocturnes, El Phénomeno devient El Gordito. Malgré sa bedaine, il continue à mystifier les défenses, mais enquille les blessures, jusqu'à ne pratiquement pas jouer en 2005/2006 avant la Coupe du Monde (14 buts quand même en 23 matches!). Ronaldo s'attire les foudres aberrantes du public madrilène, avec la bénédiction taiseuse du capitaine Raul. L'ombrageux attaquant n'a jamais supporté la comparaison.
Ses trois buts en Allemagne n'empêche ni les nouvelles blessures, ni la défiance de Capello, qui n'aime pas les artistes et leur préfère les joueurs efficaces. Avant d'être le technicien qui a préféré Ibrahimovitch à Del Piero, Capello restera dans l'histoire du football comme la truffe qui a remplacé Ronaldo par Van Nistelrooy. De l'art de substituer le talent au génie!
Certes, Roanldo est capricieux, inconstant, souvent blessé, parfois gros. C'est un coureur de jupons invétéré qui ne maltraite pas que la diététique et qui change de mannequin (brésilien) tous les six mois. Ce n'est sûrement pas pour ces travers que Ronaldo est l'un des plus grands joueurs de tous les temps. Avec la haine qu'il nourrit dans les médias, nul doute que Ronaldo aurait été enterré depuis belle lurette s'il n'avait été qu'un grand buteur de plus - un Battistuta, par exemple, ou, pis, un Trézéguet.
Ce qu'on ne supporte pas chez Ronaldo? Sûrement pas les suspicions de dopage qui l'entourent depuis qu'il s'est évanoui dans des circonstances troubles avant la finale du Stade de France! Tous les champions de football sont accusés de dopage et les nombreuses preuves judiciaires sont accablantes.
Si Ronaldo est grand, c'est pour avoir apporté un style à nul autre pareil. Ronaldo annonce le football moderne, pour le meileur et pour le pire. Version lunaire : Ronaldo fonce vers la déchéance et la disgrâce. Version solaire : il est l'inventeur d'un football absolument original, fait de passements de jambes, de vitesse, de puissance, de technique individuelle jamais égalée. C'est bien simple, Ronaldo est unique. On le recopie, à commencer par les Brésiliens - Ronaldinho ou Robinho. Que Ronaldinho soit le petit Ronaldo devrait laisser à réfléchir les commentateurs, mais il est vrai que les commentateurs sont d'ordinaire incompétents.
Je pourrais invoquer ces dizaines de séquences hallucinantes, à Eindhoven, Barcelone, Milan ou Madrid où Ronaldo dribble quatre joueurs avant de planter un but surgi de nulle part, mais je m'arrêterai à une anecdote, qui en dit plus long qu'un discours fouillé. Avant son éclosion sur la scène internationale, au Barça, en 1996, quel chauve se targuait de sa calvitie? Aujourd'hui, les footballeurs arborent tous avec fierté leur crâne rasé, certains poussant le snobisme jusqu'à couper leurs longs cheveux. Anelka, Roberto Carlos, Zidane,..., tous ont voulu ressembler au prodige.
Personne n'y put prétendre. C'est ce qui fait enrager le système, mélange de médias et de fric. Zidane est le produit du système, tout comme Beckenbauer ou Pelé (j'ai honte de l'avouer). Au contraire, d'aucuns préfèrent revendiquer leur étiquette de footballeurs maudits que d'accepter l'hypocrisie du Milieu. Demandez à Maradona ce qu'il coûte de ne pas prêter allégeance à la FIFA et aux autorités corrompues du Ballon (de moins en moins) rond!
Ronaldo joue au foot comme un gamin insouciant, que la vie aurait gratifié d'un don. Ronaldo est le Raphaël du football. Foncez sur la Ronaldozone, son website, sur You Tube ou Dailymotion pour le vérifier, séquences filmiques à l'appui! Il y a les amoureux du foot et les supporters. Les premiers n'ont besoin que d'un match pour adouber Ronaldo (par exemple, au hasard, la finale Inter/Lazio!), les seconds d'un article dans l'Equipe pour encenser Zidane. C'est toute la différence entre les sectateurs de la grâce et ceux qui lui préfèrent la puissance immédiate.
Au départ, j'aurais bien parlé de Ronaldo comme du meilleur buteur de la Coupe du Monde et du meilleur joueur brésilien que le monde ait connu depuis Pelé (ce qui n'est pas rien, si l'on se souvient que Garrincha, Zico, Rivellino, Romario ou Rivaldo furent Brésiliens!). C'est ce que prétendent les Brésiliens, et les Brésiliens sont des fameux connaisseurs de football. Rien à voir avec les Français, qui confondent les torchons et les serviettes! Zidane n'est pas Ronaldo, le temps le dira, puisque la célébration médiatique empêche toute reconnaissance objective.
Un monde où Raul est plus apprécié que Ronaldo est un monde qui va mal. Comme le football, du reste! Justement, l'étiquette d'invétéré poisseux que traîne Ronaldo est de loin la plus fascinante. Maradona aussi a connu l'envers de la médaille. En 1986, l'Argentin est le meilleur joueur de la Coupe du Monde au Mexique. Il inscrit six buts, un de légende, tous d'anthologie, et devient un dieu vivant à Naples. Après 1990, c'est la chute. Fracassante. Convaincu de cocaïnomanie, Maradona ne retrouvera jamais sa grâce d'antan. Il fait bien un come-back en 1994 aux Etats-Unis, mais c'est pour aussitôt connaître le discrédit : accusé de dopage, il est aussitôt suspendu. Depuis, sa peoplisation appartient à la rubrique faits divers, entre les cliniques pour toxicoamnes de luxe et Fidel Castro, le Messie cubain.
Ronaldo aussi est un joueur de la Coupe du monde. Pas seulement parce qu'il en est le meilleur buteur de tous les temps et que, pour l'instant, il en a disputé trois (à trente ans!). C'est en 2002 que Ronaldo a signé son terrible retour en inscrivant 8 buts, dont deux en finale.
Ce jour-là, Ronaldo effaçait la terrible malédiction qui l'avait assaillie le jour de la finale de 1998, perdue sans honneur face à la France. Une humiliation pour tous les amoureux de ballon. Quatre années de blessures et de vaches enragées, durant lesquelles on le crut perdu pour le foot. C'était mal connaître El Phenomeno. Ronaldo est touché par la grâce dès qu'il touche un ballon : dès son retour, il inscrit derechef duex buts avec l'Inter.
La suite est promise à la postérité : Ballon d'Or 2002, Ronaldo signe au Real de Madrid et empile les buts pendant deux ans, finissant même meilleur buteur du championnat d'Espagne 2003 en le remportant par la même occasion.
C'est au moment où on le croit intouchable que Ronaldo coule A pic. Montré du doigt pour ses sorties nocturnes, El Phénomeno devient El Gordito. Malgré sa bedaine, il continue à mystifier les défenses, mais enquille les blessures, jusqu'à ne pratiquement pas jouer en 2005/2006 avant la Coupe du Monde (14 buts quand même en 23 matches!). Ronaldo s'attire les foudres aberrantes du public madrilène, avec la bénédiction taiseuse du capitaine Raul. L'ombrageux attaquant n'a jamais supporté la comparaison.
Ses trois buts en Allemagne n'empêche ni les nouvelles blessures, ni la défiance de Capello, qui n'aime pas les artistes et leur préfère les joueurs efficaces. Avant d'être le technicien qui a préféré Ibrahimovitch à Del Piero, Capello restera dans l'histoire du football comme la truffe qui a remplacé Ronaldo par Van Nistelrooy. De l'art de substituer le talent au génie!
Certes, Roanldo est capricieux, inconstant, souvent blessé, parfois gros. C'est un coureur de jupons invétéré qui ne maltraite pas que la diététique et qui change de mannequin (brésilien) tous les six mois. Ce n'est sûrement pas pour ces travers que Ronaldo est l'un des plus grands joueurs de tous les temps. Avec la haine qu'il nourrit dans les médias, nul doute que Ronaldo aurait été enterré depuis belle lurette s'il n'avait été qu'un grand buteur de plus - un Battistuta, par exemple, ou, pis, un Trézéguet.
Ce qu'on ne supporte pas chez Ronaldo? Sûrement pas les suspicions de dopage qui l'entourent depuis qu'il s'est évanoui dans des circonstances troubles avant la finale du Stade de France! Tous les champions de football sont accusés de dopage et les nombreuses preuves judiciaires sont accablantes.
Si Ronaldo est grand, c'est pour avoir apporté un style à nul autre pareil. Ronaldo annonce le football moderne, pour le meileur et pour le pire. Version lunaire : Ronaldo fonce vers la déchéance et la disgrâce. Version solaire : il est l'inventeur d'un football absolument original, fait de passements de jambes, de vitesse, de puissance, de technique individuelle jamais égalée. C'est bien simple, Ronaldo est unique. On le recopie, à commencer par les Brésiliens - Ronaldinho ou Robinho. Que Ronaldinho soit le petit Ronaldo devrait laisser à réfléchir les commentateurs, mais il est vrai que les commentateurs sont d'ordinaire incompétents.
Je pourrais invoquer ces dizaines de séquences hallucinantes, à Eindhoven, Barcelone, Milan ou Madrid où Ronaldo dribble quatre joueurs avant de planter un but surgi de nulle part, mais je m'arrêterai à une anecdote, qui en dit plus long qu'un discours fouillé. Avant son éclosion sur la scène internationale, au Barça, en 1996, quel chauve se targuait de sa calvitie? Aujourd'hui, les footballeurs arborent tous avec fierté leur crâne rasé, certains poussant le snobisme jusqu'à couper leurs longs cheveux. Anelka, Roberto Carlos, Zidane,..., tous ont voulu ressembler au prodige.
Personne n'y put prétendre. C'est ce qui fait enrager le système, mélange de médias et de fric. Zidane est le produit du système, tout comme Beckenbauer ou Pelé (j'ai honte de l'avouer). Au contraire, d'aucuns préfèrent revendiquer leur étiquette de footballeurs maudits que d'accepter l'hypocrisie du Milieu. Demandez à Maradona ce qu'il coûte de ne pas prêter allégeance à la FIFA et aux autorités corrompues du Ballon (de moins en moins) rond!
Ronaldo joue au foot comme un gamin insouciant, que la vie aurait gratifié d'un don. Ronaldo est le Raphaël du football. Foncez sur la Ronaldozone, son website, sur You Tube ou Dailymotion pour le vérifier, séquences filmiques à l'appui! Il y a les amoureux du foot et les supporters. Les premiers n'ont besoin que d'un match pour adouber Ronaldo (par exemple, au hasard, la finale Inter/Lazio!), les seconds d'un article dans l'Equipe pour encenser Zidane. C'est toute la différence entre les sectateurs de la grâce et ceux qui lui préfèrent la puissance immédiate.
mardi, janvier 09, 2007
Le temps ne fait rien à l'affaire
Molière n'est pas mort. J'ai revu hier le Dîner de con de Veber. Ce n'est pas le Bourgeois gentilhomme, mais c'est très drôle (donc profond). La comédie en dit plus sur le réel que la plupart des recherches phénoménologiques de l'heure. Dans le Dîner, il n'y a qu'un con. Lequel? La fable est facile, quoique bien vue : le plus con n'est pas celui qu'on croit. Bienvenue aussi : le grand bourgeois sadique, loin d'accéder à la toute-puissance sociale à laquelle il prétend, se révèle un caractère sinistre et pitoyable.
Toute les histoires profondes ont ceci de remarquable qu'elles recèlent une infinité d'interprétations riches et variées. Hier, en regardant le duo Brochant/Pignon (Lhermitte est bon, Villeret excellent), je n'ai pas aperçu qu'un couple de théâtre. J'ai vu le double à l'oeuvre.
Brochant est éditeur à succès. Il détient l'argent et le pouvoir. François Pignon travaille au ministère des Finances. C'est un comptable qui construit des maquettes d'allumettes à ses nombreuses heures perdues. Il n'est jamais anodin d'être éditeur. L'éditeur est le garant de l'artiste. Il est son passeur. L'artiste est le héraut qui donne à la société ses valeurs, sorte de réceptacle d'un autre monde. L'éditeur n'est jamais que son mime.
Si Brochant est le mime grossissant de notre société, celle-ci va mal. Brochant est cynique. Pervers. Totalement destructeur. Brochant ne vit que pour la domination des autres. Dans une société où le rapport au divin est occulté, le but de Brochant est de jouir de la destruction d'autrui.
Brochant est intelligent. C'est cette intelligence qui lui permet de réussir socialement. C'est cette même intelligence qui l'amène aux conclusions les plus rationnelles : dans le monde de l'absurde, la domination se réduit à la destruction d'autrui. Brochant est un destructeur symbolique : ses dîners de cons, qui rassemblent la meilleure société, ne conduisent pas à mort d'homme. Peut-on rêver à symbole plus parlant du nihilisme moderne prophétisé par Nietzsche?
Brochant a piqué la femme de son meilleur ami. Tout un programme. Celui-ci s'en remet car il n'a que l'air plus sympathique. En fait, il n'est qu'un clone délavé et éthéré. Sa gentillesse est faiblesse de caractère. La femme de Brochant, elle, est très malheureuse. Elle a tellement envie de mourir qu'elle grille un feu rouge, provoque un accident de voiture et finit à l'hôpital.
Comment Brochant l'a-t-il rencontrée? Pas par hasard. C'est un écrivain raté qu'il a éditée pour mieux la séduire. Brochant ne peut séduire qu'en trompant. Dans une société aussi corrompue, les livres ne servent qu'à briller socialement. Leur intérêt artistique est superflu. Etre éditeur est bien plus important qu'écrire. Les dirigents sont de puissants et efficaces mimes. Ils ont pris le pas sur les créateurs. La femme de Brochant est complice d'un système dans lequel elle retrouve la projection de la puissance et de la réussite qu'elle cherche comme le but de sa vie. Elle brille de mille feux : c'est ce qui l'intéresse, même quand le combustible est la jalousie.
Il fallait bien que la maîtresse de Brochant soit une nymphomane. Dans un monde où le plaisir est conçu comme une fin mécanique et quantitative, deux femmes sont le minimum vital : l'une témoigne de la réussite, l'autre de la seule satisfaction envisageable.
Le point commun entre Pignon et Brochant? Les femmes! Pignon débarque dans l'appartement de Brochant au moment où sa femme le plaque. Motif officiel : il organise des dîners de con. Justement, Brochant n'est pas que maquettiste. Il a aussi été quitté par sa femme. Pour un collègue. Toujours le mimétisme à l'oeuvre...
La monomanie de Brochant est une passion qui lui permet de tenir le coup, même à vide. Il est remarquable que Brochant ne soit nullement un marginal social, mais un fonctionnaire issu de la classe moyenne. Brochant n'est ni un imbécile, ni un inculte. Simplement, il a les goûts du peuple : il aime regarder le foot à la télévision avec son ami Lucien Cheval. Pignon est pour Auxerre, Cheval pour l'OM.
Cheval est le double obsessionnel de Pignon. Il ne pense qu'à déceler des fraudes fiscales chez les riches. Quand il n'a pas la tête à sa marote fiscale, il ne pense qu'à supporter son équipe fétiche.
Cheval apprendra au fil des péripéties que sa propre femme le trompe avec une de ses victimes, un riche publicitaire qui a investi dans la promotion immobilière et qui occupe son temps libre à baiser des femmes mariées et malheureuses dans une garçonnière.
A en croire le film, tous ceux qui réussissent sont des traîtres, des menteurs et des nihilistes intégraux. Cheval en perdra même le goût de pousser plus avant sa science infaillible du redressement fiscal : il a tout de suite subodoré que Brochant cachait des oeuvres d'art non déclarées! Cheval se moque de la valeur artistique de l'oeuvre. Seul l'intéresse le dossier fiscal. A vrai dire, je ne vois guère ce qui pourrait sauver Cheval de la beaufitude si ce n'est son amour inné du bon vin : Brochant ne parviendra pas à le tromper avec son subterfuge ignoble (mélanger du vin au vinaigre...).
Dans ce monde où tout est toc, le soi-disant bon vin se révèle amélioré par le vinaigre, à tel point que Brochant se sent obligé de doubler la dose! L'art n'a de finalité que consumériste. Les femmes sont des objets sociaux ou sexuels. Les amis sont des faire-valoir. Les passionnés sont des cons (Pignon, Cheval ou le féru de boomerang).
C'est à croire que l'alternative est aussi simple que diabolique : soit réussir - et rejoindre la race des crapules nauséabonddes ; soit être exploités par cette caste ignoble et en payer le prix (fort) : le boomerang qui revient comme un gag éculé dans la tête de son propriétaire n'est pas qu'anecdotique.
Pignon ne saurait être à première vue l'antidote de ce monde de destruction massive. Il est gros, chauve, laid. Surtout, c'est l'antihéros parfait. A côté, Gaston Lagaffe est un modèle d'adresse et d'habileté. Pourtant, tout comme Gaston, les gaffes de Pignon sont les actes qui lui confèrent son humanité. Face à l'imperfection tragique du monde, Pignon se trompe certes, mais il ne trompe pas. Il constitue même le meilleur secours de Brochant (et donc son pendant).
Non qu'il soit en mesure de le tirer d'affaire. Il ne fait qu'accroître les maux physiques et moraux par ses bévues et boulettes. Mais il est humain. Il est terrible de constater que deux des personnages emblématiques de notre époque, Pignon et Gaston, sont des antihéros. Façon de signifier que la réussite qu'on nous sert est une fumisterie doublée d'un fiasco et que les seuls qui puissent nous sauver sont ceux qui privilégient l'humain, la générosité et la fraternité.
Pignon place ces valeurs désuètes au-dessus de tout : il aime rire avec Cheval des blagues footballistiques les plus grasses, il ne laisse pas tomber Brochant malgré les insanités grossières que celui-ci lui adresse et il le plaindra lucidement quand il découvrira le pot aux ros(s)es. L'éditeur avait projeté de l'inviter pour un dîner de con! Même Brochant en convient : le con, c'est lui.
Les gaffes en série de Pignon sont le moyen qu'il utilise pour conserver son humanité. Sans cette faille, Pignon serait un monstre. La gaffe ici incarne l'humanité en ce qu'elle est l'apologie paradoxale de l'imperfection. Chercher à être parfait, c'est devenir un monstre. C'est aussi vendre son âme au diable pour des broutilles. Car ce qu'a obtenu Brochant est dérisoire et perdu d'avance.
L'humanité de Pignon ne lui laisse pas le choix. Il ne demeurera innocent des assauts du diable qu'en pratiquant l'innocence comme d'autres la charité. Etre innocent, c'est être idiot. Dostoievski nous l'avait annoncé, en vrai écrivain. Rosset rappelle que l'idiot, avant de renvoyer à la figure de l'imbécile, est le simple. Brochant et ses comparses sont trop hallucinés pour distinguer l'innocence idiote de Pignon derrière son imbécilité de façade. Pour eux, Pignon est la seule source de rire et de plaisir qui leur reste.
Pourtant, Brochant s'inclinera devant la supériorité ontologique de son cobaye quand Pignon, quittant ses oripeaux de gaffeur grotesque, réussit à le rabibocher (provisoirement!) avec son ex-future épouse. Pignon tient subitement un discours émouvant et sensible. Celui d'un authentique artiste?
Pignon n'est innocent que dans la mesure où il représente le réel comme absolument simple. Pignon croit absolument aux apparences telles qu'il les perçoit. La duplicité du réel et les mensonges lui sont étrangers. La trahison lui est incompréhensible. Sa femme l'a quitté ? Elle est partie avec un con, le plus grand du Ministère! Pignon sait que le ridicule ne tue pas.
Brochant est son double antithétique et complémentaire : pour lui, le réel n'a de saveur et de valeur que dans la tromperie et le mensonge. Le réel est double, triple, pourvu qu'il satisfasse à son besoin de domination consternant. Autant dire que Brochant nage dans l'illusion la plus complète et que le réel se charge de le lui faire savoir - avec usure. N'est-il pas le plus malheureux des hommes?
Son malheur tient dans sa solitude. Pignon est l'homme sociable par excellence, celui pour qui les codes mondains n'existent pas. Brochant est celui pour qui le seul lien social qui vaille tient dans la trahison. Autrement dit : il est fait comme un rat dans une société dont le seul intérêt est la souffrance sadique et masochiste de la souricière.
Pignon est de l'étoffe des héros : sa tragédie est d'accepeter l'imperfection du réel avec bonhommie et insouciance. Il rit de tout, Pignon. Il tient son extraordinaire pouvoir de la grâce de l'innocent. Pignon est un saint, Brochant, un puissant. Si Brochant est seul, Pignon, lui, incarne le lien. Lien social et humain, mais pas seulement. Pignon personnifie le lien divin : celui qui relie l'homme à des valeurs plus hautes que celles de la matière et du fini. Bien entendu, Brochant ne saurait les apercevoir et il a besoin du secours de Pignon pour les sentir. Pignon est un médium qui s'ignore par simplicité.
Terrible mais lucide évocation de la société humaine! Sans doute les choses ont-elles toujours été ainsi - soit imparfaites par essence et donc enclines à déception. La différence entre notre époque et le passé, c'est que celle-ci donne la primeur à l'arriviste sur le saint. C'était autrefois l'inverse. Notre monde court à sa perte tant qu'il ne comprendra pas cette tragique méprise.
Toute les histoires profondes ont ceci de remarquable qu'elles recèlent une infinité d'interprétations riches et variées. Hier, en regardant le duo Brochant/Pignon (Lhermitte est bon, Villeret excellent), je n'ai pas aperçu qu'un couple de théâtre. J'ai vu le double à l'oeuvre.
Brochant est éditeur à succès. Il détient l'argent et le pouvoir. François Pignon travaille au ministère des Finances. C'est un comptable qui construit des maquettes d'allumettes à ses nombreuses heures perdues. Il n'est jamais anodin d'être éditeur. L'éditeur est le garant de l'artiste. Il est son passeur. L'artiste est le héraut qui donne à la société ses valeurs, sorte de réceptacle d'un autre monde. L'éditeur n'est jamais que son mime.
Si Brochant est le mime grossissant de notre société, celle-ci va mal. Brochant est cynique. Pervers. Totalement destructeur. Brochant ne vit que pour la domination des autres. Dans une société où le rapport au divin est occulté, le but de Brochant est de jouir de la destruction d'autrui.
Brochant est intelligent. C'est cette intelligence qui lui permet de réussir socialement. C'est cette même intelligence qui l'amène aux conclusions les plus rationnelles : dans le monde de l'absurde, la domination se réduit à la destruction d'autrui. Brochant est un destructeur symbolique : ses dîners de cons, qui rassemblent la meilleure société, ne conduisent pas à mort d'homme. Peut-on rêver à symbole plus parlant du nihilisme moderne prophétisé par Nietzsche?
Brochant a piqué la femme de son meilleur ami. Tout un programme. Celui-ci s'en remet car il n'a que l'air plus sympathique. En fait, il n'est qu'un clone délavé et éthéré. Sa gentillesse est faiblesse de caractère. La femme de Brochant, elle, est très malheureuse. Elle a tellement envie de mourir qu'elle grille un feu rouge, provoque un accident de voiture et finit à l'hôpital.
Comment Brochant l'a-t-il rencontrée? Pas par hasard. C'est un écrivain raté qu'il a éditée pour mieux la séduire. Brochant ne peut séduire qu'en trompant. Dans une société aussi corrompue, les livres ne servent qu'à briller socialement. Leur intérêt artistique est superflu. Etre éditeur est bien plus important qu'écrire. Les dirigents sont de puissants et efficaces mimes. Ils ont pris le pas sur les créateurs. La femme de Brochant est complice d'un système dans lequel elle retrouve la projection de la puissance et de la réussite qu'elle cherche comme le but de sa vie. Elle brille de mille feux : c'est ce qui l'intéresse, même quand le combustible est la jalousie.
Il fallait bien que la maîtresse de Brochant soit une nymphomane. Dans un monde où le plaisir est conçu comme une fin mécanique et quantitative, deux femmes sont le minimum vital : l'une témoigne de la réussite, l'autre de la seule satisfaction envisageable.
Le point commun entre Pignon et Brochant? Les femmes! Pignon débarque dans l'appartement de Brochant au moment où sa femme le plaque. Motif officiel : il organise des dîners de con. Justement, Brochant n'est pas que maquettiste. Il a aussi été quitté par sa femme. Pour un collègue. Toujours le mimétisme à l'oeuvre...
La monomanie de Brochant est une passion qui lui permet de tenir le coup, même à vide. Il est remarquable que Brochant ne soit nullement un marginal social, mais un fonctionnaire issu de la classe moyenne. Brochant n'est ni un imbécile, ni un inculte. Simplement, il a les goûts du peuple : il aime regarder le foot à la télévision avec son ami Lucien Cheval. Pignon est pour Auxerre, Cheval pour l'OM.
Cheval est le double obsessionnel de Pignon. Il ne pense qu'à déceler des fraudes fiscales chez les riches. Quand il n'a pas la tête à sa marote fiscale, il ne pense qu'à supporter son équipe fétiche.
Cheval apprendra au fil des péripéties que sa propre femme le trompe avec une de ses victimes, un riche publicitaire qui a investi dans la promotion immobilière et qui occupe son temps libre à baiser des femmes mariées et malheureuses dans une garçonnière.
A en croire le film, tous ceux qui réussissent sont des traîtres, des menteurs et des nihilistes intégraux. Cheval en perdra même le goût de pousser plus avant sa science infaillible du redressement fiscal : il a tout de suite subodoré que Brochant cachait des oeuvres d'art non déclarées! Cheval se moque de la valeur artistique de l'oeuvre. Seul l'intéresse le dossier fiscal. A vrai dire, je ne vois guère ce qui pourrait sauver Cheval de la beaufitude si ce n'est son amour inné du bon vin : Brochant ne parviendra pas à le tromper avec son subterfuge ignoble (mélanger du vin au vinaigre...).
Dans ce monde où tout est toc, le soi-disant bon vin se révèle amélioré par le vinaigre, à tel point que Brochant se sent obligé de doubler la dose! L'art n'a de finalité que consumériste. Les femmes sont des objets sociaux ou sexuels. Les amis sont des faire-valoir. Les passionnés sont des cons (Pignon, Cheval ou le féru de boomerang).
C'est à croire que l'alternative est aussi simple que diabolique : soit réussir - et rejoindre la race des crapules nauséabonddes ; soit être exploités par cette caste ignoble et en payer le prix (fort) : le boomerang qui revient comme un gag éculé dans la tête de son propriétaire n'est pas qu'anecdotique.
Pignon ne saurait être à première vue l'antidote de ce monde de destruction massive. Il est gros, chauve, laid. Surtout, c'est l'antihéros parfait. A côté, Gaston Lagaffe est un modèle d'adresse et d'habileté. Pourtant, tout comme Gaston, les gaffes de Pignon sont les actes qui lui confèrent son humanité. Face à l'imperfection tragique du monde, Pignon se trompe certes, mais il ne trompe pas. Il constitue même le meilleur secours de Brochant (et donc son pendant).
Non qu'il soit en mesure de le tirer d'affaire. Il ne fait qu'accroître les maux physiques et moraux par ses bévues et boulettes. Mais il est humain. Il est terrible de constater que deux des personnages emblématiques de notre époque, Pignon et Gaston, sont des antihéros. Façon de signifier que la réussite qu'on nous sert est une fumisterie doublée d'un fiasco et que les seuls qui puissent nous sauver sont ceux qui privilégient l'humain, la générosité et la fraternité.
Pignon place ces valeurs désuètes au-dessus de tout : il aime rire avec Cheval des blagues footballistiques les plus grasses, il ne laisse pas tomber Brochant malgré les insanités grossières que celui-ci lui adresse et il le plaindra lucidement quand il découvrira le pot aux ros(s)es. L'éditeur avait projeté de l'inviter pour un dîner de con! Même Brochant en convient : le con, c'est lui.
Les gaffes en série de Pignon sont le moyen qu'il utilise pour conserver son humanité. Sans cette faille, Pignon serait un monstre. La gaffe ici incarne l'humanité en ce qu'elle est l'apologie paradoxale de l'imperfection. Chercher à être parfait, c'est devenir un monstre. C'est aussi vendre son âme au diable pour des broutilles. Car ce qu'a obtenu Brochant est dérisoire et perdu d'avance.
L'humanité de Pignon ne lui laisse pas le choix. Il ne demeurera innocent des assauts du diable qu'en pratiquant l'innocence comme d'autres la charité. Etre innocent, c'est être idiot. Dostoievski nous l'avait annoncé, en vrai écrivain. Rosset rappelle que l'idiot, avant de renvoyer à la figure de l'imbécile, est le simple. Brochant et ses comparses sont trop hallucinés pour distinguer l'innocence idiote de Pignon derrière son imbécilité de façade. Pour eux, Pignon est la seule source de rire et de plaisir qui leur reste.
Pourtant, Brochant s'inclinera devant la supériorité ontologique de son cobaye quand Pignon, quittant ses oripeaux de gaffeur grotesque, réussit à le rabibocher (provisoirement!) avec son ex-future épouse. Pignon tient subitement un discours émouvant et sensible. Celui d'un authentique artiste?
Pignon n'est innocent que dans la mesure où il représente le réel comme absolument simple. Pignon croit absolument aux apparences telles qu'il les perçoit. La duplicité du réel et les mensonges lui sont étrangers. La trahison lui est incompréhensible. Sa femme l'a quitté ? Elle est partie avec un con, le plus grand du Ministère! Pignon sait que le ridicule ne tue pas.
Brochant est son double antithétique et complémentaire : pour lui, le réel n'a de saveur et de valeur que dans la tromperie et le mensonge. Le réel est double, triple, pourvu qu'il satisfasse à son besoin de domination consternant. Autant dire que Brochant nage dans l'illusion la plus complète et que le réel se charge de le lui faire savoir - avec usure. N'est-il pas le plus malheureux des hommes?
Son malheur tient dans sa solitude. Pignon est l'homme sociable par excellence, celui pour qui les codes mondains n'existent pas. Brochant est celui pour qui le seul lien social qui vaille tient dans la trahison. Autrement dit : il est fait comme un rat dans une société dont le seul intérêt est la souffrance sadique et masochiste de la souricière.
Pignon est de l'étoffe des héros : sa tragédie est d'accepeter l'imperfection du réel avec bonhommie et insouciance. Il rit de tout, Pignon. Il tient son extraordinaire pouvoir de la grâce de l'innocent. Pignon est un saint, Brochant, un puissant. Si Brochant est seul, Pignon, lui, incarne le lien. Lien social et humain, mais pas seulement. Pignon personnifie le lien divin : celui qui relie l'homme à des valeurs plus hautes que celles de la matière et du fini. Bien entendu, Brochant ne saurait les apercevoir et il a besoin du secours de Pignon pour les sentir. Pignon est un médium qui s'ignore par simplicité.
Terrible mais lucide évocation de la société humaine! Sans doute les choses ont-elles toujours été ainsi - soit imparfaites par essence et donc enclines à déception. La différence entre notre époque et le passé, c'est que celle-ci donne la primeur à l'arriviste sur le saint. C'était autrefois l'inverse. Notre monde court à sa perte tant qu'il ne comprendra pas cette tragique méprise.
L'amour de la vie
Las que sont mes amis devenus,
Que j'avais de si près tenus?
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Le quatrain est impressionnant. Il est de Ruteboeuf, cité en épilogue de ses Impressions fugitives par Clément Rosset. N'allez pas croire qu'il exprime ma pente mélancolique sur les dessous de l'amitié. Simplement, l'amitié, tout comme la plus belle des femmes, ne peut donner plus qu'elle n'a.
Arrivé à trente ans - c'est jeune, trente ans, et pourtant!-, la trahison est chose commune : elle fait partie de l'amitié. La plupart des amis ne sont que des passagers qui peuplent malgré eux votre trajectoire personnelle. Des passagers : car le lien qui unit deux amis est assez fugace et friable pour qu'il éclaire les circonstances et les péripéties du quotidien.
Ne rien attendre de l'amitié, le précepte n'est pas trop prudent. Car vos amis, s'ils ne croient pas à l'amitié, ont un rapport d'intérêt et de domination - cas de tous les arrivistes et des faibles. Quand ils y croient, sentiment qui n'est pas une mince vertu, ils en attendent l'impossible : un soupçon d'ordre, une raison sociale, des certitudes - tous postulats qui relèvent de l'utopique.
Peu d'amis ont les moyens de vous gratifier du sérieux véritable. La plupart, gens frivoles, n'attendent que l'occasion de se réconforter sur votre dos. Incapables de demeurer seuls avec eux-mêmes, ainsi que l'énonçait déjà Pascal, ils tuent le temps en attendant la mort.
Bien entendu, les amis existent, mais ils sont rares. Dans la poignée d'une main se résume l'amitié d'une existence. Le reste appartient au bon temps. Demandez aux femmes : il y a bien plus à attendre de la vie que de l'amitié. C'est du moins procéder selon l'ordre raisonnable. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Car l'amour de la vie apporte mille amis, alors que la croyance aux amis dispense mille ennuis. Même l'amour, qui est le sentiment le plus profond, passe. Le témoignage de Proust était ontologique : l'amour prime sur l'amitié.
L'expérience que vécut Montaigne avec La Boétie est-elle l'exception qui confirme la règle? Qui sait ce qu'aurait pensé le philosophe de son ami s'il avait eu l'heure de vivre plus vieux? Peut-être les divergences progressives auraient-elles lézardé l'édifice impeccable de leur concorde?
N'escompte d'une rencontre que ce qu'elle t'apportera : sur l'échelle du réel, très peu, le plus souvent. Ceux à qui tu prêtes de la consistance annoncent d'amères déceptions. Les bonnes surprises sont si rares qu'il y a plus à attendre d'un misanthrope que d'un mondain. Comme le note Schopenhauer, au moins le premier possède-t-il son centre de gravité dans sa personne.
L'amour est le seul sentiment qui vous délivre l'expérience gratifiante du réel. L'amitié, elle, se contente d'en montrer l'évanescence et la vanité. L'amour est tragique. L'amitié n'a pas ces lettres de noblesse.
Il suffit pour s'en convaincre de considérer l'amour comme le seul acte susceptible d'engendrer la vie. Face à cette énigme, l'homme reste coi. La contemplation d'un enfant recèle plus de mystère que toutes les paroles du monde. La meilleure expérience que deux amis puissent entreprendre, c'est de se taire. C'est d'ailleurs ce qu'ils ne font jamais, incapables de supporter le poids du silence. Au contraire, les amoureux n'ont pas besoin de parler. L'amour pèse plus lourd que l'amitié!
Parie sur l'amitié et tu ne recevras rien. Parie sur la vie et tu recevras l'amour.
Que j'avais de si près tenus?
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Le quatrain est impressionnant. Il est de Ruteboeuf, cité en épilogue de ses Impressions fugitives par Clément Rosset. N'allez pas croire qu'il exprime ma pente mélancolique sur les dessous de l'amitié. Simplement, l'amitié, tout comme la plus belle des femmes, ne peut donner plus qu'elle n'a.
Arrivé à trente ans - c'est jeune, trente ans, et pourtant!-, la trahison est chose commune : elle fait partie de l'amitié. La plupart des amis ne sont que des passagers qui peuplent malgré eux votre trajectoire personnelle. Des passagers : car le lien qui unit deux amis est assez fugace et friable pour qu'il éclaire les circonstances et les péripéties du quotidien.
Ne rien attendre de l'amitié, le précepte n'est pas trop prudent. Car vos amis, s'ils ne croient pas à l'amitié, ont un rapport d'intérêt et de domination - cas de tous les arrivistes et des faibles. Quand ils y croient, sentiment qui n'est pas une mince vertu, ils en attendent l'impossible : un soupçon d'ordre, une raison sociale, des certitudes - tous postulats qui relèvent de l'utopique.
Peu d'amis ont les moyens de vous gratifier du sérieux véritable. La plupart, gens frivoles, n'attendent que l'occasion de se réconforter sur votre dos. Incapables de demeurer seuls avec eux-mêmes, ainsi que l'énonçait déjà Pascal, ils tuent le temps en attendant la mort.
Bien entendu, les amis existent, mais ils sont rares. Dans la poignée d'une main se résume l'amitié d'une existence. Le reste appartient au bon temps. Demandez aux femmes : il y a bien plus à attendre de la vie que de l'amitié. C'est du moins procéder selon l'ordre raisonnable. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Car l'amour de la vie apporte mille amis, alors que la croyance aux amis dispense mille ennuis. Même l'amour, qui est le sentiment le plus profond, passe. Le témoignage de Proust était ontologique : l'amour prime sur l'amitié.
L'expérience que vécut Montaigne avec La Boétie est-elle l'exception qui confirme la règle? Qui sait ce qu'aurait pensé le philosophe de son ami s'il avait eu l'heure de vivre plus vieux? Peut-être les divergences progressives auraient-elles lézardé l'édifice impeccable de leur concorde?
N'escompte d'une rencontre que ce qu'elle t'apportera : sur l'échelle du réel, très peu, le plus souvent. Ceux à qui tu prêtes de la consistance annoncent d'amères déceptions. Les bonnes surprises sont si rares qu'il y a plus à attendre d'un misanthrope que d'un mondain. Comme le note Schopenhauer, au moins le premier possède-t-il son centre de gravité dans sa personne.
L'amour est le seul sentiment qui vous délivre l'expérience gratifiante du réel. L'amitié, elle, se contente d'en montrer l'évanescence et la vanité. L'amour est tragique. L'amitié n'a pas ces lettres de noblesse.
Il suffit pour s'en convaincre de considérer l'amour comme le seul acte susceptible d'engendrer la vie. Face à cette énigme, l'homme reste coi. La contemplation d'un enfant recèle plus de mystère que toutes les paroles du monde. La meilleure expérience que deux amis puissent entreprendre, c'est de se taire. C'est d'ailleurs ce qu'ils ne font jamais, incapables de supporter le poids du silence. Au contraire, les amoureux n'ont pas besoin de parler. L'amour pèse plus lourd que l'amitié!
Parie sur l'amitié et tu ne recevras rien. Parie sur la vie et tu recevras l'amour.
lundi, janvier 08, 2007
Juste un motif de satisfaction
Si je dispose en ma besace d'un motif de satisfaction? Mais la vie, bien sûr! A une époque qui a remplacé l'amour (de la vie) par le Bonheur (de l'objet), la joie relève du miracle ésotérique. Tout est devenu prétexte à mélancolie. Les catastrophes? Il n'est pas question d'y penser! La mort? C'est pour plus tard! On rit, on conduit, on s'enfuit (en vacances)! On travaille! Ah, ça! qu'est-ce qu'on travaille! On nous fera bientôt travailler pour ne plus mourir, tiens!
On cherche de la joie en travaillant. Comme si la joie se cherchait! La joie est une grâce, Monsieur! Seuls les décadents attendent de l'existence la félicité continue comme un robinet d'eau tiède déversée sur leurs chaussettes. A quand la joie comme l'eau courante ou l'électricité? Le droit opposable à la joie, avec possibilité d'attaquer l'Etat en cas de défaillance? La joie s'obtient les armes à la main. Pourquoi les hommes rêvaient-ils jadis de mourir en héros aux frontons de toutes les guerres?
La joie est une grâce, pas une constante physique. Seul celui qui affronte les épreuves sera heureux. L'autre, son double moderne, celui qui ne connaît du privilège que la mouture soap, quémandera l'illusion comme le trèfle à quatre feuilles.
Ne rien attendre de la vie, voilà le maître-mot. "Sois ami du présent qui passe, le passé et le futur te seront donnés de surcroît", énonce Clément Rosset. Tout motif de satisfaction est un don abrupt ; l'attente est l'anti-chambre du marasme. Vive le réel!
On cherche de la joie en travaillant. Comme si la joie se cherchait! La joie est une grâce, Monsieur! Seuls les décadents attendent de l'existence la félicité continue comme un robinet d'eau tiède déversée sur leurs chaussettes. A quand la joie comme l'eau courante ou l'électricité? Le droit opposable à la joie, avec possibilité d'attaquer l'Etat en cas de défaillance? La joie s'obtient les armes à la main. Pourquoi les hommes rêvaient-ils jadis de mourir en héros aux frontons de toutes les guerres?
La joie est une grâce, pas une constante physique. Seul celui qui affronte les épreuves sera heureux. L'autre, son double moderne, celui qui ne connaît du privilège que la mouture soap, quémandera l'illusion comme le trèfle à quatre feuilles.
Ne rien attendre de la vie, voilà le maître-mot. "Sois ami du présent qui passe, le passé et le futur te seront donnés de surcroît", énonce Clément Rosset. Tout motif de satisfaction est un don abrupt ; l'attente est l'anti-chambre du marasme. Vive le réel!
dimanche, janvier 07, 2007
Prière du désir
Au départ, j'hésitais à intituler ce billet Misère du désir. Il est permis de reprendre les titres des livres, surtout ceux des sondeurs. C'est la différence avec les bagnoles. Comme Soral en avait fait l'objet d'un humiliation littéraire, je ne prenais aucun risque : au pire, je ne pouvais faire pire. Ce n'est pas comme de reprendre Le Père Goriot! Il en avait du courage, La Fontaine, de se coltiner avec Esope&Co! Finalement, ce sera Prière du désir. Prier donne de la force, surtout quand on est athée.
Hier, je suis tombé sur une chaîne accablante. Une chaîne du câble. NRJ TV. Un reportage était consacré à Arthur. Pas le flibustier, l'animateur télé. Le ladre s'est reconverti en humoriste et tient à ce que ça se sache! Du coup, défilaient à la barre des témoins Gad Elmaleh, Elie Semoun, Johny Halliday, Estelle Lefébur-Halliday, Bernadette Chirac, Geneviève de Fontenay...
Que du toc et de la tare tous azimuts. Show-business, politique et économique (les marionnettistes ne passent jamais à la télé), tous étaient venus rendre hommage au roi Arthur. C'est qui, Arthur? Jacques Sebbag est à la scène un abruti qui fait de l'audience en abrutissant les téléspectateurs.
D'une manière différente toutefois. Les animateurs ne sont pas que des pions manipulés par de grands manitous audiovisuels aux stratégies insondables. En l'occurrence, Delarue, Ardisson, Fogiel, Drucker, Nagui ou Arthur (j'en ai oublié, désolé pour Dechavanne!) sont des producteurs qui touchent le pactole en proposant du prêt à consommer. Quand le téléspectateur ouvre la télé, leur but est qu'il s'engouffre dans l'émission sans effort.
Les animateurs télé proposent le désir sans effort, soit l'inverse de la culture classique. Drucker flagorne, Fogiel persifle, Nagui guignolise. Ardisson, on connaît la chanson. Quant à Delarue, c'est l'intellectuel de la bande. Delarue propose des questions de réflexion qui n'obligent pas à la réflexion. Finie la contrainte passée à laquelle astreignait la lecture d'un penseur. Au lieu de méditer Platon, ouvrez Delarue TV ! Vous vous cultiverez sans une once de sueur. Le réconfort sans l'effort, il fallait la télé pour y penser!
On aimerait bien être une petite souris et apprendre comment se comportent les Gentils Animateurs du PAF quand ils ne sont pas en plateau. Pour Delarue ou Dechavanne, les ragots n'incitent pas à l'optimisme. Apparemment, les GA sont des prédateurs qui ne cherchent qu'à amasser le blé. Voyez l'affaire Karl Zéro, ou comment l'insolence télévisuelle se réduit à de la manipulation criminelle Allègre!
Comme les GA gagnaient des tonnes d'argent à abrutir les masses, les protestations des jalous et des idéalistes fusèrent. C'est une des armes favorites du système : en permettant les récriminations, les grondements de la populace s'apaisent. En l'occurrence, la vilaine rengaine est rôdée : les GA sont comme les footballeurs ou les acteurs. Ils gagnent trop d'argent, surtout en regard de leurs mérites véritables. Il est vrai que pour un chirurgien, 20 000 euros mensuels, ce n'est pas cher payé en comparaison des 2 millions que touche Zidane!
Il faudrait se demander pourquoi ces amuseurs de la médiocrité ramassent autant d'argent. Je le ferais une autre fois. Pour l'instant, j'en reviens à Arthur. Arthur est le plus riche des GA. En tant que vice-président d'Endémol France, il n'est plus seulement GA. Il est tout simplement GA-GA.
Endémol France, ce n'est pas rien. Arthur pèse plusieurs centaines de millions d'euros, environ 250, tout comme son associé, Stéphane Courbit. Arthur est donc le Grand Businessmann de la télé. Il n'est pas seulement l'animateur le plus con de la bande FM! La connerie d'Arthur est très avisée, très structurée. Arthur est le plus con parce qu'il fait son beurre sur la connerie des gens. Arthur est un con qui a compris qu'il n'était pas besoin de se creuser le crâne pour réussir (en l'occurrence, réussir, c'est faire fortune). Il suffit de laisser parler sa connerie.
Chacun en a de la connerie, et à revendre! La sienne est proverbiale. Quelques bribes de ses mielleuses apparitions et l'on comprend ce qu'Arthur a compris : le but de la vie réside dans les symboles de l'argent : la fortune, la télé, la gonzesse (Estelle Lefébur a eu la bonne idée, avant de succomber au charme légendaire d'Arthur, de profiter des dons musicaux du fils de Johny).
Justement, il manquait à Arthur la reconnaissance artistique. La vraie reconnaissance artistique, il n'est pas prêt de l'obtenir. Il s'en fout! Lui, ce qui l'intéresse, c'est ce qui s'achète. Entre l'argent et l'art, il faut choisir. Arthur a choisi. Il achète. Les dollars de l'art. Pas sur quelques toiles de glorieux défunts portés par la grâce du réel... Non, Arthur décida de lancer une OPA sur un secteur qui permet de se prétendre artiste à bon marché. Un secteur qui rapporte gros.
Il avait les moyens de ses prétentions. N'avait-il pas réussi son entreprise impérialiste sur la télévision? Après les femmes, les émissions, le rire de Farruggia ou la caution de Tchernia, il ne lui manquait plus qu'à devenir humoriste. Jadis, les humoristes étaient des trublions sans prétention. Il prétendait remettre un peu l'ordre établi pour mieux le conforter insidieusement. Aujourd'hui, les choses ont changé. L'homoriste est le penseur officiel des médias. Il est celu qui conteste pour rendre la morale démocratique plus acceptable. En tant que bouffon des bonnes moeurs, il est assuré du beau rôle. Si vous ne me croyez pas, demandez-vous ce que Bernadette Chirac est venu traîner ses guêtres à une telle pantalonnade.
Ce n'est pas parce que Bernadette ramasses les pièces jauanes avec David qu'il faut la sous-estimer. Si Madame, née Chodron de Courcelle, ne présente pas toutes ses lettres de noblesse, elle sait au moins faire la différence entre un opéra de Mozart et une première d'Arthur. Elle a le recul pour savoir que Drucker exagère, à force de se complaire dans l'amabilité lisse et la gentilesse efficace. On suspecte le renard introduit dans le poulailler.
Arthur s'est dit que la facette de comique lui permettrait de rompre avec sa réputation de grand con. A con, con et demi. Il a les moyens de ses lubies. Alors il nous raconte des blagues attendrissantes sur sa mère et se moque de ses régimes. On savait que les humoristes qui se mettent à réfléchir perdent leur sens du comique. Je ne visais pas Dieudonné, mais ce bon vieux Cauet, le double d'Arthur, à défaut d'être son ami. Cauet mange plus de pizza et fait moins de gymtonic. Maintenant qu'il arbore un corps d'éphèbe avec du poil sur le torse, Arthur voit la vie en rose et tient à le montrer à tout le monde - surtout aux caméras. Si les businessmen se mettent à nous arracher des larmes d'hilarité... A quand Jean-Marie Messier sur scène? Un duo Arthur/Pinault? Il faurda demander à Bernadette de s'occuper de la mise en scène : voilà bien longtemps que son mari ne la fait plus rire du tout!
Hier, je suis tombé sur une chaîne accablante. Une chaîne du câble. NRJ TV. Un reportage était consacré à Arthur. Pas le flibustier, l'animateur télé. Le ladre s'est reconverti en humoriste et tient à ce que ça se sache! Du coup, défilaient à la barre des témoins Gad Elmaleh, Elie Semoun, Johny Halliday, Estelle Lefébur-Halliday, Bernadette Chirac, Geneviève de Fontenay...
Que du toc et de la tare tous azimuts. Show-business, politique et économique (les marionnettistes ne passent jamais à la télé), tous étaient venus rendre hommage au roi Arthur. C'est qui, Arthur? Jacques Sebbag est à la scène un abruti qui fait de l'audience en abrutissant les téléspectateurs.
D'une manière différente toutefois. Les animateurs ne sont pas que des pions manipulés par de grands manitous audiovisuels aux stratégies insondables. En l'occurrence, Delarue, Ardisson, Fogiel, Drucker, Nagui ou Arthur (j'en ai oublié, désolé pour Dechavanne!) sont des producteurs qui touchent le pactole en proposant du prêt à consommer. Quand le téléspectateur ouvre la télé, leur but est qu'il s'engouffre dans l'émission sans effort.
Les animateurs télé proposent le désir sans effort, soit l'inverse de la culture classique. Drucker flagorne, Fogiel persifle, Nagui guignolise. Ardisson, on connaît la chanson. Quant à Delarue, c'est l'intellectuel de la bande. Delarue propose des questions de réflexion qui n'obligent pas à la réflexion. Finie la contrainte passée à laquelle astreignait la lecture d'un penseur. Au lieu de méditer Platon, ouvrez Delarue TV ! Vous vous cultiverez sans une once de sueur. Le réconfort sans l'effort, il fallait la télé pour y penser!
On aimerait bien être une petite souris et apprendre comment se comportent les Gentils Animateurs du PAF quand ils ne sont pas en plateau. Pour Delarue ou Dechavanne, les ragots n'incitent pas à l'optimisme. Apparemment, les GA sont des prédateurs qui ne cherchent qu'à amasser le blé. Voyez l'affaire Karl Zéro, ou comment l'insolence télévisuelle se réduit à de la manipulation criminelle Allègre!
Comme les GA gagnaient des tonnes d'argent à abrutir les masses, les protestations des jalous et des idéalistes fusèrent. C'est une des armes favorites du système : en permettant les récriminations, les grondements de la populace s'apaisent. En l'occurrence, la vilaine rengaine est rôdée : les GA sont comme les footballeurs ou les acteurs. Ils gagnent trop d'argent, surtout en regard de leurs mérites véritables. Il est vrai que pour un chirurgien, 20 000 euros mensuels, ce n'est pas cher payé en comparaison des 2 millions que touche Zidane!
Il faudrait se demander pourquoi ces amuseurs de la médiocrité ramassent autant d'argent. Je le ferais une autre fois. Pour l'instant, j'en reviens à Arthur. Arthur est le plus riche des GA. En tant que vice-président d'Endémol France, il n'est plus seulement GA. Il est tout simplement GA-GA.
Endémol France, ce n'est pas rien. Arthur pèse plusieurs centaines de millions d'euros, environ 250, tout comme son associé, Stéphane Courbit. Arthur est donc le Grand Businessmann de la télé. Il n'est pas seulement l'animateur le plus con de la bande FM! La connerie d'Arthur est très avisée, très structurée. Arthur est le plus con parce qu'il fait son beurre sur la connerie des gens. Arthur est un con qui a compris qu'il n'était pas besoin de se creuser le crâne pour réussir (en l'occurrence, réussir, c'est faire fortune). Il suffit de laisser parler sa connerie.
Chacun en a de la connerie, et à revendre! La sienne est proverbiale. Quelques bribes de ses mielleuses apparitions et l'on comprend ce qu'Arthur a compris : le but de la vie réside dans les symboles de l'argent : la fortune, la télé, la gonzesse (Estelle Lefébur a eu la bonne idée, avant de succomber au charme légendaire d'Arthur, de profiter des dons musicaux du fils de Johny).
Justement, il manquait à Arthur la reconnaissance artistique. La vraie reconnaissance artistique, il n'est pas prêt de l'obtenir. Il s'en fout! Lui, ce qui l'intéresse, c'est ce qui s'achète. Entre l'argent et l'art, il faut choisir. Arthur a choisi. Il achète. Les dollars de l'art. Pas sur quelques toiles de glorieux défunts portés par la grâce du réel... Non, Arthur décida de lancer une OPA sur un secteur qui permet de se prétendre artiste à bon marché. Un secteur qui rapporte gros.
Il avait les moyens de ses prétentions. N'avait-il pas réussi son entreprise impérialiste sur la télévision? Après les femmes, les émissions, le rire de Farruggia ou la caution de Tchernia, il ne lui manquait plus qu'à devenir humoriste. Jadis, les humoristes étaient des trublions sans prétention. Il prétendait remettre un peu l'ordre établi pour mieux le conforter insidieusement. Aujourd'hui, les choses ont changé. L'homoriste est le penseur officiel des médias. Il est celu qui conteste pour rendre la morale démocratique plus acceptable. En tant que bouffon des bonnes moeurs, il est assuré du beau rôle. Si vous ne me croyez pas, demandez-vous ce que Bernadette Chirac est venu traîner ses guêtres à une telle pantalonnade.
Ce n'est pas parce que Bernadette ramasses les pièces jauanes avec David qu'il faut la sous-estimer. Si Madame, née Chodron de Courcelle, ne présente pas toutes ses lettres de noblesse, elle sait au moins faire la différence entre un opéra de Mozart et une première d'Arthur. Elle a le recul pour savoir que Drucker exagère, à force de se complaire dans l'amabilité lisse et la gentilesse efficace. On suspecte le renard introduit dans le poulailler.
Arthur s'est dit que la facette de comique lui permettrait de rompre avec sa réputation de grand con. A con, con et demi. Il a les moyens de ses lubies. Alors il nous raconte des blagues attendrissantes sur sa mère et se moque de ses régimes. On savait que les humoristes qui se mettent à réfléchir perdent leur sens du comique. Je ne visais pas Dieudonné, mais ce bon vieux Cauet, le double d'Arthur, à défaut d'être son ami. Cauet mange plus de pizza et fait moins de gymtonic. Maintenant qu'il arbore un corps d'éphèbe avec du poil sur le torse, Arthur voit la vie en rose et tient à le montrer à tout le monde - surtout aux caméras. Si les businessmen se mettent à nous arracher des larmes d'hilarité... A quand Jean-Marie Messier sur scène? Un duo Arthur/Pinault? Il faurda demander à Bernadette de s'occuper de la mise en scène : voilà bien longtemps que son mari ne la fait plus rire du tout!
samedi, janvier 06, 2007
Israelgate
Désolé de décevoir les amateurs de subversion, non, je n'aime ni Ben Laden, ni Nasrallah. Je n'aime ni Hussein, ni le roi Fahd. L'Iran, avec à sa tête le président A., organisait une conférence très officielle pour débattre de la Shoah. Les invités de marque étaient des révisionnistes, tendance Faurisson et autres.
Pendant quelques jours, ce fut en Occident un déluge de protestations, d'indignations, de circonvolutions. Le président A. et son régime étaient des monstres sans pitié, des ayatollahs du diable, des menteurs sans vergogne pour nier ainsi la Shoah et ses victimes bafouées !
Pauvre Garaudy, si tu me lis, ne te réjouis pas trop vite. Il n'est pas question de réviser la Shoah. D'abord, ce serait un ignoble mensonge; ensuite, c'est l'outrage que les partisans du système à l'occidentale attendent des esprits critiques et chagrins : qu'ils dérapent et qu'on les discrédite une bonne fois pour toutes.
N'en déplaise à W., BHL et Claire Chazal, la diabolisation de l'Iran me laisse songeur. Elle m'évoque la diabolisation de Saddam, qui autrefois recueillait les louanges unanimes quand il faisait le jeu de l'Occident. Demandez leur avis à Chirac et aux porteurs de valises que chacun connaît...
Si l'Iran est diabolique, Israël l'est aussi. C'est de la bonne logique, de la déduction impitoyable. Si A. incarne le Monstre quand il propose de rayer Israël de la carte, Israël se fait Ogre quand il envoie ses chars à Gazza et laisse le pleuple palestinien aux mains des pervers du Hamas.
Hurlons-le haut et fort. C'est au nom des principes qui découlent de la Shoah qu'il faut clamer cette vérité ignorée des cyniques : le supplice qu'endure le peuple palestinien n'est pas tolérable. Jamais le Hamas n'aurait reçu l'honneur d'élections démocratiques et triomphales si les martyrs des territoires occupés avaient été traités dignement.
Pourquoi l'Occident a-t-il octroyé un territoire aux Juifs? L'histoire est complexe, je sais! Néanmois, il est permis de répondre à cette terrible question : l'Occident fut coupable d'antisémitisme récurrent, d'abord contre le peuple déicide, puis contre le peuple d'Auschwitz. Aujourd'hui, l'Occident est doublement coupable : en laissant dépérir les Palestiniens au sortir de leur décolonisation, l'Occident a montré le mépris qu'il vouait aux peuples sans valeur matérielle. L'Occident a fabriqué une victime de plus pour réparer les dommages inexpiables qu'avait subis d'autres victimes. La colère du monde arabe est excessive et souvent outrancière; elle n'est jamais illusoire.
Dans le drame que vivent les Palestiniens, les principaux responsables de leur terrible misère sont les dirigeants des pays arabes, qui se sont signalés par leur lâcheté et leur bêtise. Il n'est plus temps de militer contre Israël ou de se signaler par des positions antisionistes aux forts relents antisémites. Il est temps de rappeler à Israël qu'un Etat créé dans les conditions si particulières où il vit le jour ne peut se permettre de se comporter comme il se comporte à l'heure actuelle. Un jour, l'histoire notera que les enfants de la Shoah (pas tous, bien entendu, car les justes parsèment le monde!) laissèrent prospérer un calvaire à leurs portes, quand ils ne l'encouragèrent pas.
Tout intellectuel juif qui se fait entendre dans les médias est disqualifié et nauséabond s'il ne rappelle pas cette vérité évidente comme le bon sens : les Palestiniens en tant que peuple paient les pots cassés à l'instauration d'Israël. Faut-il déshabiller Paul pour rhabiller Jacques? Avant d'ajouter quoi que ce soit d'autre, tout intellectuel juif devrait rappeler l'ignominie sans nom des colonies, des territoires occupés et des chars exterminateurs.
C'est ce que soutenait le grand Yeshayahou Leibowitz. Avant de mourir en 1994, cet authentique disciple de Maïmonide eut le temps de clamer que "l'occupation détruit la moralité du conquérant". Il soutenait de ce fait les objecteurs de conscience refusant de servir dans les territoires. Comme tous ceux qui énoncent la vérité, Leibowitz connut les persécutions. En l'occurrence, ce fut Yitzhak Rabin qui s'y colla. Lors de la polémique que souleva sa nomination au prix Israël en 1992, le chef du gouvernement alla jusqu'à refuser de participer à la cérémonie de remise du prix. Finkielkraut n'est malheureusement pas Leibowitz. Il dirige de brillantes conversations sur France Culture.
Le Grand Israël et les colonies ne sont pas seulement le scandale moral auquel s'abeuvent tous les révolutionnaires et les extrémistes du monde (et pas seulement du monde musulman!). C'est le fiasco de notre époque. Les dirigeants israéliens qui ne militent pas pour la création de l'Etat de la Palestine sont des traîtres à Israël. Quant à ceux qui prétendent lutter contre le terrorisme, ils savent à quelle injustice s'attaquer en premier lieu pour prétendre à la franchise. Chaque Palestinien qui souffre est un frère du capitaine Dreyfus, un petit-fils de Drancy et du Vel d'Hiv. L'histoire comporte des répétitions sinistres.
Pendant quelques jours, ce fut en Occident un déluge de protestations, d'indignations, de circonvolutions. Le président A. et son régime étaient des monstres sans pitié, des ayatollahs du diable, des menteurs sans vergogne pour nier ainsi la Shoah et ses victimes bafouées !
Pauvre Garaudy, si tu me lis, ne te réjouis pas trop vite. Il n'est pas question de réviser la Shoah. D'abord, ce serait un ignoble mensonge; ensuite, c'est l'outrage que les partisans du système à l'occidentale attendent des esprits critiques et chagrins : qu'ils dérapent et qu'on les discrédite une bonne fois pour toutes.
N'en déplaise à W., BHL et Claire Chazal, la diabolisation de l'Iran me laisse songeur. Elle m'évoque la diabolisation de Saddam, qui autrefois recueillait les louanges unanimes quand il faisait le jeu de l'Occident. Demandez leur avis à Chirac et aux porteurs de valises que chacun connaît...
Si l'Iran est diabolique, Israël l'est aussi. C'est de la bonne logique, de la déduction impitoyable. Si A. incarne le Monstre quand il propose de rayer Israël de la carte, Israël se fait Ogre quand il envoie ses chars à Gazza et laisse le pleuple palestinien aux mains des pervers du Hamas.
Hurlons-le haut et fort. C'est au nom des principes qui découlent de la Shoah qu'il faut clamer cette vérité ignorée des cyniques : le supplice qu'endure le peuple palestinien n'est pas tolérable. Jamais le Hamas n'aurait reçu l'honneur d'élections démocratiques et triomphales si les martyrs des territoires occupés avaient été traités dignement.
Pourquoi l'Occident a-t-il octroyé un territoire aux Juifs? L'histoire est complexe, je sais! Néanmois, il est permis de répondre à cette terrible question : l'Occident fut coupable d'antisémitisme récurrent, d'abord contre le peuple déicide, puis contre le peuple d'Auschwitz. Aujourd'hui, l'Occident est doublement coupable : en laissant dépérir les Palestiniens au sortir de leur décolonisation, l'Occident a montré le mépris qu'il vouait aux peuples sans valeur matérielle. L'Occident a fabriqué une victime de plus pour réparer les dommages inexpiables qu'avait subis d'autres victimes. La colère du monde arabe est excessive et souvent outrancière; elle n'est jamais illusoire.
Dans le drame que vivent les Palestiniens, les principaux responsables de leur terrible misère sont les dirigeants des pays arabes, qui se sont signalés par leur lâcheté et leur bêtise. Il n'est plus temps de militer contre Israël ou de se signaler par des positions antisionistes aux forts relents antisémites. Il est temps de rappeler à Israël qu'un Etat créé dans les conditions si particulières où il vit le jour ne peut se permettre de se comporter comme il se comporte à l'heure actuelle. Un jour, l'histoire notera que les enfants de la Shoah (pas tous, bien entendu, car les justes parsèment le monde!) laissèrent prospérer un calvaire à leurs portes, quand ils ne l'encouragèrent pas.
Tout intellectuel juif qui se fait entendre dans les médias est disqualifié et nauséabond s'il ne rappelle pas cette vérité évidente comme le bon sens : les Palestiniens en tant que peuple paient les pots cassés à l'instauration d'Israël. Faut-il déshabiller Paul pour rhabiller Jacques? Avant d'ajouter quoi que ce soit d'autre, tout intellectuel juif devrait rappeler l'ignominie sans nom des colonies, des territoires occupés et des chars exterminateurs.
C'est ce que soutenait le grand Yeshayahou Leibowitz. Avant de mourir en 1994, cet authentique disciple de Maïmonide eut le temps de clamer que "l'occupation détruit la moralité du conquérant". Il soutenait de ce fait les objecteurs de conscience refusant de servir dans les territoires. Comme tous ceux qui énoncent la vérité, Leibowitz connut les persécutions. En l'occurrence, ce fut Yitzhak Rabin qui s'y colla. Lors de la polémique que souleva sa nomination au prix Israël en 1992, le chef du gouvernement alla jusqu'à refuser de participer à la cérémonie de remise du prix. Finkielkraut n'est malheureusement pas Leibowitz. Il dirige de brillantes conversations sur France Culture.
Le Grand Israël et les colonies ne sont pas seulement le scandale moral auquel s'abeuvent tous les révolutionnaires et les extrémistes du monde (et pas seulement du monde musulman!). C'est le fiasco de notre époque. Les dirigeants israéliens qui ne militent pas pour la création de l'Etat de la Palestine sont des traîtres à Israël. Quant à ceux qui prétendent lutter contre le terrorisme, ils savent à quelle injustice s'attaquer en premier lieu pour prétendre à la franchise. Chaque Palestinien qui souffre est un frère du capitaine Dreyfus, un petit-fils de Drancy et du Vel d'Hiv. L'histoire comporte des répétitions sinistres.
A mon bienfaiteur
Grâce à mon directeur d'IUFM, section Lettres, je suis passé à côté de peu. J'aurais pu être arriviste, servile, futile, débile, à l'instar des camarades qui garnissent les bancs de l'IUFM. Je ne sais pas ce que je suis devenu, mais enfin, rien de tout ça.
Mon directeur de l'IUFM avait un nom qui ressemble à un dinosaure, genre Diplodocus, ou à un mot latin, genre minus, i, m. J'ai tout de suite senti qu'il se nourrissait de laitues détraquées et de jeunes femmes avariées. Pour traîner un teint pareil, ça ne pouvait seulement être l'oeuvre de la bière!
Mon directeur d'IUFM était victime de l'amour sans borne de toutes les greluches des promotions qui s'apprêtent à passer le CAPES. Il était moche, libidineux et d'une vulgarité crasse : toutes les qualités qu'elles cherchaient chez un homme. Celles qui ne l'aimaient pas se privaient bien de le lui faire savoir en face, la bourgeoisie intellectuelle se targue de penser de travers.
Les pétasses qui se prédestinent à embrasser la carrière professorale comme elles brûlent d'emballer une femme (car les garces ne rêvent que de lapider leur père) détestaient mon directeur d'IUFM. Par solidadrité, je me propose donc de l'aimer. Il est plus facile d'aimer ses amis que ses ennemis, prédit une célèbre parole. Nous allons voir...
Mon directeur d'IUFM essaya par tous les moyens de me détruire. Sans succès. J'avais osé lui cracher la vérité par écrit sur la didactique et le fonctionnement de ses services. Comme il m'estimait beaucoup, il décida immédiatement de me faire redoubler. Un bon soldat stalinien détruit toujours les contestataires qu'il estime.
Mon directeur d'IUFM buvait parce qu'il n'avait pas réussi à passer sa thèse sur la poésie contemporaine. Il est toujours préférable de boire que de passer une thèse de poésie contemporaine. Au train où vont les choses, il est toujours préférable de boire que de passer une thèse tout court. C'est plus productif et plus instructif.
Comme l'alcool est un puissant translucide, il révéla à mon directeur d'IUFM son incurable nihilisme. Il décida aussitôt de courir la gueuse. Après la thèse et l'antithèse, la synthèse. Pas n'importe quelle Gueuze. La bière d'abbaye n'était pas son truc. Il était plutôt petit blanc de comptoir ou ricard de nuisette.
Mon directeur d'IUFM aurait pu entretenir une liaison avec une collègue. Il aurait pu imiter Verlaine ou Baudelaire par leurs travers et fonder un bordel dans une des ailes désaffectées de son bel Institut, avec la complicité de ses supérieurs. Un bordel sera toujours plus sympathique qu'un IUFM. Entre la peste et le choléra, on choisit toujours le vaccin. Il aurait suffi de faire passer les péripatéticiennes pour des femmes de ménage ou des secrétaires grassement rémunérées...
Mon directeur d'IUFM choisit les jeunettes comme puissant Valium. Celles de vingt ans. Comme tous les pessimistes chic, il avait besoin de ce viatique de choc pour se morfondre dans la nostalgie crasse de ses vingt ans - quand il se rêvait en Che-Bendit.
Les jeunettes y trouvaient la saveur du pouvoir sur leur chemin de Bovary en bikini. On s'étonne que les politiciens hideux bénéficient des faveurs des femmes. Il suffit de constater le succès qu'obtient un directeur d'IUFM section Lettres pour se convaincre de l'évidence ! En moyenne, les femmes pérfèrent les politiciens aux balayeurs. Elles préfèrent aussi les taulards aux fonctionnaires de bureau, mais c'est une autre histoire...
Dans ma promotion, une jeunette tendance brunette se coltinait le vieux croûton. Ses camarades auraient dû la chérir, surtout les jolies : elle les débarassait de l'avorton-étron! Au lieu de recueillir la sympathie matinée de compassion bienvenue, elle récolta la haine malsaine. Le processus psychologique n'était pas si incompréhensible : toutes celles qui auraient voulu être à sa place, mais n'osaient pas, le lui faisait payer au prix fort! Celles et celui : une tapette littéraire paraissait intéressée.
Quant à celles et ceux qui n'étaient pas concernés par le martyr, ils plaignaient sincèrement la pauvre fille. Se coltiner le raté au quotidien, c'était sa femme qui rigolait!
Etait-ce parce que mon directeur d'IUFM avait investi une affreuse BM verte et qu'il portait des chemises style Bronzés I le Retour qu'elle en pinçait pour sa moumoute bedonnante et sa dégaine décadente? En tout cas, mille merci à celui qui m'a permis de ne pas finir ainsi - en contempteur de la médiocrité corrompue, en thuriféraire des valeurs nauséabondes et débilitantes, en pauvre taré dont les plus beaux spécimens, merci papa, merci maman, investissent les chaires de poules académiques et universitaires.
Grâce à mon directeur d'IUFM, j'ai échappé à la corruption de mon temps. Je lui dois bien cet hommage vibrant de grâce et de salut réunis.
Mon directeur d'IUFM empêchait toute personne fidèle au réel de sombrer dans l'illusion et la perdition (ontologique). Mon directeur d'IUFM est un martyr de la cause. Son sacrifice ne sera pas vain, j'en atteste! Le saint homme s'est dévoué pour endosser ses lourdes responsabilités. Chacun sa croix, chacun sa Passion. La sienne était toute administrative.
J'ai appris que mon directeur d'IUFM était tombé gravement malade. Bien placé pour mesurer les affres de la maladie et les secours de la science, j'ai compati. Sincèrement. Je devais être l'un des seuls de la promo, ma main au feu. Les autres s'en foutent, ce n'est plus leur affaire.
Décidément, mon directeur d'IUFM traversait une sale période : pendant ce temps, il s'est fait évincer de son placard doré. Deux planquées s'étaient chargées de lui faire payer son indifférence à leurs charmes, sa BM et ses virées avec stagiairEs à bord. La première était nantie de deux neurones, la seconde d'une solide dose de testostérone. Je ne suis pas certain que l'IUFM y ait gagné au change.
Heureusement, Dieu, dans Son Infinie Bonté, ne laissa pas péricliter trop son Job à plein temps. Il le muta dans un autre placard doré, le jury de concours pour futures professeurs. Qui a dit que la vie était dure? Mon directeur d'IUFM a maintenant le loisir de draguer des jeunettes qui ont un an de moins ! Les sacrifices ne sont jamais vains.
Mon directeur de l'IUFM avait un nom qui ressemble à un dinosaure, genre Diplodocus, ou à un mot latin, genre minus, i, m. J'ai tout de suite senti qu'il se nourrissait de laitues détraquées et de jeunes femmes avariées. Pour traîner un teint pareil, ça ne pouvait seulement être l'oeuvre de la bière!
Mon directeur d'IUFM était victime de l'amour sans borne de toutes les greluches des promotions qui s'apprêtent à passer le CAPES. Il était moche, libidineux et d'une vulgarité crasse : toutes les qualités qu'elles cherchaient chez un homme. Celles qui ne l'aimaient pas se privaient bien de le lui faire savoir en face, la bourgeoisie intellectuelle se targue de penser de travers.
Les pétasses qui se prédestinent à embrasser la carrière professorale comme elles brûlent d'emballer une femme (car les garces ne rêvent que de lapider leur père) détestaient mon directeur d'IUFM. Par solidadrité, je me propose donc de l'aimer. Il est plus facile d'aimer ses amis que ses ennemis, prédit une célèbre parole. Nous allons voir...
Mon directeur d'IUFM essaya par tous les moyens de me détruire. Sans succès. J'avais osé lui cracher la vérité par écrit sur la didactique et le fonctionnement de ses services. Comme il m'estimait beaucoup, il décida immédiatement de me faire redoubler. Un bon soldat stalinien détruit toujours les contestataires qu'il estime.
Mon directeur d'IUFM buvait parce qu'il n'avait pas réussi à passer sa thèse sur la poésie contemporaine. Il est toujours préférable de boire que de passer une thèse de poésie contemporaine. Au train où vont les choses, il est toujours préférable de boire que de passer une thèse tout court. C'est plus productif et plus instructif.
Comme l'alcool est un puissant translucide, il révéla à mon directeur d'IUFM son incurable nihilisme. Il décida aussitôt de courir la gueuse. Après la thèse et l'antithèse, la synthèse. Pas n'importe quelle Gueuze. La bière d'abbaye n'était pas son truc. Il était plutôt petit blanc de comptoir ou ricard de nuisette.
Mon directeur d'IUFM aurait pu entretenir une liaison avec une collègue. Il aurait pu imiter Verlaine ou Baudelaire par leurs travers et fonder un bordel dans une des ailes désaffectées de son bel Institut, avec la complicité de ses supérieurs. Un bordel sera toujours plus sympathique qu'un IUFM. Entre la peste et le choléra, on choisit toujours le vaccin. Il aurait suffi de faire passer les péripatéticiennes pour des femmes de ménage ou des secrétaires grassement rémunérées...
Mon directeur d'IUFM choisit les jeunettes comme puissant Valium. Celles de vingt ans. Comme tous les pessimistes chic, il avait besoin de ce viatique de choc pour se morfondre dans la nostalgie crasse de ses vingt ans - quand il se rêvait en Che-Bendit.
Les jeunettes y trouvaient la saveur du pouvoir sur leur chemin de Bovary en bikini. On s'étonne que les politiciens hideux bénéficient des faveurs des femmes. Il suffit de constater le succès qu'obtient un directeur d'IUFM section Lettres pour se convaincre de l'évidence ! En moyenne, les femmes pérfèrent les politiciens aux balayeurs. Elles préfèrent aussi les taulards aux fonctionnaires de bureau, mais c'est une autre histoire...
Dans ma promotion, une jeunette tendance brunette se coltinait le vieux croûton. Ses camarades auraient dû la chérir, surtout les jolies : elle les débarassait de l'avorton-étron! Au lieu de recueillir la sympathie matinée de compassion bienvenue, elle récolta la haine malsaine. Le processus psychologique n'était pas si incompréhensible : toutes celles qui auraient voulu être à sa place, mais n'osaient pas, le lui faisait payer au prix fort! Celles et celui : une tapette littéraire paraissait intéressée.
Quant à celles et ceux qui n'étaient pas concernés par le martyr, ils plaignaient sincèrement la pauvre fille. Se coltiner le raté au quotidien, c'était sa femme qui rigolait!
Etait-ce parce que mon directeur d'IUFM avait investi une affreuse BM verte et qu'il portait des chemises style Bronzés I le Retour qu'elle en pinçait pour sa moumoute bedonnante et sa dégaine décadente? En tout cas, mille merci à celui qui m'a permis de ne pas finir ainsi - en contempteur de la médiocrité corrompue, en thuriféraire des valeurs nauséabondes et débilitantes, en pauvre taré dont les plus beaux spécimens, merci papa, merci maman, investissent les chaires de poules académiques et universitaires.
Grâce à mon directeur d'IUFM, j'ai échappé à la corruption de mon temps. Je lui dois bien cet hommage vibrant de grâce et de salut réunis.
Mon directeur d'IUFM empêchait toute personne fidèle au réel de sombrer dans l'illusion et la perdition (ontologique). Mon directeur d'IUFM est un martyr de la cause. Son sacrifice ne sera pas vain, j'en atteste! Le saint homme s'est dévoué pour endosser ses lourdes responsabilités. Chacun sa croix, chacun sa Passion. La sienne était toute administrative.
J'ai appris que mon directeur d'IUFM était tombé gravement malade. Bien placé pour mesurer les affres de la maladie et les secours de la science, j'ai compati. Sincèrement. Je devais être l'un des seuls de la promo, ma main au feu. Les autres s'en foutent, ce n'est plus leur affaire.
Décidément, mon directeur d'IUFM traversait une sale période : pendant ce temps, il s'est fait évincer de son placard doré. Deux planquées s'étaient chargées de lui faire payer son indifférence à leurs charmes, sa BM et ses virées avec stagiairEs à bord. La première était nantie de deux neurones, la seconde d'une solide dose de testostérone. Je ne suis pas certain que l'IUFM y ait gagné au change.
Heureusement, Dieu, dans Son Infinie Bonté, ne laissa pas péricliter trop son Job à plein temps. Il le muta dans un autre placard doré, le jury de concours pour futures professeurs. Qui a dit que la vie était dure? Mon directeur d'IUFM a maintenant le loisir de draguer des jeunettes qui ont un an de moins ! Les sacrifices ne sont jamais vains.
vendredi, janvier 05, 2007
La démocratie en Occident III
Depuis le Siècle des Lumières, des hommes se sont levés en Occident pour instaurer et cultiver la démocratie. Non sans mal toujours, y compris au péril de leur vie parfois. Ces hommes, malgré les luttes du totalitarisme classique, et celles, plus insidieuses des idéologies utopistes criminelles, ont réussi à imposer le changement et à faire en sorte que la liberté progresse.
On en mesure le résultat a posteriori : aucune époque n'a connu une telle prospérité que les régimes démocratiques. Quoique. Restons prudents. Car la démocratie telle que l'a instaurée l'Occident ne concerne que les peuples d'Occident. Le reste du monde vit sous régimes totalitaristes, avec la bénédiction, plus ou moins interventionniste, de nos chères démocraties. C'est sans doute ce qu'un brillant stratège nomma la realpolitik.
Cette partition du monde est le principal handicap des démocraties à l'heure de la mondialisation. On entend des hommes parler, tenir un discours violent et souvent juste. Les langues qui se délient pourraient rappeler que la démocratie athénienne, qui ne concernait que les citoyens athéniens, ne fonctionnaiet que grâce à l'esclavage et aux métèques.
Serait-ce ce qui se produit à l'heure actuelle, illustrant le bégaiement de l'histoire cher à Schopenhauer? ? La question est complexe et mérite sans doute bien des nuances (j'entends d'ici les voix des doctes et des érudits se perdrent en conjectures sans fin, brouillant la problématique).
Une question à ma connaissance n'est pas assez débattue : l'humanité peut-elle vivre sous un régéime généralisé de démocraties? Ou la démocratie n'est-elle l'apanage que d'une minorité de peuples privilégiés fermant les yeux pour ne pas regarder la réalité en face?
Je crains que cette première question n'accouche d'une deuxième, qui tend à relativiser encore plus l'impact de la démocratie sur le cours historique de l'homme. A l'intérieur des démocraties cette fois, la liberté est chose bien mal partagée, à tel point que l'abolition du suffrage censitaire ou du sexisme peine à s'attaquer à la fabrication d'élites démocratiques dont le processus nie l'évolution à long terme de la démocratie. Toujours les mêmes têtes aux différents postes stratégiques? Toujours les mêmes promus de la pensée domùinante, celle qui exalte l'idéal démocratique et ne laissent aux voix minioritaires que la portion congrue? Quels héros fabriquent la démocratie?
C'est à cette question que l'homme moderne doit répondre s'il ne veut pas disparître sous le poids de la médiocrité généralisée et plébiscitée.
On en mesure le résultat a posteriori : aucune époque n'a connu une telle prospérité que les régimes démocratiques. Quoique. Restons prudents. Car la démocratie telle que l'a instaurée l'Occident ne concerne que les peuples d'Occident. Le reste du monde vit sous régimes totalitaristes, avec la bénédiction, plus ou moins interventionniste, de nos chères démocraties. C'est sans doute ce qu'un brillant stratège nomma la realpolitik.
Cette partition du monde est le principal handicap des démocraties à l'heure de la mondialisation. On entend des hommes parler, tenir un discours violent et souvent juste. Les langues qui se délient pourraient rappeler que la démocratie athénienne, qui ne concernait que les citoyens athéniens, ne fonctionnaiet que grâce à l'esclavage et aux métèques.
Serait-ce ce qui se produit à l'heure actuelle, illustrant le bégaiement de l'histoire cher à Schopenhauer? ? La question est complexe et mérite sans doute bien des nuances (j'entends d'ici les voix des doctes et des érudits se perdrent en conjectures sans fin, brouillant la problématique).
Une question à ma connaissance n'est pas assez débattue : l'humanité peut-elle vivre sous un régéime généralisé de démocraties? Ou la démocratie n'est-elle l'apanage que d'une minorité de peuples privilégiés fermant les yeux pour ne pas regarder la réalité en face?
Je crains que cette première question n'accouche d'une deuxième, qui tend à relativiser encore plus l'impact de la démocratie sur le cours historique de l'homme. A l'intérieur des démocraties cette fois, la liberté est chose bien mal partagée, à tel point que l'abolition du suffrage censitaire ou du sexisme peine à s'attaquer à la fabrication d'élites démocratiques dont le processus nie l'évolution à long terme de la démocratie. Toujours les mêmes têtes aux différents postes stratégiques? Toujours les mêmes promus de la pensée domùinante, celle qui exalte l'idéal démocratique et ne laissent aux voix minioritaires que la portion congrue? Quels héros fabriquent la démocratie?
C'est à cette question que l'homme moderne doit répondre s'il ne veut pas disparître sous le poids de la médiocrité généralisée et plébiscitée.
La démocratie et l'Occident II
Avec le 11 Septembre, on nous rebat des critiques hétéroclites qui pleuvent depuis toujours sur les démocraties occidentales. On essaie moins de comprendre pourquoi ces démocraties sont autant détestées. Serait-ce parce qu'elles se comportent en démocraties? A cause d'un endoctrinement irrationnel qui conduirait à privilégier le Mal contre le Bien?
La liberté de ces démocraties est le point cardinal de leur défense, qu'elles présentent comme l'argument irréfutable de leur supériorité. Justement, le reste de l'humanité doir être à côté de la plaque pour ne pas entériner la liberté versus le totalitarisme, la violence contre l'esprit critique.
Autre possibilité : que la démocratie soit partiale, voire partielle. Oui, osons le terme : sectorielle. On nous explique que les peuples qui ne vivent pas en démocraties sont sous-développés. C'est de leur faute, s'ils ne vivent pas en démocratie.
Sans doute. Il est certain qu'il est plus facile d'instaurer le totalitarisme mesuré à long terme (version politique classique des sociétés) que la démocratie. Aristote ne mettait-il pas en garde contre les riques démagogiques auxquels le système démocratique tend inévitablement?
Peut-être Aristote a-t-il raison. Nous ne le savons pas, non parce que les démocraties sont performantes à l'heure actuelle, mais parce qu'elles souffrent d'hypocrisie et de mauvais fonctionnements. L'Occident n'a instauré d'espace démocratique à l'intérieiur de ses terres qu'en soutenant systématiquement les régimes antidémocratiques du restant de la planète.
Il ne faut pas chercher plus loin les raisons du mécontentement généralisé. Le reste du monde est pauvre et opprimé quand l'Occident opulent pratique le double discours et la double politique. Ce qui se passe à l'heure actuelle en Irak et autour (je vise notamment l'Arabie Saoudite) illustre l'hypocrisie occidentale... Point n'est besoin de longs commentaires. Je devrais faire les mêmes pour l'Afrique, l'Asie ou l'Amérique. Trop accablant pour résulter du hasard!
Il n'est pas besoin de chercher plus loin les raisons du terrorisme qui hante l'Occident moderne comme l'exacerbation tragique d'une haine plus maîtrisée le reste du temps. Le terrorisme est le fils du désespoir. Ce dont a besoin le monde? Non des promesses mensongères de la diplomatie façon W., mais d'une extension de la démocratie hors de son berceau d'élection. Les hommes ne revendiquent pas le relativisme culturel ou le choc des civilisations comme aimeraient nous le faire croire les extrémistes de tous bords. Ils attendent l'avènement de la vraie démocratie. Celles qui concernent tout le monde.
La liberté de ces démocraties est le point cardinal de leur défense, qu'elles présentent comme l'argument irréfutable de leur supériorité. Justement, le reste de l'humanité doir être à côté de la plaque pour ne pas entériner la liberté versus le totalitarisme, la violence contre l'esprit critique.
Autre possibilité : que la démocratie soit partiale, voire partielle. Oui, osons le terme : sectorielle. On nous explique que les peuples qui ne vivent pas en démocraties sont sous-développés. C'est de leur faute, s'ils ne vivent pas en démocratie.
Sans doute. Il est certain qu'il est plus facile d'instaurer le totalitarisme mesuré à long terme (version politique classique des sociétés) que la démocratie. Aristote ne mettait-il pas en garde contre les riques démagogiques auxquels le système démocratique tend inévitablement?
Peut-être Aristote a-t-il raison. Nous ne le savons pas, non parce que les démocraties sont performantes à l'heure actuelle, mais parce qu'elles souffrent d'hypocrisie et de mauvais fonctionnements. L'Occident n'a instauré d'espace démocratique à l'intérieiur de ses terres qu'en soutenant systématiquement les régimes antidémocratiques du restant de la planète.
Il ne faut pas chercher plus loin les raisons du mécontentement généralisé. Le reste du monde est pauvre et opprimé quand l'Occident opulent pratique le double discours et la double politique. Ce qui se passe à l'heure actuelle en Irak et autour (je vise notamment l'Arabie Saoudite) illustre l'hypocrisie occidentale... Point n'est besoin de longs commentaires. Je devrais faire les mêmes pour l'Afrique, l'Asie ou l'Amérique. Trop accablant pour résulter du hasard!
Il n'est pas besoin de chercher plus loin les raisons du terrorisme qui hante l'Occident moderne comme l'exacerbation tragique d'une haine plus maîtrisée le reste du temps. Le terrorisme est le fils du désespoir. Ce dont a besoin le monde? Non des promesses mensongères de la diplomatie façon W., mais d'une extension de la démocratie hors de son berceau d'élection. Les hommes ne revendiquent pas le relativisme culturel ou le choc des civilisations comme aimeraient nous le faire croire les extrémistes de tous bords. Ils attendent l'avènement de la vraie démocratie. Celles qui concernent tout le monde.
jeudi, janvier 04, 2007
Institut Ubuesque de Formatage Mécanique
Je ne suis pas prêt d'oublier ma rentrée à l'IUFM en tant que stagiaire de français. C'était en 2000. Une éternité. Cinquante stagiaires brûlaient de quitter les bancs poussiéreux de la Faculté pour retrouver ceux, pimpants, de l'apprentissage professionnel. On se doutait que le travail ne serait pas rose, mais, enfin, l'indépendance avait ses charmes.
J'ai commencé à déchanter en constatant que nous étions trois hommes sur les cinquante individus du troupeau. Trois hommes pour quarante femmes, c'est trop. Un tel déséquilibre supposait d'emblée quelques contraintes : loin de m'imaginer en satrape épanoui par la fréquentation de son harem, je compris que les problèmes commençaient. Point n'est besoin d'être misogyne pour savoir qu'une concentration massive de femelles dans un périmètre restreint engendre des tensions inquiétantes (surtout entre elles).
En l'occurrence, ce que j'allais apprendre, c'était la dure réalité de la servilité humaine. Quand je pense que d'aucuns se livrent à d'onéreuses opérations de reconstitution pour expliquer la Collaboration et les réalités du totalitarisme! Il suffit pour comprendre ce phénomène de se rendre dans un IUFM.
Tout a été prévu pour singer l'univers stalinien tel qu'il peut s'épanouir dans une démocratie. Les dirigeants démocrates n'aiment pas que l'on pense trop librement. Des citoyens enclins à la contestation sont des électeurs exigeants. Première agréable surprise, les locaux sont flambants neufs, les professeurs mielleux. Vous n'êtes plus étudiant, on vous fait sans doute comprendre que vous avez droit à un traitement de considération. Ah! la belle vie de professeur payé à ne rien faire par l'Etat, bénéficiant de ses quatre mois (que dis-je? six!) de vacances aux frais de la princesse!
Celui qui ne se trouverait pas au fait de la réputation des IUFM déchante vite. Loin de préparer le stagiaire à ses difficiles fonctions, il s'agit d'astreindre le bûcheur de concours à un nouveau formatage. Ce n'était pas pour rien qu'un tel déploiement ostentatoire était réservé!
Bienvenus dans la réplique miniature d'Orwell! On rigole, on batifole, on s'émoustille pour commencer. Il s'agit d'un totalitarisme hospitalier. Les filles se félicitent sous cape du changement. Depuis quatre ans, elles n'en pouvaient mais de suer sang et eau pour ingurgiter par coeur les cours vaniteux de leurs chers Professeurs. Elles se trouvaient enfin reconnues à leur juste mérite! Il faut dire qu'elles en avaient, les bosseuses! Si elles sont là, c'est qu'elles ont l'habitude d'empailler de la connaissance. Ah, ça! elles ont le coeur à l'ouvrage. Elles dépenseraient volontiers trois heures, sans rechigner, à préparer une heure de cours. Elles vont enfin détenir le savoir de leurs ongles fragiles, de leur voix fluette et angélique.
Rapidement, tout le monde quitte le conte de fées pour se confronter à la dure réalité IUFM. Les mauvais cours de la fac étaient une partie de rigolade! Les professeurs besogneux et soporifiques étaient des modèles de curiosité ! La Faculté de Lettres une moderne abbaye de Thélème! Ici, les professeurs ont une conception révolutionnaire et fort moderne du travail. Ils ne font rien.
Quand on contemple un professeur d'IUFM, on comprend que les nouvelles générations d'élèves soient au diapason de leurs maîtres! Il faut dire qu'ils en ont du mérite, les profeseurs d'IUFM, à enseigner : ils enseignent une matière vide. Le professeur d'Université qui s'adonne avec un pédantisme narcissique à l'exercice du commentaire peut au moins se targuer de faire quelque chose. Le professeur d'IUFM n'a rien pour lui. Logique après qu'il se venge ! On a beau avoir du coeur, l'humiliation constante a des limites! En l'occurrence, faire de la didactique, c'est sombrer dans la cuistrerie.
Qu'est-ce que la didactique? Un gros mot! Un jour, on insultera les professeurs de didacticiens !
- Conseil de discipline, élève Allègre !
-J'ai rien fait!
-Vous avez traité votre professeur de didacticien!
-Je plaisantais!
-Vous apprendrez qu'il est des mots avec lesquels on ne plaisante pas!
La pédagogie est l'art d'apprendre. La didactique est la théorie de la pédagogie. La pédagogie est vieille comme le monde. Chacun sait ce que c'est : des savoirs concrets, qui ne sauraient se dispenser que sur le tas et qui sont très profitables quand ils émanent de personnes avisées. La didactique, c'est autre chose : comme le remarque Clément Rosset dans Le Monde de l'éducation, il s'agit d'apprendre à apprendre. Autrement dit : il s'agit d'une discipline sans matière ni contenu. Le didacticien est obligé de faire des phrases avec du vent. C'est pourquoi il ne supporte pas la critique. Tout comme le communiste sait que son système est erroné, le didacticien sait que sa discipline est une imposture.
On ne saurait plus se lancer dans la didactique que spéculer sur le sexe des anges ou la beauté des sirènes. C'est la raison pour laquelle les ouvrages de didactique sont si ampoulés et vains. Le recours à Husserl ou Hölderlin masque le problème de fond : les didacticiens n'ont rien à dire d'autre que des cuistreries ampoulées.
Chacun sait ce que devrait faire un professeur d'IUFM : aider ses stagiaires à préparer des cours en leur donnant des conseils utiles. Certains s'y emploient avec bonheur. Trop rarement. Cette méthode simple s'appelle tout bonnement la pédagogie. Cela suppose du travail et des contenus riches pour permettre au stagiaire d'entrer du bon pied dans la carrière. Au lieu de quoi on a réformé les savoirs en place en créant un Savoir des savoirs. La scolastique n'était pas loin, Philippe Meirieu l'a ressuscitée! Remplacer du réel par de l'illusion n'est pas anodin. L'IUFM prépare les professeurs à la grande hypocrisie de l'éducation scolaire.
Comme l'État a refusé depuis trente ans d'affronter les problèmes inhérents au collège unique, il a confié à des mystificateurs-idéologues le soin de concocter des théories fumeuses pour masquer les problèmes de discipline. C'est logique : si on contraint tous les élèves d'une classe d'âge à s'assoir sur les bancs de l'école jusqu'en troisième, certains n'y sauraient trouver leur bonheur. C'est dur, de travailler dans le théorique ! Les professeurs y ont perdu leur latin. Loin d'être soutenus dans la transformation de leur métier, ils se sont trouvés culpabilisés et abandonnés. On a prétexté que l'évolution des sociétés supposait des scolarités de plus en plus longues (ce qui est vrai) pour faire passer la pilule. La discipline n'était toujours pas assurée. Les revendications n'allaient pas tarder...
Alors on a sorti les pédagogues. C'est fou comme pédagogue rime avec démagogue. Quelle délicieuse polysémie! Le but de ces fous ambulants ? Laisser croire que le nouvel enseignant, puisqu'on ne dit plus professeur (tout changement d'appellation cache une dévalorisation - demandez aux balayeurs!), dispose d'instruments aussi révolutionnaires qu'efficaces pour faire face à la massification de l'enseignement. Entendez : l'ancien professeur, ce vieux croûton racorni, n'était pas préparé pour affronter les hordes indociles et rétives au travail (surtout quand on n'a pas le niveau). On lui avait appris à transmettre un savoir froid et congelé. Tout au contraire, le nouveau professeur est un veinard. Grâce à l'invention de la didactique, il va délivrer devant un public d'adolescents ébaubis son merveilleux savoir.
Le nouveau professeur est formé aux règles de la communication moderne. On aurait dû se méfier de ce terme. Après tout, communication est le mot préféré des gourous de la pub. Malheureusement, le nouvel enseignant va vite se rendre compte que la didactique ne l'aide en rien à affronter la massification. La pédagogie, plus humble, lui aurait confié de précieux secrets, mais la didactique est démunie. Le nouveau professeur fera avec ses atouts et ses faiblesses. Il découvrira que l'enseignement suppose du charisme, que sa meilleure pédagogie est celle qu'il forgera en fonction de sa personnalité. Il y a les mauvais professeurs comme il y a les mauvais boulangers. Sauf que la mayonnaise est autrement plus subtile à prendre et qu'un professeur apprécié de ses élèves est bien en peine de délivrer ses recettes.
Sa meilleure arme, c'est la bonne vieille autorité. Celle que le didacticien discrédite en lui substituant le plaisir d'apprendre. Le plus urgent ? Oublier la didactique si l'on veut durer dans la carrière. D'ailleurs, qu'a-t-elle appris, cette maudite didactique? Que l'élève était au centre de la classe (première absurdité), que le professeur chahuté était le seul fautif (deuxième absurdité doublée d'une culpabilisation ignoble), que l'apprentissage était déconnecté de la notion d'effort (troisième et plus dangereuse absurdité). Plus un tissu d'âneries.
Plus on fait de didactique, plus on débite d'âneries, c'est le théorème de l'IUFM. La didactique a pour but de proposer une méthode pour apprendre en riant. Cette escroquerie escamote les difficultés de la démocratisation. Il est certain que l'éducation du plus grand nombre aurait demandé un discours de rigueur et d'honnêteté. Comment faire progresser ceux qui n'avaient pas accès à l'éducation longue? Par le travail ou par le plaisir? A quand des jeux pour apprendre la conjugaison?
Les didacticiens sont les enfants du progressisme niais. De même que certains politiciens firent croire au peuple qu'on allait fonder une société égalitaire, où le Bonheur serait partagé par tous, les didacticiens jurèrent de créer un savoir plaisant pour le plus grand nombre. Une telle utopie impliquait qu'on saborde les savoirs réels, qu'on détruise les niveaux, qu'on déconsidère le travail et l'effort. A présent, il semblerait qu'on revienne de ce bel engouement en considérant les résultats idylliques. Serait-ce parce que les parents s'effarent du nombre de ceux qui lisent mal et comptent avec approximation en sortant du collège ?
En attendant de comprendre que la didactique a été inventée pour que le professeur supporte à lui seul le poids de la massification du secondaire, le stagiaire saisit dès l'IUFM qu'il est soumis au régime de al douche écossaise : soit il se tait devant la bêtise manifeste qui lui est imposée (facultatifs, les cours seraient désertés séance tenante!), soit il risquera le redoublement.
Les enseignants de l'IUFM font régner la terreur insidieuse (toujours cacher le poignard derrière un sourire!) pour mieux dispenser l'abrutissement. Conscients de la nullité de leurs rodomontades, ces désabusés du secondaire, trop heureux d'avoir reçu du galon, savent qu'ils n'obtiendront le silence qu'en usant du seul pouvoir qu'ils détiennent et dont ils ne se privent pas d'abuser : la titularisation.
Sans cette arme plus dissuasive que le nucléaire, l'IUFM serait la cible unanime des quolibets et des jacasseries. Quelques mois après leurs ouvertures aux quatre coins de la France, on les aurait retrouvés calcinés et fumants ! La foudre se serait chargée de rappeler les arrêtés du Ciel! Certaines transgressions sont inconcevables! La création des IUFM est de celles-là. Un Front de Libération du Stagiaire Opprimé aurait été institué mordicus par de nouveaux groupuscules révolutionnaires terroristes aussi actifs que les membres d'Action Directe!
Le stagiaire professeur n'est pourtant pas de nature rebelle. Il a le plus souvent fait preuve d'un comportement moutonnier. J'en connais qui rasaient les murs pour ne pas vomir de dégoût après six heures de cours lancinants et stupides. Pas une once de protestation! J'appris vite que le stagiaire n'étaient pas enclin à la grève. Le stagiaire est mimétique. Il se défie de l'esprit critique. Pour lui, celui qui fait des histoires a tort par principe. Sa tactique? Courber l'échine. C'est sans doute la raison pour laquelle le professeur a tant enduré depuis trente ans qu'on s'acharne à le présenter comme un feignant et un éternel geignard. Les hauts fonctionnaires qui s'échinent à mieux contrôler les personnels de l'Education Nationale ont raison de s'en prendre à de tels lâches.
Dès l'IUFM, on comprend que le Bon est celui qui dispense au formateur/supérieur les sourires flagorneurs. On appelle cela flatter. Cette attitude servile implique que le stagiaire ne critique que dans le dos. Il dit tout bas ce qu'il pense à peine, quand il ne parvient pas à se retenir de penser. C'est ainsi que la classe moyenne fonctionne, trop occupée à ronger son os pour s'occuper des problèmes de la Nation, fussent-ils les siens.
A l'IUFM plus qu'ailleurs, le détenteur du Pouvoir attend de ses vassaux la soumission. Le Pouvoir est la chose la plus désirée dans le cénacle des universitaires. Les professeurs d'IUFM sont des universitaires ratés. Ils se rattrapent de leurs déceptions (collés à l'agrégation, ils n'ont pas achevé leur thèse inutile...) par le sadisme et la perversité des médiocres. Ils ont raison. Le stagiaire se tait. Son argument semble impayable : le calvaire ne dure qu'un an! Il suffit de donner à ces dégénérés la monnaie de singe qu'ils réclament pour échapper à leurs griffes acérées ! S'ils savaient que ce traitement de faveur est celui qu'on projette de leur imposer à l'avenir! Peut-être s'ébroueraient-ils, avant qu'on ne fasse de leur beau métier un vilain jouet cassé!
En voyant le professeur d'IUFM, on comprend que la médiocrité mène à la perversité. Le bourreau est un raté qui a réussi, CQFD. En apercevant un stagiaire d'IUFM, on s'aperçoit que la lâcheté est l'apanage de la majorité. L'humanité est un troupeau consternant. Dans la tourmente, la plupart des belles âmes courbe l'échine en attendant que l'orage passe. Forts de leurs compromissions, les impétrants se taisent, trop honteux d'avoir témoigné d'un tel courage. Ils s'empressent pour oublier de rejoindre les bataillons de professeurs formatés que l'IUFM appelle de ses voeux pour mieux les manipuler à discrétion. Bientôt, le professeur de français sera une créature qui n'aura lu que les livres au programme et que la lecture indépendante rebutera. A en juger par la dévotion des pétasses qui sévissent dans les salles de professeurs, le professeur sera sous peu interdit de lecture. Sauf de littérature jeunesse, bien entendu. Celle-là, inintéressante et superficielle, ne risque pas d'encourager à la réflexion. Tout le contraire d'un roman de Balzac ou d'une pièce de Shakespeare.
J'ai commencé à déchanter en constatant que nous étions trois hommes sur les cinquante individus du troupeau. Trois hommes pour quarante femmes, c'est trop. Un tel déséquilibre supposait d'emblée quelques contraintes : loin de m'imaginer en satrape épanoui par la fréquentation de son harem, je compris que les problèmes commençaient. Point n'est besoin d'être misogyne pour savoir qu'une concentration massive de femelles dans un périmètre restreint engendre des tensions inquiétantes (surtout entre elles).
En l'occurrence, ce que j'allais apprendre, c'était la dure réalité de la servilité humaine. Quand je pense que d'aucuns se livrent à d'onéreuses opérations de reconstitution pour expliquer la Collaboration et les réalités du totalitarisme! Il suffit pour comprendre ce phénomène de se rendre dans un IUFM.
Tout a été prévu pour singer l'univers stalinien tel qu'il peut s'épanouir dans une démocratie. Les dirigeants démocrates n'aiment pas que l'on pense trop librement. Des citoyens enclins à la contestation sont des électeurs exigeants. Première agréable surprise, les locaux sont flambants neufs, les professeurs mielleux. Vous n'êtes plus étudiant, on vous fait sans doute comprendre que vous avez droit à un traitement de considération. Ah! la belle vie de professeur payé à ne rien faire par l'Etat, bénéficiant de ses quatre mois (que dis-je? six!) de vacances aux frais de la princesse!
Celui qui ne se trouverait pas au fait de la réputation des IUFM déchante vite. Loin de préparer le stagiaire à ses difficiles fonctions, il s'agit d'astreindre le bûcheur de concours à un nouveau formatage. Ce n'était pas pour rien qu'un tel déploiement ostentatoire était réservé!
Bienvenus dans la réplique miniature d'Orwell! On rigole, on batifole, on s'émoustille pour commencer. Il s'agit d'un totalitarisme hospitalier. Les filles se félicitent sous cape du changement. Depuis quatre ans, elles n'en pouvaient mais de suer sang et eau pour ingurgiter par coeur les cours vaniteux de leurs chers Professeurs. Elles se trouvaient enfin reconnues à leur juste mérite! Il faut dire qu'elles en avaient, les bosseuses! Si elles sont là, c'est qu'elles ont l'habitude d'empailler de la connaissance. Ah, ça! elles ont le coeur à l'ouvrage. Elles dépenseraient volontiers trois heures, sans rechigner, à préparer une heure de cours. Elles vont enfin détenir le savoir de leurs ongles fragiles, de leur voix fluette et angélique.
Rapidement, tout le monde quitte le conte de fées pour se confronter à la dure réalité IUFM. Les mauvais cours de la fac étaient une partie de rigolade! Les professeurs besogneux et soporifiques étaient des modèles de curiosité ! La Faculté de Lettres une moderne abbaye de Thélème! Ici, les professeurs ont une conception révolutionnaire et fort moderne du travail. Ils ne font rien.
Quand on contemple un professeur d'IUFM, on comprend que les nouvelles générations d'élèves soient au diapason de leurs maîtres! Il faut dire qu'ils en ont du mérite, les profeseurs d'IUFM, à enseigner : ils enseignent une matière vide. Le professeur d'Université qui s'adonne avec un pédantisme narcissique à l'exercice du commentaire peut au moins se targuer de faire quelque chose. Le professeur d'IUFM n'a rien pour lui. Logique après qu'il se venge ! On a beau avoir du coeur, l'humiliation constante a des limites! En l'occurrence, faire de la didactique, c'est sombrer dans la cuistrerie.
Qu'est-ce que la didactique? Un gros mot! Un jour, on insultera les professeurs de didacticiens !
- Conseil de discipline, élève Allègre !
-J'ai rien fait!
-Vous avez traité votre professeur de didacticien!
-Je plaisantais!
-Vous apprendrez qu'il est des mots avec lesquels on ne plaisante pas!
La pédagogie est l'art d'apprendre. La didactique est la théorie de la pédagogie. La pédagogie est vieille comme le monde. Chacun sait ce que c'est : des savoirs concrets, qui ne sauraient se dispenser que sur le tas et qui sont très profitables quand ils émanent de personnes avisées. La didactique, c'est autre chose : comme le remarque Clément Rosset dans Le Monde de l'éducation, il s'agit d'apprendre à apprendre. Autrement dit : il s'agit d'une discipline sans matière ni contenu. Le didacticien est obligé de faire des phrases avec du vent. C'est pourquoi il ne supporte pas la critique. Tout comme le communiste sait que son système est erroné, le didacticien sait que sa discipline est une imposture.
On ne saurait plus se lancer dans la didactique que spéculer sur le sexe des anges ou la beauté des sirènes. C'est la raison pour laquelle les ouvrages de didactique sont si ampoulés et vains. Le recours à Husserl ou Hölderlin masque le problème de fond : les didacticiens n'ont rien à dire d'autre que des cuistreries ampoulées.
Chacun sait ce que devrait faire un professeur d'IUFM : aider ses stagiaires à préparer des cours en leur donnant des conseils utiles. Certains s'y emploient avec bonheur. Trop rarement. Cette méthode simple s'appelle tout bonnement la pédagogie. Cela suppose du travail et des contenus riches pour permettre au stagiaire d'entrer du bon pied dans la carrière. Au lieu de quoi on a réformé les savoirs en place en créant un Savoir des savoirs. La scolastique n'était pas loin, Philippe Meirieu l'a ressuscitée! Remplacer du réel par de l'illusion n'est pas anodin. L'IUFM prépare les professeurs à la grande hypocrisie de l'éducation scolaire.
Comme l'État a refusé depuis trente ans d'affronter les problèmes inhérents au collège unique, il a confié à des mystificateurs-idéologues le soin de concocter des théories fumeuses pour masquer les problèmes de discipline. C'est logique : si on contraint tous les élèves d'une classe d'âge à s'assoir sur les bancs de l'école jusqu'en troisième, certains n'y sauraient trouver leur bonheur. C'est dur, de travailler dans le théorique ! Les professeurs y ont perdu leur latin. Loin d'être soutenus dans la transformation de leur métier, ils se sont trouvés culpabilisés et abandonnés. On a prétexté que l'évolution des sociétés supposait des scolarités de plus en plus longues (ce qui est vrai) pour faire passer la pilule. La discipline n'était toujours pas assurée. Les revendications n'allaient pas tarder...
Alors on a sorti les pédagogues. C'est fou comme pédagogue rime avec démagogue. Quelle délicieuse polysémie! Le but de ces fous ambulants ? Laisser croire que le nouvel enseignant, puisqu'on ne dit plus professeur (tout changement d'appellation cache une dévalorisation - demandez aux balayeurs!), dispose d'instruments aussi révolutionnaires qu'efficaces pour faire face à la massification de l'enseignement. Entendez : l'ancien professeur, ce vieux croûton racorni, n'était pas préparé pour affronter les hordes indociles et rétives au travail (surtout quand on n'a pas le niveau). On lui avait appris à transmettre un savoir froid et congelé. Tout au contraire, le nouveau professeur est un veinard. Grâce à l'invention de la didactique, il va délivrer devant un public d'adolescents ébaubis son merveilleux savoir.
Le nouveau professeur est formé aux règles de la communication moderne. On aurait dû se méfier de ce terme. Après tout, communication est le mot préféré des gourous de la pub. Malheureusement, le nouvel enseignant va vite se rendre compte que la didactique ne l'aide en rien à affronter la massification. La pédagogie, plus humble, lui aurait confié de précieux secrets, mais la didactique est démunie. Le nouveau professeur fera avec ses atouts et ses faiblesses. Il découvrira que l'enseignement suppose du charisme, que sa meilleure pédagogie est celle qu'il forgera en fonction de sa personnalité. Il y a les mauvais professeurs comme il y a les mauvais boulangers. Sauf que la mayonnaise est autrement plus subtile à prendre et qu'un professeur apprécié de ses élèves est bien en peine de délivrer ses recettes.
Sa meilleure arme, c'est la bonne vieille autorité. Celle que le didacticien discrédite en lui substituant le plaisir d'apprendre. Le plus urgent ? Oublier la didactique si l'on veut durer dans la carrière. D'ailleurs, qu'a-t-elle appris, cette maudite didactique? Que l'élève était au centre de la classe (première absurdité), que le professeur chahuté était le seul fautif (deuxième absurdité doublée d'une culpabilisation ignoble), que l'apprentissage était déconnecté de la notion d'effort (troisième et plus dangereuse absurdité). Plus un tissu d'âneries.
Plus on fait de didactique, plus on débite d'âneries, c'est le théorème de l'IUFM. La didactique a pour but de proposer une méthode pour apprendre en riant. Cette escroquerie escamote les difficultés de la démocratisation. Il est certain que l'éducation du plus grand nombre aurait demandé un discours de rigueur et d'honnêteté. Comment faire progresser ceux qui n'avaient pas accès à l'éducation longue? Par le travail ou par le plaisir? A quand des jeux pour apprendre la conjugaison?
Les didacticiens sont les enfants du progressisme niais. De même que certains politiciens firent croire au peuple qu'on allait fonder une société égalitaire, où le Bonheur serait partagé par tous, les didacticiens jurèrent de créer un savoir plaisant pour le plus grand nombre. Une telle utopie impliquait qu'on saborde les savoirs réels, qu'on détruise les niveaux, qu'on déconsidère le travail et l'effort. A présent, il semblerait qu'on revienne de ce bel engouement en considérant les résultats idylliques. Serait-ce parce que les parents s'effarent du nombre de ceux qui lisent mal et comptent avec approximation en sortant du collège ?
En attendant de comprendre que la didactique a été inventée pour que le professeur supporte à lui seul le poids de la massification du secondaire, le stagiaire saisit dès l'IUFM qu'il est soumis au régime de al douche écossaise : soit il se tait devant la bêtise manifeste qui lui est imposée (facultatifs, les cours seraient désertés séance tenante!), soit il risquera le redoublement.
Les enseignants de l'IUFM font régner la terreur insidieuse (toujours cacher le poignard derrière un sourire!) pour mieux dispenser l'abrutissement. Conscients de la nullité de leurs rodomontades, ces désabusés du secondaire, trop heureux d'avoir reçu du galon, savent qu'ils n'obtiendront le silence qu'en usant du seul pouvoir qu'ils détiennent et dont ils ne se privent pas d'abuser : la titularisation.
Sans cette arme plus dissuasive que le nucléaire, l'IUFM serait la cible unanime des quolibets et des jacasseries. Quelques mois après leurs ouvertures aux quatre coins de la France, on les aurait retrouvés calcinés et fumants ! La foudre se serait chargée de rappeler les arrêtés du Ciel! Certaines transgressions sont inconcevables! La création des IUFM est de celles-là. Un Front de Libération du Stagiaire Opprimé aurait été institué mordicus par de nouveaux groupuscules révolutionnaires terroristes aussi actifs que les membres d'Action Directe!
Le stagiaire professeur n'est pourtant pas de nature rebelle. Il a le plus souvent fait preuve d'un comportement moutonnier. J'en connais qui rasaient les murs pour ne pas vomir de dégoût après six heures de cours lancinants et stupides. Pas une once de protestation! J'appris vite que le stagiaire n'étaient pas enclin à la grève. Le stagiaire est mimétique. Il se défie de l'esprit critique. Pour lui, celui qui fait des histoires a tort par principe. Sa tactique? Courber l'échine. C'est sans doute la raison pour laquelle le professeur a tant enduré depuis trente ans qu'on s'acharne à le présenter comme un feignant et un éternel geignard. Les hauts fonctionnaires qui s'échinent à mieux contrôler les personnels de l'Education Nationale ont raison de s'en prendre à de tels lâches.
Dès l'IUFM, on comprend que le Bon est celui qui dispense au formateur/supérieur les sourires flagorneurs. On appelle cela flatter. Cette attitude servile implique que le stagiaire ne critique que dans le dos. Il dit tout bas ce qu'il pense à peine, quand il ne parvient pas à se retenir de penser. C'est ainsi que la classe moyenne fonctionne, trop occupée à ronger son os pour s'occuper des problèmes de la Nation, fussent-ils les siens.
A l'IUFM plus qu'ailleurs, le détenteur du Pouvoir attend de ses vassaux la soumission. Le Pouvoir est la chose la plus désirée dans le cénacle des universitaires. Les professeurs d'IUFM sont des universitaires ratés. Ils se rattrapent de leurs déceptions (collés à l'agrégation, ils n'ont pas achevé leur thèse inutile...) par le sadisme et la perversité des médiocres. Ils ont raison. Le stagiaire se tait. Son argument semble impayable : le calvaire ne dure qu'un an! Il suffit de donner à ces dégénérés la monnaie de singe qu'ils réclament pour échapper à leurs griffes acérées ! S'ils savaient que ce traitement de faveur est celui qu'on projette de leur imposer à l'avenir! Peut-être s'ébroueraient-ils, avant qu'on ne fasse de leur beau métier un vilain jouet cassé!
En voyant le professeur d'IUFM, on comprend que la médiocrité mène à la perversité. Le bourreau est un raté qui a réussi, CQFD. En apercevant un stagiaire d'IUFM, on s'aperçoit que la lâcheté est l'apanage de la majorité. L'humanité est un troupeau consternant. Dans la tourmente, la plupart des belles âmes courbe l'échine en attendant que l'orage passe. Forts de leurs compromissions, les impétrants se taisent, trop honteux d'avoir témoigné d'un tel courage. Ils s'empressent pour oublier de rejoindre les bataillons de professeurs formatés que l'IUFM appelle de ses voeux pour mieux les manipuler à discrétion. Bientôt, le professeur de français sera une créature qui n'aura lu que les livres au programme et que la lecture indépendante rebutera. A en juger par la dévotion des pétasses qui sévissent dans les salles de professeurs, le professeur sera sous peu interdit de lecture. Sauf de littérature jeunesse, bien entendu. Celle-là, inintéressante et superficielle, ne risque pas d'encourager à la réflexion. Tout le contraire d'un roman de Balzac ou d'une pièce de Shakespeare.
Atelier Clément Rosset
Osez l'originalité! L'Atelier Clément Rosset vous permet de penser à partir de l'oeuvre d'un philosophe trop méconnu.
mercredi, janvier 03, 2007
Au travail !
Au travail, citoyens de l'impossible, au travail ! Au travail, bons bourgeois bornés, vous qui ne vous demandez même pas pourquoi vous travaillez, au travail! Au travail, soldats de la lutte entre les impérialismes, petits soldats aveugles et aveuglés par la propagande d'un système mensonger!
Au travail, curetons angéliques de la bannière totémique! Ne cessez de vous agiter et de produire, bons éléments disciplinés de la cause invisible! Depuis le temps qu'on vous le répète, il faut travailler, vous êtes là pour en baver! Vous cracherez, vous éructerez, foi de charbonnier!
Vous ne savez pas pourquoi vous travaillez? Mais vous travaillez pour votre famille, vous travaillez pour votre patrie, vous travaillez pour votre honneur, hommes de peu de foi! Ne vous demandez ni pour qui ni pourquoi vous travaillez... Travaillez!
Où va votre travail? Travaillez! Où conduit votre sang? Travaillez! Où file votre envie? Travaillez! Circulez sinon, car il n'y a rien à voir, car si vous voyiez, vous seriez horrifiés, car vous ne savez que trop ce que vous ne voulez pas (sa)voir...
Pauvres fous de servilité, la technologie a été confisquée par les grands manitous mondialisés. Vous travaillerez pour ne pas contempler votre vie, vous travaillerez pour ne pas profiter de votre mort, vous travaillerez au service de l'aliénation. Le travail, c'est la santé? A condition de ne pas en abuser! Le travail pour créer, oui, cent fois oui! Mais ce n'est pas de ce travail que vous vivez, menteurs de l'idéologie médiatique!
Vous prônez le travail aveugle, le travail mimétique, le travai sourd, celui qui fait du vivant un objet à la chaîne, un objet de production et de consommation. Le travail asservit les âmes et anesthésie les consciences. Le travail, c'est la gangrène du présent dans sa surenchère moralisatrice. Le travail, c'est le piège de la vie, sans lequel aucune (en)vie n'est réussie. Le travail, c'est ce qui nous détruit, ce qui nous asservit, ce qui nous affaiblit.
Contre les devoirs du travail, nous rappelons nos droits au travail. Et nous sommes tranquilles dans nos bottes de méchants déserteurs : si le système nous assiège, le temps joue en notre faveur. C'est notre conception du travail qui prévaudra, car le système fonce, tête baissée, dans le mur, et certains veulent poursuivre la course folle, et ils n'y arriveront qu'en nous troublant la vue et les sens... Peine perdue! L'homme a vu - le roi est nu. La liberté est devant nous.
Au travail, curetons angéliques de la bannière totémique! Ne cessez de vous agiter et de produire, bons éléments disciplinés de la cause invisible! Depuis le temps qu'on vous le répète, il faut travailler, vous êtes là pour en baver! Vous cracherez, vous éructerez, foi de charbonnier!
Vous ne savez pas pourquoi vous travaillez? Mais vous travaillez pour votre famille, vous travaillez pour votre patrie, vous travaillez pour votre honneur, hommes de peu de foi! Ne vous demandez ni pour qui ni pourquoi vous travaillez... Travaillez!
Où va votre travail? Travaillez! Où conduit votre sang? Travaillez! Où file votre envie? Travaillez! Circulez sinon, car il n'y a rien à voir, car si vous voyiez, vous seriez horrifiés, car vous ne savez que trop ce que vous ne voulez pas (sa)voir...
Pauvres fous de servilité, la technologie a été confisquée par les grands manitous mondialisés. Vous travaillerez pour ne pas contempler votre vie, vous travaillerez pour ne pas profiter de votre mort, vous travaillerez au service de l'aliénation. Le travail, c'est la santé? A condition de ne pas en abuser! Le travail pour créer, oui, cent fois oui! Mais ce n'est pas de ce travail que vous vivez, menteurs de l'idéologie médiatique!
Vous prônez le travail aveugle, le travail mimétique, le travai sourd, celui qui fait du vivant un objet à la chaîne, un objet de production et de consommation. Le travail asservit les âmes et anesthésie les consciences. Le travail, c'est la gangrène du présent dans sa surenchère moralisatrice. Le travail, c'est le piège de la vie, sans lequel aucune (en)vie n'est réussie. Le travail, c'est ce qui nous détruit, ce qui nous asservit, ce qui nous affaiblit.
Contre les devoirs du travail, nous rappelons nos droits au travail. Et nous sommes tranquilles dans nos bottes de méchants déserteurs : si le système nous assiège, le temps joue en notre faveur. C'est notre conception du travail qui prévaudra, car le système fonce, tête baissée, dans le mur, et certains veulent poursuivre la course folle, et ils n'y arriveront qu'en nous troublant la vue et les sens... Peine perdue! L'homme a vu - le roi est nu. La liberté est devant nous.
mardi, janvier 02, 2007
La gauche et le réel
Michel Rocard intervenait ce soir sur Direct 8, une (excellente) chaîne du câble, dans le cadre d'une émission politique. Quand on entend Rocard parler, on ne peut manquer de mesurer la perte que la gauche a encourue en ne soutenant pas ce véritable homme politique, dont le discours se révèle au demeurant dénué de langue de bois. Se rappeler qu'une crapule comme Miterrand arriva au pouvoir en évinçant un homme qui lui était supérieur sur le plan de l'administration politique, de la stratégie, de la compréhension des mécanismes macroéconomiques - et sur celui de l'honnêteté!-, c'est parvenir à un triste constat empirique : la vertu en démocratie est rarement gage de réussite. Il arrive souvent que le plus menteur, le plus roué, le plus madré parvienne à ses fins... N'est-ce pas, Jacques?
Michel Rocard a exposé sa vision du monde en nous faisant l'obligeance de dépasser le (médiocre) débat franco-français pour édicter les vrais enjeux du monde actuel, qui se situent au niveau international. Pour une fois qu'on ne se situait pas dans les polémiques de personnes, dans les débats politiciens, dans la mauvaise foi incoulable, on ne put s'empêcher de penser, en son for intérieur, que Le Pen et d'autres démagogues extrémistes n'en seraient pas là où ils en sont si nos politiques respectaient vraiment les règles de la démocratie.
Rocard a rappelé que le prochain président (pourquoi pas Chirac?) devrait gérer des dossiers extrêmement complexes. Si Royal n'a pas l'expérience, Sarkozy a eu l'outrecuidance de faire allégeance à W., ce qui ne constitue pas seulement une erreur stratégique, mais une faute politique pour un ministre en exercice, même quand il est préposé aux affaires intérieures.
1) Le problème écologique : aujourd'hui que la communauté scientifique reconnaît la réalité de l'effet de serre, il faut agir, et vite. Comme Nicolas Hulot l'a montré, le problème de l'écologie suppose que la conception de l'économie soit profondément changée. Le capitalisme, surtout sous son visage actuel, conduit à l'impasse. Sa réforme passe par un impératif. De maître et possesseur de la Nature, l'homme, ce grand enfant égocentrique, doit apprendre qu'il n'est au centre de rien et que sans son environnement, il disparaîtra. Il ne s'agit pas de faire dans l'alarmisme, mais d'annoncer que le salut des sociétés viendra d'une contrainte extérieure appelée à changer la donne politique. Un nouveau système va voir le jour dans le porchain siècle qui amorcera une rupture profonde avec le capitalisme et le libéralisme. Ce système pragmatique, reconnaissant volontiers (mais non sans cynisme) son imperfection, a visé plus juste que le communsime en faisant de la liberté (et non de l'égalité) la fin de l'homme. Il a juste : oublié l'essentiel : d'y inclure la donnée sans laquelle l'homme est promis à sa perte - son environnement.
2) Les dérives du capitalisme : de toute manière, le problème écologique le montre bien, le capitalisme n'est pas un système pérenne. Si l'on perdurait dans la logique actuelle, l'humanité disparaîtrait dans le proche futur. Il ne resterait à nos enfants que de la fumée et des cendres. Quel égoïsme de la part des grands patrons du capitalisme! Mais je crois que l'essence du capitaliste est foncièrement égoïste et qu'on en mesure les limites : plus valable sur le court terme que le communisme, inopérant en pratique, il n'en suppose pas moins une conception du réel si humanisée qu'elle ne perçoit pas l'essentiel de la relation entre l'homme et son environnement. De toute manière, le capitaliste subit une évolution inquiétante. La mondialisation a engendré une dérégulation qui profite aux prédateurs de la haute finance. Si on laissait ce système s'installer, les pauvres deviendraient de plus en plus pauvres, les riches, de plus en plus riches et les classes moyennes, de plus en plus précaires. Aujourd'hui que la chute de la classe moyenne inférieure vers la clochardisation peut se révéler très rapide, il est temps de rappeler que le capitalisme a évolué vers l'inquiétant. Un chiffre résume la situation : alors qu'autrefois les patrons gagnaient en moyenne 40 fois le revenu de leurs ouvriers, aujourd'hui, le rapport serait de 1 à 400... Cette conception effarante du partage des richesses ne peut que conduire à une destruction du pacte social, qui est, rappelons-le avec Solon, fondé sur la stabilité des classes moyennes et la répartition acceptable des richesses. Ce n'est plus le cas, et pas seulement dans les anciennes colonies d'Occident.
3) Les métastases du conflit israélo-palestinien : alors que depuis soixante ans, ce conflit larvé était circonscrit à la région proche, celui-ci s'embrase. Ben Laden s'empare du problème, l'Iran tient un discours démagogique et habile, tous les acteurs directs sont à bout de nerfs... Les extrémistes sont au pouvoir ou très populaires, ce qui n'est jamais bon signe. La politique catastrophique de W. a abouti au catastrophisme non éclairé : jeter de l'huile sur un conflit qui n'a pas besoin de mauvaises blagues pour dégénérer. Quand les irresponsables entrent dans la danse, le pire est possible.
Dans tous les cas de figure, Michel Rocard a insisté sur le rôle politique (et pas seulement économique, surtout à la sauce anglo-saxonne) que l'Union Européenne est appelée à jouer sur la scène internationale. C'est le seul moyen de peser d'un poids réel sur la mondialisation, en exigeant (et obtenant) des lois internationales appliquées régulant l'économie par la politique et incluant dans le programme de développement la dimension capitale de l'écologie. Les problèmes franco-français sont dépassés, n'en déplaise aux nationalistes bornés, et Pisani a eu le courage d'aborder deux problèmes qui se posent à l'Etat français : l'abandon de l'arme nucléaire pour éviter la prolifération internationale et du siège à l'ONU. Au profit de l'Union Européenne. C'est-à-dire le passage de la nation à l'Union. La mondialisation est à ce prix. On sait désormais où va le monde : soit la barabarie régulée par la sauce anglo-saxonne; soit l'axe humaniste franco-allemand pilotant l'Union européenne. Qui a dit que l'horizon manquait de futur?
Michel Rocard a exposé sa vision du monde en nous faisant l'obligeance de dépasser le (médiocre) débat franco-français pour édicter les vrais enjeux du monde actuel, qui se situent au niveau international. Pour une fois qu'on ne se situait pas dans les polémiques de personnes, dans les débats politiciens, dans la mauvaise foi incoulable, on ne put s'empêcher de penser, en son for intérieur, que Le Pen et d'autres démagogues extrémistes n'en seraient pas là où ils en sont si nos politiques respectaient vraiment les règles de la démocratie.
Rocard a rappelé que le prochain président (pourquoi pas Chirac?) devrait gérer des dossiers extrêmement complexes. Si Royal n'a pas l'expérience, Sarkozy a eu l'outrecuidance de faire allégeance à W., ce qui ne constitue pas seulement une erreur stratégique, mais une faute politique pour un ministre en exercice, même quand il est préposé aux affaires intérieures.
1) Le problème écologique : aujourd'hui que la communauté scientifique reconnaît la réalité de l'effet de serre, il faut agir, et vite. Comme Nicolas Hulot l'a montré, le problème de l'écologie suppose que la conception de l'économie soit profondément changée. Le capitalisme, surtout sous son visage actuel, conduit à l'impasse. Sa réforme passe par un impératif. De maître et possesseur de la Nature, l'homme, ce grand enfant égocentrique, doit apprendre qu'il n'est au centre de rien et que sans son environnement, il disparaîtra. Il ne s'agit pas de faire dans l'alarmisme, mais d'annoncer que le salut des sociétés viendra d'une contrainte extérieure appelée à changer la donne politique. Un nouveau système va voir le jour dans le porchain siècle qui amorcera une rupture profonde avec le capitalisme et le libéralisme. Ce système pragmatique, reconnaissant volontiers (mais non sans cynisme) son imperfection, a visé plus juste que le communsime en faisant de la liberté (et non de l'égalité) la fin de l'homme. Il a juste : oublié l'essentiel : d'y inclure la donnée sans laquelle l'homme est promis à sa perte - son environnement.
2) Les dérives du capitalisme : de toute manière, le problème écologique le montre bien, le capitalisme n'est pas un système pérenne. Si l'on perdurait dans la logique actuelle, l'humanité disparaîtrait dans le proche futur. Il ne resterait à nos enfants que de la fumée et des cendres. Quel égoïsme de la part des grands patrons du capitalisme! Mais je crois que l'essence du capitaliste est foncièrement égoïste et qu'on en mesure les limites : plus valable sur le court terme que le communisme, inopérant en pratique, il n'en suppose pas moins une conception du réel si humanisée qu'elle ne perçoit pas l'essentiel de la relation entre l'homme et son environnement. De toute manière, le capitaliste subit une évolution inquiétante. La mondialisation a engendré une dérégulation qui profite aux prédateurs de la haute finance. Si on laissait ce système s'installer, les pauvres deviendraient de plus en plus pauvres, les riches, de plus en plus riches et les classes moyennes, de plus en plus précaires. Aujourd'hui que la chute de la classe moyenne inférieure vers la clochardisation peut se révéler très rapide, il est temps de rappeler que le capitalisme a évolué vers l'inquiétant. Un chiffre résume la situation : alors qu'autrefois les patrons gagnaient en moyenne 40 fois le revenu de leurs ouvriers, aujourd'hui, le rapport serait de 1 à 400... Cette conception effarante du partage des richesses ne peut que conduire à une destruction du pacte social, qui est, rappelons-le avec Solon, fondé sur la stabilité des classes moyennes et la répartition acceptable des richesses. Ce n'est plus le cas, et pas seulement dans les anciennes colonies d'Occident.
3) Les métastases du conflit israélo-palestinien : alors que depuis soixante ans, ce conflit larvé était circonscrit à la région proche, celui-ci s'embrase. Ben Laden s'empare du problème, l'Iran tient un discours démagogique et habile, tous les acteurs directs sont à bout de nerfs... Les extrémistes sont au pouvoir ou très populaires, ce qui n'est jamais bon signe. La politique catastrophique de W. a abouti au catastrophisme non éclairé : jeter de l'huile sur un conflit qui n'a pas besoin de mauvaises blagues pour dégénérer. Quand les irresponsables entrent dans la danse, le pire est possible.
Dans tous les cas de figure, Michel Rocard a insisté sur le rôle politique (et pas seulement économique, surtout à la sauce anglo-saxonne) que l'Union Européenne est appelée à jouer sur la scène internationale. C'est le seul moyen de peser d'un poids réel sur la mondialisation, en exigeant (et obtenant) des lois internationales appliquées régulant l'économie par la politique et incluant dans le programme de développement la dimension capitale de l'écologie. Les problèmes franco-français sont dépassés, n'en déplaise aux nationalistes bornés, et Pisani a eu le courage d'aborder deux problèmes qui se posent à l'Etat français : l'abandon de l'arme nucléaire pour éviter la prolifération internationale et du siège à l'ONU. Au profit de l'Union Européenne. C'est-à-dire le passage de la nation à l'Union. La mondialisation est à ce prix. On sait désormais où va le monde : soit la barabarie régulée par la sauce anglo-saxonne; soit l'axe humaniste franco-allemand pilotant l'Union européenne. Qui a dit que l'horizon manquait de futur?
Le mythe de l'Occident I
Très instructive lecture de Islamistes, comment ils nous voient, de Anne Nivat. Cette journaliste est partie à la rencontre des islamistes du monde entier pour retranscrire les discours qu'ils tiennent sur l'Occident.
En Irak, elle a rencontre le frère Youssouf Mirkis, un père dominicain. Voici son analyse de la situation.
"Au lieu de se préoccuper de l'absence de dialogue, l'Occident brûle les étapes. Notre société crie parce qu'elle a mal. La division des pays arabes résulte de la colonisation européenne. Voilà le rôle de l'Europe, et voilà ce que le mépris a récolté! La blessure, vieille de cinquante ans, a été aggravée par les humiliation successives (en 1948, en 1967 et en 1973), et elle ne cesse de suppurer depuis... On nous appelle le tiers-monde; en fait, nous sommes plutôt le vingt-cinquième monde! Alors nos islamistes rendent la monnaie de la pièce en diabolisant l'Occident.(...)
Ici, dans les médias arabes, que connaît-on de votre monde depuis que le ciel est ouvert aux satellites? Essentiellement la violence et la pornographie! Pour vous, depuis les attentats de septembre 2001, un islamiste est devenu un terroriste. Les islamistes du monde entier se sentent l'objet d'une terrible injustice. Et quels sont les lieux où l'on peut encore parler librement de cette injustice, avec ses mots, même maladroits, même blessants? Les mosquées, bien sûr! Elles sont le refuge par excellence des chefs non politiques et au langage proche du peuple!(...)
Notre société a été figée pendant quatorze siècles, elle était incapable de se réformer de l'intérieur. D'ailleurs, il est toujours plus aisé de se trouver un ennemi extérieur à attaquer... C'est ce qui s'est passé le jour où les kamikazes ont attaqué le symbole du centre économique mondial, les deux tours du World Trade Center, à New York. Ils ont mis la machine en marche, laquelle, depuis lors, est restée emballée. Regardez Gaza où la société est neurasthénique, le ciel et les frontières fermés. Les gens y vivent comme dans Huis Clos de Jean-Paul Sartre. Or, quand la maison de votre voisin brûle, le réflexe normal est de courir l'aider de peur que le feu ne se propage. Je pense que la neurasthénie palestinienne s'est propagée partout dans le monde musulman. La vérité est qu'on vous aime et vous déteste à la fois. Personne n'a jamais émigré vers des pays pauvres, donc on se bouscule en Occident, mais on ne vous aime pas. "Vous êtes la cause de nos malheurs" : voilà ce que l'Orient dit à l'Occident!(...)
D'abord, l'Amérique est un continent qui parle la même langue; ici, une communauté de pays déployés sur douze mille kilomètres parle également la même langue, l'arabe. Deuxièmement : l'Amérique est un jeune continent; la société arabe comporte elle aussi plus de 60 % de jeunes gens (a contrario, en Europe, on a le sentiment d'un vieillissement de la population). Troisièmement : le monde arabe est constamment en mouvement, comme la société américaine. Depuis la chute de l'Empire ottoman, les migrations au sein du monde arabe sont constantes, comme celles des Américains à l'intérieur de leur pays-continent. Enfin, il me semble que nos deux mondes qui se heurtent témoignent d'un même patriotisme identitaire, alors qu'en Europe l'individualisme a laminé tout attachement de cette nature. Tout cela ne peut que donner un mélange particulièrement explosif, non? (...)
En Occident, il existe de nombreux intellectuels et dirigeants politiques qui jouissent d'un certain prestige et s'expriment en toute liberté; ici, en Orient, il n'y en a pas. Ce qui multipie les non-dits au sein de la société. Rien ne sort dans l'espace dit public, et ces non-dits, en se développant, engendrent de la haine. Cette haine n'est pas celle de dirigeants politqiues ou d'intellectuels, elle affecte les masses. Malheureusment, personne ne peut empêcer un homme de religion d'exploiter cette fibre-là! Je suis convaincu que les pays musulmans souffrent aujoud'hui d'une neuratsthénie sociale à grande échelle, ou d'une dépression communautaire qu'il serait intéresant d'analyser. L'impossibilité de faire entendre sa voix provoque ces mouvements de haine. Imperceptiblement, notre société glisse vers un éloge du suicide, ou, en tout cas, de la résistance. Il faut envisager le terrorisme comme une surenchère, au sens de l'inflation d'un langage devenu fou : un terroriste dispose de peu de mots, il agit violemment dans le seul but de se faire entendre, c'est-à-dire, pour lui, de survivre! Le terroriste commence par refuser; puis il crie, il crie, il crie... et finalement, lassé de ne pas se faire entendre, il tue ou se tue, ou les deux en même temps. Cette descente aux enfers est d'ordre purement psyhcologique, car il n'est pas normal que des jeunes aient envie de se tuer. Souvent, quand je voyage en Occident, mes interlocuteurs se demandent comment nos populations vivant dans des conditions aussi dangereuses peuvent faire autant d'enfants. Je leur réponds que c'est normal : plus un pays protège la famille en tant que telle, moins les gens font d'enfants à cause de la Sécurité sociale et des autres avantages sociaux. Inversement, les sociétés les moins protégées sont celles qui sont les plus prolifiques, les enfants paraissant comme la seule "sécurité" d'un avenir certain!"
En Irak, elle a rencontre le frère Youssouf Mirkis, un père dominicain. Voici son analyse de la situation.
"Au lieu de se préoccuper de l'absence de dialogue, l'Occident brûle les étapes. Notre société crie parce qu'elle a mal. La division des pays arabes résulte de la colonisation européenne. Voilà le rôle de l'Europe, et voilà ce que le mépris a récolté! La blessure, vieille de cinquante ans, a été aggravée par les humiliation successives (en 1948, en 1967 et en 1973), et elle ne cesse de suppurer depuis... On nous appelle le tiers-monde; en fait, nous sommes plutôt le vingt-cinquième monde! Alors nos islamistes rendent la monnaie de la pièce en diabolisant l'Occident.(...)
Ici, dans les médias arabes, que connaît-on de votre monde depuis que le ciel est ouvert aux satellites? Essentiellement la violence et la pornographie! Pour vous, depuis les attentats de septembre 2001, un islamiste est devenu un terroriste. Les islamistes du monde entier se sentent l'objet d'une terrible injustice. Et quels sont les lieux où l'on peut encore parler librement de cette injustice, avec ses mots, même maladroits, même blessants? Les mosquées, bien sûr! Elles sont le refuge par excellence des chefs non politiques et au langage proche du peuple!(...)
Notre société a été figée pendant quatorze siècles, elle était incapable de se réformer de l'intérieur. D'ailleurs, il est toujours plus aisé de se trouver un ennemi extérieur à attaquer... C'est ce qui s'est passé le jour où les kamikazes ont attaqué le symbole du centre économique mondial, les deux tours du World Trade Center, à New York. Ils ont mis la machine en marche, laquelle, depuis lors, est restée emballée. Regardez Gaza où la société est neurasthénique, le ciel et les frontières fermés. Les gens y vivent comme dans Huis Clos de Jean-Paul Sartre. Or, quand la maison de votre voisin brûle, le réflexe normal est de courir l'aider de peur que le feu ne se propage. Je pense que la neurasthénie palestinienne s'est propagée partout dans le monde musulman. La vérité est qu'on vous aime et vous déteste à la fois. Personne n'a jamais émigré vers des pays pauvres, donc on se bouscule en Occident, mais on ne vous aime pas. "Vous êtes la cause de nos malheurs" : voilà ce que l'Orient dit à l'Occident!(...)
D'abord, l'Amérique est un continent qui parle la même langue; ici, une communauté de pays déployés sur douze mille kilomètres parle également la même langue, l'arabe. Deuxièmement : l'Amérique est un jeune continent; la société arabe comporte elle aussi plus de 60 % de jeunes gens (a contrario, en Europe, on a le sentiment d'un vieillissement de la population). Troisièmement : le monde arabe est constamment en mouvement, comme la société américaine. Depuis la chute de l'Empire ottoman, les migrations au sein du monde arabe sont constantes, comme celles des Américains à l'intérieur de leur pays-continent. Enfin, il me semble que nos deux mondes qui se heurtent témoignent d'un même patriotisme identitaire, alors qu'en Europe l'individualisme a laminé tout attachement de cette nature. Tout cela ne peut que donner un mélange particulièrement explosif, non? (...)
En Occident, il existe de nombreux intellectuels et dirigeants politiques qui jouissent d'un certain prestige et s'expriment en toute liberté; ici, en Orient, il n'y en a pas. Ce qui multipie les non-dits au sein de la société. Rien ne sort dans l'espace dit public, et ces non-dits, en se développant, engendrent de la haine. Cette haine n'est pas celle de dirigeants politqiues ou d'intellectuels, elle affecte les masses. Malheureusment, personne ne peut empêcer un homme de religion d'exploiter cette fibre-là! Je suis convaincu que les pays musulmans souffrent aujoud'hui d'une neuratsthénie sociale à grande échelle, ou d'une dépression communautaire qu'il serait intéresant d'analyser. L'impossibilité de faire entendre sa voix provoque ces mouvements de haine. Imperceptiblement, notre société glisse vers un éloge du suicide, ou, en tout cas, de la résistance. Il faut envisager le terrorisme comme une surenchère, au sens de l'inflation d'un langage devenu fou : un terroriste dispose de peu de mots, il agit violemment dans le seul but de se faire entendre, c'est-à-dire, pour lui, de survivre! Le terroriste commence par refuser; puis il crie, il crie, il crie... et finalement, lassé de ne pas se faire entendre, il tue ou se tue, ou les deux en même temps. Cette descente aux enfers est d'ordre purement psyhcologique, car il n'est pas normal que des jeunes aient envie de se tuer. Souvent, quand je voyage en Occident, mes interlocuteurs se demandent comment nos populations vivant dans des conditions aussi dangereuses peuvent faire autant d'enfants. Je leur réponds que c'est normal : plus un pays protège la famille en tant que telle, moins les gens font d'enfants à cause de la Sécurité sociale et des autres avantages sociaux. Inversement, les sociétés les moins protégées sont celles qui sont les plus prolifiques, les enfants paraissant comme la seule "sécurité" d'un avenir certain!"
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