J'écoute en différé (et en morcelé) les Vendredis de la philosophie, intitulés Croyance et humanisme. Les invités sont Florence de Lussy, conservateur à la Bibliothèque Nationale de France et Pierre Magnard, professeur émérite à l'université de Paris 4. Deux commentateurs de philosophie catholiques, la première éditrice de l'oeuvre de Simone Weill. J'oublie la guest star cathodique. Figure également le célèbre André Comte-Sponville. Lui se fait appeler philosophe. Je m'étonne de l'usage intempestif de cette appellation non contrôlée. Comte-Sponville est peut-être le prototype contemporain de l'athée bourgeois, mais philosophe, il n'est sûrement pas. Pourquoi ne se fait-il pas appeler par ses titres objectifs? Est-ce une insulte de se targuer de la rue d'Ulm, de l'agrégation de philosophie et du doctorat en philosophie? Est-ce une infamie inavouable que d'avoir occupé la chaire de professeur de philosophie à la Sorbonne?
Une fois que je subissais une émission consacrée au matérialisme antique, j'eus le privilège de constater que j'étais tombé sur un exposé limpide et passionnant. Qui était ce grand professeur dont la clarté et la maîtrise du sujet rendaient des théories absconses vivantes? A n'en pas douter, cet homme était un vrai pédagogue doublé d'un érudit! Un grand professeur, tout simplement. Un beau compliment, également. Etre grand professeur est don remarquable, du CP à la thèse en passant par le collège et le baccalauréat. Est-il besoin de préciser qu'un grand professeur vous change la vie? Qu'il vous découvre soudain l'intérêt évident de ce qui auparavant vous rebutait? Qu'il réussit l'exploit de vous transmettre plus qu'il n'a à donner? Le plus génial idéaliste peut accoucher d'un disciple dissident! Les exemples abondent. Car, contrairement au Dieu de Simone Weill, qui, étant le Bien Suprême, ne saurait créer un monde aussi parfait que lui, le professeur éveille chez l'élève qui adhère une créativité dont lui-même ne saurait de toute façon disposer. La transmission du savoir est l'activité la plus mystérieuse en ce qu'elle échappe à la quantification - raison pour laquelle la désaffection qu'elle subit à l'heure actuelle est si grave.
A notre époque, le terme de professeur frise l'insulte. Apprendre à lire et à compter relève pourtant d'une des activités les plus nobles que je connaisse. Il faut croire qu'il ne suffit pas à Comte-Sponville d'avoir réussi la plus brillante des scolarités dans sa discipline, l'histoire de la philosophie. Comte ne se résout pas à être un esprit intelligent et cultivé. Il lui faut plus. En l'occurrence, prétendre être philosophe.
Bien sûr, il y eut de grands professeurs qui étaient aussi de grands philosophes, et je pense tout naturellement à Aristote. Il serait intéressant de considérer les grands philosophes qui furent de mauvais professeurs, ce dont on parle moins. Un coup d'oeil rapide sur l'histoire de la philosophie suffit à indiquer qu'il y eut aussi des philosophes qui n'étaient pas professeurs. Avant de briller à Cambridge, Wittgenstein occupa même les fonctions d'instituteur tortionnaire dans la campagne autrichienne!
Rappelons-le à Comte-Sponville, on ne décide pas plus d'être philosophe que de naître. On ne décide de rien, finalement. Raison pour laquelle je m'étonne de la supercherie actuelle, qui consiste à se réclamer d'activités transcendantes alors que le snobisme vous tient sous sa férule despotique. Je veux dire que la supériorité de l'artiste tient à son oeuvre, non à sa personne, sans quoi le cas de Céline serait insoluble - je crains qu'il ne constitue pas un cas isolé quand je constate les exemples inquiétants de ceux qui se réclament de la crapulerie célinienne pour justifier de leur posture d'écrivain...
Que Comte se le tienne pour dit, la valeur d'une philosophie tient à l'originalité de son discours sur le réel. Il y a de bons et de mauvais philosophes. Bergson et Alain. Des maîtres et des disciples. Platon et Speusippe. Il arrive qu'un disciple soit aussi grand que le maître. Aristote et Platon. Voire qu'un disciple soit plus grand que le maître. Kant et Wolff.
Je n'ai jamais entendu qu'un professeur soit digne de mépris dans l'exercice de ses fonctions. Mépriser le professeur serait plutôt le vrai objet du délit. Une des mesures politiques les plus urgentes consistera à revaloriser ce sublime métier quand les technocrates se seront rendus compte de son importance véritable et de l'étendue de leur méprise.
J'éprouvai un profond respect en découvrant que le professeur qui venait d'expliquer aussi lumineusement le matérialisme antique n'était autre qu'André Comte-Sponville. Quoi? L'imposteur pédant recelait cette qualité d'explication? Je l'aurais volontiers écouté des heures, ravi d'en apprendre autant! Je mesurai ce jour de jadis le décalage chez la même personne entre la valeur du commentateur et son égarement de philosophe grotesque. Que Comte nous entende : il faut bien qu'il y ait de mauvais philosophes pour que subsistent un ou deux esprit géniaux. Il arrive même qu'une certaine justice rende grâce aux mauvais de leur vivant pour discerner sa reconnaissance posthume aux valeureux. Je pense aux triomphes que subirent Deleuse, Derrida ou Foucault, en comparaison de l'indifférence que suscitèrent Girard ou Rosset.
Compte-Sponville n'entre nullement dans la catégorie des penseurs qui ont mal pensé ou n'ont rien pensé du tout - contrairement au cas de Deleuze. Compte-Sponville n'est certainement pas un imposteur au sens où certains biographes accusent BHL de mieux pratiquer le mensonge que la philosophie. Sans commentaire. Comte-Sponville est un commentateur. Jusqu'ici, rien à redire, bien au contraire. Un commentateur est le plus souvent un esprit brillant et fin qui commente l'oeuvre d'un penseur (dans le cas de la philosophie). Comte-Sponville est très certainement un très bon commentateur, comme Jacques Rivelaygues, Luc Ferry ou surtout Marcel Conche, à qui l'on doit des ouvrages remarquables sur Pyrrhon ou Montaigne. Ces brillants exemples universitaires sont à distinguer de la production philosophique.
Tout comme Conche, Comte-Sponville se piqua un jour (malheureux) de recycler son savoir vaste et profond pour penser à partir de. Comme c'était prévisible, il n'arriva qu'à produire le travail de commentateur auquel il était habitué. On ne philosophe pas à partir de la pensée des autres, aussi géniale soit-elle. Si c'était le cas, Cassirer aurait dépassé Kant, et l'élève de Cassirer, Cassirer lui-même ! Les fondements de la morale auraient été subsumés depuis belle lurette et la métaphysique exhiberait non sans faste son titre glorieux de Science des sciences!
C'est tout le mystère de la création que de s'interroger sur l'origine des idées qui nous frappent sans nous soumettre à leur avis éclairé (et souvent peu éclairant). Les Anciens parlaient d'inspiration. Force est de constater qu'aucune explication décisive n'est venue apporter sa contribution au mythe. Malgré toute notre inventivité technologique, on n'est pas plus capable de fabriquer un génie que de remonter dans le temps. Nos sociétés de consommation ne produisent pas plus d'artistes que les autres époques. Il faut croire que ces espèces bizarres ne suivent pas les progrès foudroyants du Progrès et se rabattent sur des règles inclassables, frisant passablement avec le désordre.
Que Kant soit sorti de son sommeil grâce à la lecture de Hume ne nous renseigne guère sur le mystère, car la lecture de Nietzsche n'a pas été du meilleur effet sur le cerveau de Deleuze. Kant a produit le kantisme avec l'adjonction d'un autre ingrédient que la rencontre de Hume. Hume ne fut pour Kant qu'un éducateur sublime, au sens où Nietzsche qualifiait sa lecture de Schopenhauer.
Je ne sais si ce travers est commun à tous les âges, mais l'époque me semble illustrer particulièrement le fantasme de la création s'exerçant à partir de l'imitation exclusive. Je sais bien que l'imitation est le préalable à la création. En la matière, le symptome de l'époque se réclame de l'extrémisme. Il s'agit d'énoncer que la meilleure des créations résulte entièrement de l'imitation. Nos sociétés sont si mimétiques qu'elles refusent de concevoir la supériorité de la création sur l'imitation. L'imitation est posée comme la fin de toutes choses, y compris de la création. Raison pour laquelle tant de commentateurs sont persuadés que l'oeuvre qu'ils étudient n'a d'intérêt que dans la mesure où ils l'étudient.
Il y aurait lieu de se demander si cette déformation ne découle pas de l'idée selon laquelle le fini ne saurait se poursuivre qu'en se rédupliquant. La création ultime dans un monde conçu comme fini procède nécessairement de l'imitation qualité supérieure du modèle, en tant que finalité découlant du fini.
Compte-Sponville est un symptome de l'époque, où les commentateurs ont la part belle, jusqu'à donner à l'imposture ses lettres de noblesse. BHL s'est prétendu écrivain et se réclamait de Lacan. Ce dernier, malgré ses titres de gloire psychanalytiques, était un génie de l'imposture. Derrida fit croire que la déconstruction était de la philosophie. Comte-Sponville et Ferry pouvaient bien faire croire qu'ils n'étaient pas des kantiens recyclant les philosophes pour laisser entendre qu'ils pensaient. Non que ce qu'ils disent soient dénués d'intérêt, loin s'en faut. Simplement, leur discours ne dépasse jamais le stade de la bonne vulgarisation.
Mon professeur de philosophie en khâgne, normalienne et agrégée, maîtrisait son Kant illustré sur le bout des ongles (qu'elle avait fort manucurés). Seulement, une fois sortie de la répétition, elle était incapable de penser par elle-même. Je ne suis pas persuadé que la lecture d'un ouvrage de Comte-Sponville apporte un supplément de pensée au lecteur.
C'est probablement la raison pour laquelle il ne cessa durant les Vendredis de qualifier ceux dont il parlait de génies. A force de célébrer le génie de Leibniz ou celui de Pascal, de discerner des classements chez les philosophes français (1. Pascal, 2. Montaigne, 3. Descartes), de se déclarer "bouleversé" par les actions du Christ, l'hyperbolisme laudatif menaçait de saturer dangereusement. Le point culminant du compliment (soit le processus de compensation du manque par l'éloge creux) fut atteint quand Comte-Sponville se décida à dresser les lauriers à la gloire de Simone Weill. La philosophe était tout simplement le plus grand penseur mystico-philosophique depuis Pascal. 1- Pascal; 2- Weill; 3- Fénelon (mais où diable était passé Bossuet? 1,5 pour l'évêque de Meaux?). Elle avait eu le génie philosophique rare de penser le monde comme la création nécessairement imparfaite de Dieu. Le Bien Suprême ne pouvait accoucher que du Mal dans son effort de création étrangère et étrange!
C'est curieux, mais plus j'y pense, et plus cet argument me semble de l'argutie spéculative et de l'enthousiasme (je n'ose dire de l'hystérie) à peu de frais. Comte-Sponville souffre-t-il tant de son défaut de génie qu'il mette un soin particulier à en discerner la trace chez le moindre de ses glorieux aînés? Ce n'est pas en nous abreuvant de ses découvertes bouleversantes sur la spiritualité athée ou en nous confiant ses divergences de vue avec son ami Michel Onfray (pour Comte-Sponville, les philosophes seraient-ils des amis en puissance?) qu'il nous convaincra de sa qualité ès philosophe. Il n'incarne après tout que la soap utopie de l'époque qui veut que la philosophie permette de vivre heureux dans un monde en progrès constant.
En repensant aux vies de Gide ou Malraux, je me convainquis que se prénommer André faisait d'un écrivain du XXème un mégalo surfait et mineur en puissance. Comte-Sponville a fait mieux : il partage avec Glucksmann le privilège du bavardage mondain et anesthésiant tel que l'esprit démocratico-bourgeois l'a inventé pour remplacer la pensée véritable. Jouez au tiercé philosophique !
1- Comte-Sponville; 2- Ferry; 3- Onfray.
vendredi, janvier 26, 2007
jeudi, janvier 25, 2007
Le déclin des Lettres
Un rapport de l'Education Nationale constate que la filière littéraire au lycée périclite dangereusement. Tombant sur l'officialisation de cette nouvelle, dont les effets sapent nos chers lycées depuis dix ans déjà, j'essaie d'obtenir des suppléments d'information, persuadé qu'un tel cataclysme a déjà engendré les promesses solennelles de nos candidats à l'élection présidentielle. Las! Personne ne semble s'inquiéter outre mesure de la catastrophe, alors que le péril place la société française devant ses vraies responsabilités : comment appelle-t-on l'attitude qui consiste à demeurer impassible à côté d'un arsenal chimique qui menace d'exploser? En l'occurrence, la situation ne date pas d'hier. Le compte à rebours est enclenché depuis belle lurette.
La disparition des Lettres n'est ni anodine, ni subite. Voilà trente ans au moins que le pouvoir cautionne la prééminence des filières scientifiques, avec une indulgence arrogante pour la filière économique. Je parlais de filière scientifique, j'aurais dû en fait la baptiser technologique, car chacun sait que ce sont les études techniques de haut niveau qui se trouvent valorisées par le système. Les sciences pures subissent une désaffection dans la mesure où les mathématiques constituent le pendant des Lettres. En gros, tout ce qui pousse à réfléchir sur le réel au-delà du fini est considéré comme ringard et quasi inutile. On fait des Lettres pour s'exprimer à l'oral ou à l'écrit; des mathématiques pour s'en resservir en informatique.
Est-ce un hasard par ces temps d'ultralibéralisme sauvage si les activités considérées comme peu lucratives subissent la désaffection flagrante de la société? Il est vrai que la valeur pragmatique d'un roman de Balzac crie famine par rapport à n'importe quel traité de médecine! Pensez! Où l'un vous perd de précieuses heures à acquérir des vétilles de psychologie sans garantie d'intérêt immédiat, l'autre vous permet d'accéder aux branches du savoir valorisantes à tous points de vue!
Je n'ai rien contre la médecine. Sans elle, je me porterais même fort mal. Mais je dirais d'elle ce que Montaigne disait des gens de savoir avec une prémonition à couper le souffle : que je l'aime, mais ne l'adore point. Il est frappant de constater que la technologie du vivant rapporte aujourd'hui beaucoup plus d'argent que le sot métier de professeur de Lettres en lycée. En cas de récrimination intempestive, le grand public aurait tôt fait de tancer l'impétrant qui se commettrait en protestations comminatoires. Que vaut l'activité d'un professeur de Lettres en comparaison des miracles qu'accomplit un chirurgien après avoir étudié pendant quinze ans les linéaments de son pénible et précieux labeur? N'en déplaise à Royal et à tous les technocrates acharnés à la dévalorisatoin des Lettres (quand on a fait l'ENA, Balzac sert à classer des dossiers administratifs pointus, rien de plus), la médecine, aussi importante soit-elle, sauve les vies dans l'immédiat.
Elle ne confère aucun sens à la vie. Mais cet aspect n'a aucune importance à l'heure actuelle. En l'espace de cinquante ans, on est passé du médecin cultivé qui savait ses Lettres au supertechnicien surbooké et recouvert de brillantine prestigieuse. Est-ce un hasard si d'ores et déjà on considère en toute bonne foi que le seul intérêt d'un livre tient dans son exclusif recyclage à destination des matières techniques?
Une société qui considère les productions artistiques comme dévouées aux activités techniques est une société qui marche la tête à l'envers. Tout le propre de l'ultralibéralisme! Il est vrai qu'autrefois, l'analphabétisme et l'illettrisme rendaient impossibles l'accès au savoir. Désormais qu'on la trouve à portée de main, la lecture est affaire si ennuyeuse qu'elle mérite à peine l'acharnement d'un élève de CP (et encore!). Un livre est tellement moins kiffant qu'une console de jeux ou une virée en boîte de nuit ! On n'y consentira qu'en échange de gratifications immédiates. Seuls comptent les intérêts qui rapportent (gros), c'est-à-dire ceux soumis au domaine fini. Bien entendu - CQFD. Il ne faut pas s'étonner de la survalorisation de métiers qui autrefois ne valaient que pour ce qu'ils rapportaient. Aujourd'hui, qu'on se le tienne pour dit, le salaire est le fin des fins ! Le must intégral! Commercial ou ingénieur, la voilà, la seule solution qui vaille la peine qu'on s'y attelle !
Si l'on persiste dans cette voie suicidaire, il arrivera ce qui arrivera, mazette : les métiers d'honneur deviendront des tâches ingrates, confiées aux marginaux et aux ratés de la société - ceux que la Nature ne para pas des vertus suffisantes pour réussir dans le Technique, que l'on s'empresse de baptiser scientifique pour faire plus prestigieux. La maladie de l'époque est de se parer d'atours auxquels elle ne saurait prétendre et auxquels elle croit d'autant moins.
Les mathématiques ou la recherche scientifique pure ne sont guère mieux loties que les Lettres! Comme telles, elles ne sont que des modes de pensée qui rapportent peu. Justement, il est grand temps de valoriser à leur juste valeur les métiers d'honneur. Ce beau métier de professeur mérite un autre traitement que celui qu'on lui fait subir. La transmission des savoirs est le socle qui conditionne l'équilibre de la société à moyen terme. Dans une époque qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, mieux vaut être golden boy que poète... On fonce dans le mur à tous les étages, décidément!
L'enseignement des Lettres ne trouvera sa juste place qu'à partir du moment où l'élève comprendra qu'il ne lit pas pour mieux écrire (ou parler), mais que la lecture l'emmène vers des horizons qui autorisent à voir le monde autrement et à penser. Oh, les gros mots! Les vilaines insultes que je n'ai pas proférées! Mille excuses! J'avais oublié que la richesse reconnue de l'époque est toute pécuniaire!
A quand le jour béni où le politique mènera campagne pour que soit reconnu l'inverse de ce dont l'on n'a cessé d'accabler le citoyen depuis l'avènement des sociétés technico-démocratiques? Le slogan est séduisant en diable : tout ce qui ne génère pas d'argent n'a pas de valeur. C'est l'inverse qui est vrai. Il ne s'agit nullement de dévaloriser la médecine ou l'ingénierie informatique (pour prendre des exemples disparates), mais de repositionner les savoirs dans l'échelle des valeurs. La médecine est primordiale, les Lettres (je n'ai pas dit les lettres) plus capitales encore! Je rêve de sociétés où l'écrivain sera respecté comme le prophète incompris de son époque! Il est vrai que nul n'est prophète en son pays...
Sans relation à l'art, sans la compréhension du rapport essentiel qu'il délivre au monde, l'homme est fichu. Le plus affligeant est qu'il s'en moque ouvertement et qu'il révère pendant ce temps et à sa place le prédateur de la haute finance. Edouard Stern vs Honoré de Balzc! C'est non seulement la promesse sinistre et lugubre du totalitarisme qui pointe le bout de son nez à l'horizon de notre millénaire balbutiant, mais la disparition de l'homme qui est en jeu. Sans livres, plus de sources auxquelles s'abreuver à l'eau vive des vivants !
Les Lettres ne sont pas seulement l'alphabet qui permet de déchiffrer les fiches d'utilisation des micro-ondes. Les Lettres sont notre clef d'accès au réel. A trop rester confiné dans l'arrière-boutique de nos cuisines mièvres (riches en carences essentielles), l'on finira claustrophobe! Il est temps de rappeler avec bon sens la valeur de la vie!
La disparition des Lettres n'est ni anodine, ni subite. Voilà trente ans au moins que le pouvoir cautionne la prééminence des filières scientifiques, avec une indulgence arrogante pour la filière économique. Je parlais de filière scientifique, j'aurais dû en fait la baptiser technologique, car chacun sait que ce sont les études techniques de haut niveau qui se trouvent valorisées par le système. Les sciences pures subissent une désaffection dans la mesure où les mathématiques constituent le pendant des Lettres. En gros, tout ce qui pousse à réfléchir sur le réel au-delà du fini est considéré comme ringard et quasi inutile. On fait des Lettres pour s'exprimer à l'oral ou à l'écrit; des mathématiques pour s'en resservir en informatique.
Est-ce un hasard par ces temps d'ultralibéralisme sauvage si les activités considérées comme peu lucratives subissent la désaffection flagrante de la société? Il est vrai que la valeur pragmatique d'un roman de Balzac crie famine par rapport à n'importe quel traité de médecine! Pensez! Où l'un vous perd de précieuses heures à acquérir des vétilles de psychologie sans garantie d'intérêt immédiat, l'autre vous permet d'accéder aux branches du savoir valorisantes à tous points de vue!
Je n'ai rien contre la médecine. Sans elle, je me porterais même fort mal. Mais je dirais d'elle ce que Montaigne disait des gens de savoir avec une prémonition à couper le souffle : que je l'aime, mais ne l'adore point. Il est frappant de constater que la technologie du vivant rapporte aujourd'hui beaucoup plus d'argent que le sot métier de professeur de Lettres en lycée. En cas de récrimination intempestive, le grand public aurait tôt fait de tancer l'impétrant qui se commettrait en protestations comminatoires. Que vaut l'activité d'un professeur de Lettres en comparaison des miracles qu'accomplit un chirurgien après avoir étudié pendant quinze ans les linéaments de son pénible et précieux labeur? N'en déplaise à Royal et à tous les technocrates acharnés à la dévalorisatoin des Lettres (quand on a fait l'ENA, Balzac sert à classer des dossiers administratifs pointus, rien de plus), la médecine, aussi importante soit-elle, sauve les vies dans l'immédiat.
Elle ne confère aucun sens à la vie. Mais cet aspect n'a aucune importance à l'heure actuelle. En l'espace de cinquante ans, on est passé du médecin cultivé qui savait ses Lettres au supertechnicien surbooké et recouvert de brillantine prestigieuse. Est-ce un hasard si d'ores et déjà on considère en toute bonne foi que le seul intérêt d'un livre tient dans son exclusif recyclage à destination des matières techniques?
Une société qui considère les productions artistiques comme dévouées aux activités techniques est une société qui marche la tête à l'envers. Tout le propre de l'ultralibéralisme! Il est vrai qu'autrefois, l'analphabétisme et l'illettrisme rendaient impossibles l'accès au savoir. Désormais qu'on la trouve à portée de main, la lecture est affaire si ennuyeuse qu'elle mérite à peine l'acharnement d'un élève de CP (et encore!). Un livre est tellement moins kiffant qu'une console de jeux ou une virée en boîte de nuit ! On n'y consentira qu'en échange de gratifications immédiates. Seuls comptent les intérêts qui rapportent (gros), c'est-à-dire ceux soumis au domaine fini. Bien entendu - CQFD. Il ne faut pas s'étonner de la survalorisation de métiers qui autrefois ne valaient que pour ce qu'ils rapportaient. Aujourd'hui, qu'on se le tienne pour dit, le salaire est le fin des fins ! Le must intégral! Commercial ou ingénieur, la voilà, la seule solution qui vaille la peine qu'on s'y attelle !
Si l'on persiste dans cette voie suicidaire, il arrivera ce qui arrivera, mazette : les métiers d'honneur deviendront des tâches ingrates, confiées aux marginaux et aux ratés de la société - ceux que la Nature ne para pas des vertus suffisantes pour réussir dans le Technique, que l'on s'empresse de baptiser scientifique pour faire plus prestigieux. La maladie de l'époque est de se parer d'atours auxquels elle ne saurait prétendre et auxquels elle croit d'autant moins.
Les mathématiques ou la recherche scientifique pure ne sont guère mieux loties que les Lettres! Comme telles, elles ne sont que des modes de pensée qui rapportent peu. Justement, il est grand temps de valoriser à leur juste valeur les métiers d'honneur. Ce beau métier de professeur mérite un autre traitement que celui qu'on lui fait subir. La transmission des savoirs est le socle qui conditionne l'équilibre de la société à moyen terme. Dans une époque qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, mieux vaut être golden boy que poète... On fonce dans le mur à tous les étages, décidément!
L'enseignement des Lettres ne trouvera sa juste place qu'à partir du moment où l'élève comprendra qu'il ne lit pas pour mieux écrire (ou parler), mais que la lecture l'emmène vers des horizons qui autorisent à voir le monde autrement et à penser. Oh, les gros mots! Les vilaines insultes que je n'ai pas proférées! Mille excuses! J'avais oublié que la richesse reconnue de l'époque est toute pécuniaire!
A quand le jour béni où le politique mènera campagne pour que soit reconnu l'inverse de ce dont l'on n'a cessé d'accabler le citoyen depuis l'avènement des sociétés technico-démocratiques? Le slogan est séduisant en diable : tout ce qui ne génère pas d'argent n'a pas de valeur. C'est l'inverse qui est vrai. Il ne s'agit nullement de dévaloriser la médecine ou l'ingénierie informatique (pour prendre des exemples disparates), mais de repositionner les savoirs dans l'échelle des valeurs. La médecine est primordiale, les Lettres (je n'ai pas dit les lettres) plus capitales encore! Je rêve de sociétés où l'écrivain sera respecté comme le prophète incompris de son époque! Il est vrai que nul n'est prophète en son pays...
Sans relation à l'art, sans la compréhension du rapport essentiel qu'il délivre au monde, l'homme est fichu. Le plus affligeant est qu'il s'en moque ouvertement et qu'il révère pendant ce temps et à sa place le prédateur de la haute finance. Edouard Stern vs Honoré de Balzc! C'est non seulement la promesse sinistre et lugubre du totalitarisme qui pointe le bout de son nez à l'horizon de notre millénaire balbutiant, mais la disparition de l'homme qui est en jeu. Sans livres, plus de sources auxquelles s'abreuver à l'eau vive des vivants !
Les Lettres ne sont pas seulement l'alphabet qui permet de déchiffrer les fiches d'utilisation des micro-ondes. Les Lettres sont notre clef d'accès au réel. A trop rester confiné dans l'arrière-boutique de nos cuisines mièvres (riches en carences essentielles), l'on finira claustrophobe! Il est temps de rappeler avec bon sens la valeur de la vie!
Telle mère, telle fille !
Pilote.
Le patriarcat classique attend d'une femme qu'elle élève les gosses et tienne la baraque. Sois belle et tais-toi! respirait l'extrémisme, mais avait l'avantage de la clarté. Avec le féminisme, il se pourrait que l'évolution ait connu un mouvement de balancier radical. Le propre de toute révolution est d'incliner vers l'extrémisme inverse avec un réflexe de violence compensatoire.
Il est certaines femmes d'aujourd'hui pour penser que l'égalitarisme homme/femme suppose que l'homme soit beau et faible. C'est la revanche des femmes sur les injustices de l'histoire. Il est même certaines femmes pour ancrer haut et fort leur haine dans la pratique sociale. Car le féminisme trash ne correspond nullement à l'égalité des droits, du vote ou du travail. Il s'agit bel et bien d'une haine des hommes pour laquelle il n'existe aucun vocabulaire adapté, ni aucun remède. On pourra arguer que cette absence criante traduit la misogynie des sociétés et la vérité indiscutable et scandaleuse du patriarcat. Reste à se demander pourquoi aucun matriarcat n'a fonctionné et pourquoi la polyandrie est un fantasme féminin fort inabouti.
Le macho a la puissance pour lui. Qu'on le veuille ou non, l'homme détient la force. Et sa principale n'est sûrement pas physique. Elle est morale. L'homme qui domine la femme perçoit cette créature comme douce et irrationnelle. Raison pour laquelle les sociétés réputées les plus machistes sont aussi les sociétés qui réhabilitent le plus l'influence et l'autorité souterraines des femmes. Le macho perdu sans sa ou ses femmes? Ce n'est pas qu'un sujet de lazzis!
La femme ne saurait dominer l'homme par la puissance. Toute femme qui agit de la sorte ne fait que singer le comportement masculin classique, qu'au surplus elle juge (avec raison sans doute) inepte. Les féministes trash ne sont que des hommes ratés, des femmes qui auraient donné plus que leur vie pour prendre la place des hommes. Elles n'aiment ni leurs rivaux impossibles, ni les femmes - ces sous-hommes. En un mot, elles sont invivables.
Une universitaire vivait dans l'admiration de son père. Un homme martial, qui illustrait à ses yeux la toute-puissance virile. Cette femme n'avait jamais accepté son statut de femme. Il lui manquait des couilles et elle tenait à ce que l'incongruité se sache : elle vivrait en homme! Elle commença par s'emparer d'une revendication tout à fait légitime. Il était temps que les femmes investissent les cercles du pouvoir intellectuel, histoire de montrer qu'elles possédaient plus d'intelligence que les hommes. Depuis lors, grâce aux progrès de la génétique, on a appris que le sexe féminin sécrétait des hormones intellectuelles en plus grand nombre que les hormones mâles...
Notre étudiante devint agrégée et s'acoquina tant et si bien avec un professeur de littérature comparée qu'elle devint sa maîtresse. Cette relation de pouvoir avec un aîné de vingt ans la combla. Elle trouvait enfin le privilège de vivre une histoire d'amour avec son père! Malheureusement, c'était un homme marié. Elle n'eut d'autre choix qu'entre la peste et le choléra : les ordres ou le mariage. Elle opta pour le mariage, poussée par sa mère, une intransigeante pour qui le mariage était la fin de la bourgeoisie.
Si elle haïssait autant sa mère, c'était parce qu'elle avait eu la bêtise de la croire vierge et de la pousser dans les bras d'un mari tel qu'elle les rêvait. Un plouc pleutre, un fils de commerçant grotesque et faiblard, qui avait réussi quelques études et faisait dans l'administratif. Une fois mariée, notre jeune femme éplorée vira garce. Il n'était pas question qu'elle supporte la comparaison saugrenue de ce mari avec son père!
D'ailleurs, elle ne lui laissa pas le choix des armes. Elle commença par décréter que ce raté présentait comme seule qualité de fermer sa gueule. Pour lui prouver qu'il aurait toujours tort, elle s'empressa de le tromper avec allégresse. Son patron de thèse était devenu son collègue désormais. Il l'avait pistonnée jusqu'à la bombarder sur les bancs de la fac.
Elle n'avait d'autre choix que de lui rendre la monnaie de sa pièce. Las! C'était un combat perdu d'avance! Personne ne remplacerait jamais son père! Elle le comprit rapidement, car elle était très rationnelle, très manipulatrice, et elle sentait les choses avec une acuité qui ne lui laissait d'espoir qu'entre la carrière d'artiste ou celle de perverse. N'ayant aucune inclination pour la création artistique, elle divorça pour ne pas subir de plein fouet le miroir de l'adultère unilatéral. Son mari était peut-être timoré, mais d'un candide à toute épreuve. D'un coureur de jupons, elle se serait accommodée! D'un fluet falot, elle n'avait que faire.
Elle divorça donc, ravie de perpétrer la transgression les deux pieds en avant (à l'époque, le divorce n'était pas chose courante). Comblée de sa liberté recouvrée, elle décida désormais de consacrer sa vie à son idéal. La littérature? Que nenni! Elle ne comprenait rien à l'art! Il suffisait de l'entendre disserter sur la poésie pour se rendre compte que la raison avait pris l'entière place de la sensibilité. Pour elle, c'était le militantisme révolutionnaire qui lui ouvrait grand les bras. Le woman power serait sa croix et sa bannière! Elle vivrait seule et libre!
Elle commença par coucher avec le plus d'hommes possibles, des collègues, des hommes mariés et des presque inconnus. Jamais avec des femmes. Au vu de ses positions, elle aurait pu par réaction finir lesbienne et se mettre en ménage avec une Autre, comme les universitairEs qu'elle accueillait avec l'hospitalité de celle qui a du temps à perdre dans son luxueux duplex. C'était malheureusement impossible, tant elle méprisait les femmes. Elle ne consentait qu'à considérer les dominatrices, celles qui écrasaient les Autres et annihilaient les hommes.
Elle se serait trouvée acculée au suicide par vacuité s'il ne lui était resté son grand oeuvre : son nabot de mari lui avait donné deux mioches. Sa seule bonne idée, qu'elle n'avait jamais songé à lui dénier. Un garçon et une fille! L'athée réactionnaire et viscérale y avait vu l'effet d'une morale intrigante. Elle qui décelait de la moraline partout n'avait pu s'empêcher d'y relever les indices du Bien : il lui était donné de rétablir la Justice bafouée depuis des millénaires, depuis en fait que les sociétés humaines s'étaient formées sous les auspices de caprices incompréhensibles!
Elle instaura l'arrêté par-delà les mots, dans les tréfonds de sa personnalité tumultueuse et passionnée : ses deux anfants lui offriraient le luxe de compenser les outrages du temps. L'éducation qu'elle dispenserait serait simple et pleine de bon sens.
Article premier : Le père pourrait y faire, il serait pour les deux bambins un insubmersible raté.
Article deuxième : sa fille serait son miroir, son double et son prolongement. En bon robot monstrueux de mimétisme arrogant et servile, elle reprendrait le flambeau de ses formidables réussites et finirait universitaire. N'importe quel domaine, pourvu qu'elle fût universitaire. En échange, elle lui passerait tout, y compris et surtout ses caprices sexuello-sentimentaux. Elle subventionnerait toutes ses attentes de misérable petite chienne en garde, dressée comme une merdeuse emmerdeuse et n'attendant que de de se faire défoncer le cul sur les traces de sa mère en tordant ses seins de spasmes convulsifs. Puis elle mûrirait , tel une pastèque rougeoyante, et prendrait mari. Soit le gendre idéal - un petit mouton insignifiant dont le physique serait aux antipodes, viril et trompeur.
Article troisième : son fils serait élevé dans la rengaine dégainée comme un slogan publicitaire efficace que les hommes sont des ratés-tarés congénitaux - par la naissance et le sexe. Quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise, aucune échappatoire n'amoindrirait la faute originelle. Il se retrouverait condamné à la lourde tâche de porter sa croix sur son misérable chemin d'homme. Son péché était un fardeau trop insupportable pour qu'il échappe à sa condition de bite couillue! Quelle abjection ! Quelle monstruosité! Quelle infamie!
Article quatrième : puisqu'aucun homme n'avait eu le bon goût de la supporter, puisqu'elle les détestait tous au point de se laisser sauter avec de plus en plus de frigidité, elle choisirait désormais des jeunes, fort de l'exemple de Duras et surtout de son modèle féminin, Françoise Giroud, pour laquelle elle éprouvait une admiration sans borne. Giroud, qu'elle appelait volontiers Françoise en privé, était la seule femme qui lui arrachait un attendrissement pur et pieux (c'est-à-dire sans la perspective et le prolongement du lit). Les hommes n'avaient de valeur et d'intérêt que jouvenceaux. Ce n'était pas en grandissant que son fils prétendrait le contraire!
Grand jeu Au tour du réel
Devinez ce que deviendra :
1) la fille.
2) le fils.
3) éventuellement, la mère.
Le patriarcat classique attend d'une femme qu'elle élève les gosses et tienne la baraque. Sois belle et tais-toi! respirait l'extrémisme, mais avait l'avantage de la clarté. Avec le féminisme, il se pourrait que l'évolution ait connu un mouvement de balancier radical. Le propre de toute révolution est d'incliner vers l'extrémisme inverse avec un réflexe de violence compensatoire.
Il est certaines femmes d'aujourd'hui pour penser que l'égalitarisme homme/femme suppose que l'homme soit beau et faible. C'est la revanche des femmes sur les injustices de l'histoire. Il est même certaines femmes pour ancrer haut et fort leur haine dans la pratique sociale. Car le féminisme trash ne correspond nullement à l'égalité des droits, du vote ou du travail. Il s'agit bel et bien d'une haine des hommes pour laquelle il n'existe aucun vocabulaire adapté, ni aucun remède. On pourra arguer que cette absence criante traduit la misogynie des sociétés et la vérité indiscutable et scandaleuse du patriarcat. Reste à se demander pourquoi aucun matriarcat n'a fonctionné et pourquoi la polyandrie est un fantasme féminin fort inabouti.
Le macho a la puissance pour lui. Qu'on le veuille ou non, l'homme détient la force. Et sa principale n'est sûrement pas physique. Elle est morale. L'homme qui domine la femme perçoit cette créature comme douce et irrationnelle. Raison pour laquelle les sociétés réputées les plus machistes sont aussi les sociétés qui réhabilitent le plus l'influence et l'autorité souterraines des femmes. Le macho perdu sans sa ou ses femmes? Ce n'est pas qu'un sujet de lazzis!
La femme ne saurait dominer l'homme par la puissance. Toute femme qui agit de la sorte ne fait que singer le comportement masculin classique, qu'au surplus elle juge (avec raison sans doute) inepte. Les féministes trash ne sont que des hommes ratés, des femmes qui auraient donné plus que leur vie pour prendre la place des hommes. Elles n'aiment ni leurs rivaux impossibles, ni les femmes - ces sous-hommes. En un mot, elles sont invivables.
Une universitaire vivait dans l'admiration de son père. Un homme martial, qui illustrait à ses yeux la toute-puissance virile. Cette femme n'avait jamais accepté son statut de femme. Il lui manquait des couilles et elle tenait à ce que l'incongruité se sache : elle vivrait en homme! Elle commença par s'emparer d'une revendication tout à fait légitime. Il était temps que les femmes investissent les cercles du pouvoir intellectuel, histoire de montrer qu'elles possédaient plus d'intelligence que les hommes. Depuis lors, grâce aux progrès de la génétique, on a appris que le sexe féminin sécrétait des hormones intellectuelles en plus grand nombre que les hormones mâles...
Notre étudiante devint agrégée et s'acoquina tant et si bien avec un professeur de littérature comparée qu'elle devint sa maîtresse. Cette relation de pouvoir avec un aîné de vingt ans la combla. Elle trouvait enfin le privilège de vivre une histoire d'amour avec son père! Malheureusement, c'était un homme marié. Elle n'eut d'autre choix qu'entre la peste et le choléra : les ordres ou le mariage. Elle opta pour le mariage, poussée par sa mère, une intransigeante pour qui le mariage était la fin de la bourgeoisie.
Si elle haïssait autant sa mère, c'était parce qu'elle avait eu la bêtise de la croire vierge et de la pousser dans les bras d'un mari tel qu'elle les rêvait. Un plouc pleutre, un fils de commerçant grotesque et faiblard, qui avait réussi quelques études et faisait dans l'administratif. Une fois mariée, notre jeune femme éplorée vira garce. Il n'était pas question qu'elle supporte la comparaison saugrenue de ce mari avec son père!
D'ailleurs, elle ne lui laissa pas le choix des armes. Elle commença par décréter que ce raté présentait comme seule qualité de fermer sa gueule. Pour lui prouver qu'il aurait toujours tort, elle s'empressa de le tromper avec allégresse. Son patron de thèse était devenu son collègue désormais. Il l'avait pistonnée jusqu'à la bombarder sur les bancs de la fac.
Elle n'avait d'autre choix que de lui rendre la monnaie de sa pièce. Las! C'était un combat perdu d'avance! Personne ne remplacerait jamais son père! Elle le comprit rapidement, car elle était très rationnelle, très manipulatrice, et elle sentait les choses avec une acuité qui ne lui laissait d'espoir qu'entre la carrière d'artiste ou celle de perverse. N'ayant aucune inclination pour la création artistique, elle divorça pour ne pas subir de plein fouet le miroir de l'adultère unilatéral. Son mari était peut-être timoré, mais d'un candide à toute épreuve. D'un coureur de jupons, elle se serait accommodée! D'un fluet falot, elle n'avait que faire.
Elle divorça donc, ravie de perpétrer la transgression les deux pieds en avant (à l'époque, le divorce n'était pas chose courante). Comblée de sa liberté recouvrée, elle décida désormais de consacrer sa vie à son idéal. La littérature? Que nenni! Elle ne comprenait rien à l'art! Il suffisait de l'entendre disserter sur la poésie pour se rendre compte que la raison avait pris l'entière place de la sensibilité. Pour elle, c'était le militantisme révolutionnaire qui lui ouvrait grand les bras. Le woman power serait sa croix et sa bannière! Elle vivrait seule et libre!
Elle commença par coucher avec le plus d'hommes possibles, des collègues, des hommes mariés et des presque inconnus. Jamais avec des femmes. Au vu de ses positions, elle aurait pu par réaction finir lesbienne et se mettre en ménage avec une Autre, comme les universitairEs qu'elle accueillait avec l'hospitalité de celle qui a du temps à perdre dans son luxueux duplex. C'était malheureusement impossible, tant elle méprisait les femmes. Elle ne consentait qu'à considérer les dominatrices, celles qui écrasaient les Autres et annihilaient les hommes.
Elle se serait trouvée acculée au suicide par vacuité s'il ne lui était resté son grand oeuvre : son nabot de mari lui avait donné deux mioches. Sa seule bonne idée, qu'elle n'avait jamais songé à lui dénier. Un garçon et une fille! L'athée réactionnaire et viscérale y avait vu l'effet d'une morale intrigante. Elle qui décelait de la moraline partout n'avait pu s'empêcher d'y relever les indices du Bien : il lui était donné de rétablir la Justice bafouée depuis des millénaires, depuis en fait que les sociétés humaines s'étaient formées sous les auspices de caprices incompréhensibles!
Elle instaura l'arrêté par-delà les mots, dans les tréfonds de sa personnalité tumultueuse et passionnée : ses deux anfants lui offriraient le luxe de compenser les outrages du temps. L'éducation qu'elle dispenserait serait simple et pleine de bon sens.
Article premier : Le père pourrait y faire, il serait pour les deux bambins un insubmersible raté.
Article deuxième : sa fille serait son miroir, son double et son prolongement. En bon robot monstrueux de mimétisme arrogant et servile, elle reprendrait le flambeau de ses formidables réussites et finirait universitaire. N'importe quel domaine, pourvu qu'elle fût universitaire. En échange, elle lui passerait tout, y compris et surtout ses caprices sexuello-sentimentaux. Elle subventionnerait toutes ses attentes de misérable petite chienne en garde, dressée comme une merdeuse emmerdeuse et n'attendant que de de se faire défoncer le cul sur les traces de sa mère en tordant ses seins de spasmes convulsifs. Puis elle mûrirait , tel une pastèque rougeoyante, et prendrait mari. Soit le gendre idéal - un petit mouton insignifiant dont le physique serait aux antipodes, viril et trompeur.
Article troisième : son fils serait élevé dans la rengaine dégainée comme un slogan publicitaire efficace que les hommes sont des ratés-tarés congénitaux - par la naissance et le sexe. Quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise, aucune échappatoire n'amoindrirait la faute originelle. Il se retrouverait condamné à la lourde tâche de porter sa croix sur son misérable chemin d'homme. Son péché était un fardeau trop insupportable pour qu'il échappe à sa condition de bite couillue! Quelle abjection ! Quelle monstruosité! Quelle infamie!
Article quatrième : puisqu'aucun homme n'avait eu le bon goût de la supporter, puisqu'elle les détestait tous au point de se laisser sauter avec de plus en plus de frigidité, elle choisirait désormais des jeunes, fort de l'exemple de Duras et surtout de son modèle féminin, Françoise Giroud, pour laquelle elle éprouvait une admiration sans borne. Giroud, qu'elle appelait volontiers Françoise en privé, était la seule femme qui lui arrachait un attendrissement pur et pieux (c'est-à-dire sans la perspective et le prolongement du lit). Les hommes n'avaient de valeur et d'intérêt que jouvenceaux. Ce n'était pas en grandissant que son fils prétendrait le contraire!
Grand jeu Au tour du réel
Devinez ce que deviendra :
1) la fille.
2) le fils.
3) éventuellement, la mère.
mardi, janvier 23, 2007
La tragique démesure du sportif
Un nouveau coureur est suspecté de dopage dans le Tour de France. A vrai dire, cette nouvelle mise en cause paraît superflue, tant le dopage est omniprésent dans le cyclisme. Pas seulement. Le sport en général est soumis à cette suspicion - au-delà du cyclisme. Certes les sports d'effort, comme on nous en rabâche l'antienne sécurisante, l'athlétisme ou la natation ; mais aussi, et c'est moins réconfortant, les sports collectifs censés privilégier la technique et les qualités de groupe, le football ou le rugby.
On ne compte plus les procédures juridiques qui entachent le Sport le plus Populaire du Monde. Il faut toute la puissance des instances officielles et la ferveur des supporters pour qu'aucun scandale médiatique n'ait encore éclaté à ce jour. Cela arrivera bien trop tard! Quant au rugby, les carrures des athlètes ont explosé depuis dix ans (pour cadrer avec les calendriers de mode aux relents pornographiques?). Le sport aux Etat-Unis ne souffre pas de la même hypocrisie : le dopage est tacitement admis, à condition qu'il ne concerne pas les formes avérées de toxicomanie.
Faut-il imiter nos voisins américains et légaliser une pratique banalisée dans le sport de haut niveau? On pourrait arguer que le dopage met gravement en danger la santé des sportifs, qui risquent de disparaître prématurément suite aux prises massives et non thérapeutiques d'EPO, d'hormones de croissance ou d'anabolisants. Mais les sportifs eux-mêmes sont pris dans une telle fuite en avant qu'ils se moquent de leur santé comme d'une guigne. Pariant sur le concept de la peau de chagrin, ils privilégient leurs résultats à très court terme et oublient qu'après la carrière sportive, la vie, la vraie, commence (et reprend ses droits).
On pourrait rappeler qu'aux Etats-Unis les sports traditionnels connaissent une grave désaffection. Les supporters historiques du base-ball, du football américain ou du hockey reprochent l'évolution de leur sport vers le mercantilisme et la perte des valeurs qui lui étaient attachées. C'est une antienne que l'on entend désormais aussi dans les travées des clubs de football anglais...
J'en arrête là. Je pourrais égrener la liste des scandales touchant des sports qui se proclament les vitrines de la vertu et de l'hygiène publique, en particulier pour les jeunes, ce public saint et sacré de la morale moderne. Il me semble plus pertinent de constater que le sport de haut niveau se révèle d'autant plus populaire et médiatique qu'il représente une gigantesque supercherie réelle.
1) Le sport de haut niveau n'est pas du tout cette pratique bénéfique à la santé des athlètes. L'exercice que l'on pratique en amateur peut prétendre à ces critères médicaux. Le sport de haut niveau détruit le corps de l'athlète et, bien souvent, destructure son identité en laissant miroiter une vie idéale totalement déconnectée et annihilée par l'objectif sportif (totalement vain, aussi, mais, chut, ne le dites pas trop fort!). Le sportif vit dans une tour d'ivoire très pernicieuse. Aurait-on lu pour lui La Vie est un songe ou accepte-t-il ce statut de Sigismond de la modernité ? Les exemples de dérives abondent pour illustrer l'implosion qui guette le sportif de haut niveau après sa retraite sportive. Il n efait pas bon découvrir l'âpreté du monde la trentaine passée.
2) Les lois qui régissent le sport de haut niveau sont celles de l'ultralibéralisme le plus sauvage et forcené. Cette banalisation fait fi des anciennes conceptions selon lesquelles le sport n'avait pas pour fin la satisfaction du marché économique. On pourra certes objecter que la pratique intensive du sport met en exergue les inégalités d'aptitude entre les individus et que le sport de haut niveau en lui-même est l'exercice de l'inégalitarisme par excellence. Il n'empêche. La dérive qui frappe tous les sports médiatisés à outrance montre que l'argent est désormais le nerf de la guerre. L'athlète devient un objet mercantile comme la voiture. On aura beau jeu d'expliquer qu'il ne saurait se plaindre du fait des fortunes qu'il amasse en quelques années - et de manière totalement aberrante quand on se rappelle de ses réelles compétences (taper dans un ballon ne relève tout de même pas de l'art suprême)! N'est pas Zidane qui veut pour prétendre à quinze millions d'euros l'année! Surtout, ces sommes ne concernent que quelques heureux élus du naufrage général que suppose la sélection d'entrée. Qui se soucie du sort des recalés du marché aux alouettes, en particulier les sportifs des pays pauvres, souvent traités comme des esclaves de paccotille ? Le sport de haut niveau est une machine à broyer et à concasser. Qui rappelle que l'argent déversée implique une contrepartie lourde de conséquences : à l'instar du pacte faustien, l'as touche le pactole en échange de sa santé et de sa vie. L'hypothèque est terrible et nullement gratuite. Le sportif, souvent sans qu'il s'en rende compte, accepte qu'on achète sa vie et sa santé. Cet échange monstrueux ne lui rapportera que s'il possède le talent nécessaire. Dans l'immense majorité des cas, il aura tout perdu et rien gagné (je ne parle pas des blessures et des injustices). Comme piège diabolique, on peut difficilement prétendre à mieux (ou pire).
3)L'ultralibéralisme qui sévit dans le sport a profondément changé en Europe les règles sportives classiques. Auparavant, l'argent n'était qu'un critère parmi tant d'autres de réussite sportive. Le sport supposait l'affrontement physique et tactique et l'acceptation du hasard. Désormais, l'argent ne suffit certes pas à remporter la victoire, mais il est devenu le principal moteur de la réussite. Que l'on regarde les budgets des clubs de football qui gagnent la Champion's League et que l'on m'explique la régression des clubs formateurs comme Auxerre aux second rôles d'un pâle championnat. On râle aujourd'hui en France contre cet ultralibéralisme qui favorise les championnats européens jouant le jeu de la dérégularisation totale des talents. Mais on ne fait que se rendre compte des pertes et injustices qu'ont subies les pays pauvres depuis quarante ans! Le football européen ne cesse de piller l'Afrique et l'Amérique du Sud avec la bénédiction tacite des supporters aveugles pour peu qu'on leur présente la dernière recrue-star des favellas! Ce phénomène d'exploitation de l'injustice s'est accru avec l'avènement dans le sport de l'ultralibéralisme. On ne compte plus aujourd'hui les fortunes douteuses qui investissent dans les sports médiatiques, en particulier le football. L'argent n'a pas d'odeur, ni pour les supporters, ni pour la presse (elle-même financée par les hauts financiers depuis quinze ans). Les dérives du football illustrent celles qui menacent la société. L'on nous présente la liberté comme la négation radicale de la justice sociale élémentaire au maintien de l'équilibre et de la pérennité de l'humanité. A quand l'avènement des mafias sur la scène financière officielle et leur adoubement médiatique par les politiques et les banquiers?
4)Au final, les dérives qui déforment le sport de haut niveau ne sont pas gratuites ou anodines. Elles illustrent la démesure du monde moderne dans la mesure où l'homme prétend désormais à occuper une place qui n'est pas la sienne. Le sportif de haut niveau n'est nullement cet athlète super entraîné et paré pour les exploits. Le sportif d'aujourd'hui est entraîné dans une spirale folle de la performance qui l'engage à dépasser les limites humaines. D'après un scientifique spécialiste du dopage, un sprinter ne peut passer sous la barre des dix secondes sans l'adjonction de produits dopants efficaces. On aura beau prétendre que les vrais responsables sont les médiais qui exigent du spectacle avant le sport, ces fameuses cadences infernales qui ont engendré le sport business. Je crois que le mal est plus profond. Le sportif illustre l'envie humaine de transcender son monde et de changer de sphère d'appartenance. Le fantasme de parvenu accouche d'une souris : de la même manière qu'un comte n'est in fine qu'un homme, n'en déplaise à la bourgeoise de souche qui eut la bêtise de l'épouser pour ses titres, l'homme du XXème siècle n'est jamais qu'un homme. Le siècle de la technologie a la prétention d'atteindre au Surhomme. Rien à voir avec la (malheureuse) expression nietzschéenne, qui cherchait l'échappatoire à la mort (criminelle) de Dieu. Le Surhomme moderne, que l'on a nié comme avatar du nazisme pour mieux l'exploiter comme marque déposée et pantin breveté? Rien d'autre que cet homme qui aimerait tant bien que mal laisser croire qu'en allant plus vite, il a changé de dimension! Le champion cycliste est-il plus près de Dieu ou du Paradis parce qu'il est bionique? Quel idéal a-t-il atteint en montant les cols à 50 kms/h ? N'aperçoit-on pas la course généralisée et absolument vaine que l'on nous vend comme supercherie métaphysique, tristes privilèges de névrosés qui aimeraient tant trouver un sens à la vie? La vraie course qui commence, celle que le baron de Coubertin inaugura à ses dépens, ce n'est pas la renaissance des antiques Hellènes, c'est le mirage de la destruction contemporaine.
On ne compte plus les procédures juridiques qui entachent le Sport le plus Populaire du Monde. Il faut toute la puissance des instances officielles et la ferveur des supporters pour qu'aucun scandale médiatique n'ait encore éclaté à ce jour. Cela arrivera bien trop tard! Quant au rugby, les carrures des athlètes ont explosé depuis dix ans (pour cadrer avec les calendriers de mode aux relents pornographiques?). Le sport aux Etat-Unis ne souffre pas de la même hypocrisie : le dopage est tacitement admis, à condition qu'il ne concerne pas les formes avérées de toxicomanie.
Faut-il imiter nos voisins américains et légaliser une pratique banalisée dans le sport de haut niveau? On pourrait arguer que le dopage met gravement en danger la santé des sportifs, qui risquent de disparaître prématurément suite aux prises massives et non thérapeutiques d'EPO, d'hormones de croissance ou d'anabolisants. Mais les sportifs eux-mêmes sont pris dans une telle fuite en avant qu'ils se moquent de leur santé comme d'une guigne. Pariant sur le concept de la peau de chagrin, ils privilégient leurs résultats à très court terme et oublient qu'après la carrière sportive, la vie, la vraie, commence (et reprend ses droits).
On pourrait rappeler qu'aux Etats-Unis les sports traditionnels connaissent une grave désaffection. Les supporters historiques du base-ball, du football américain ou du hockey reprochent l'évolution de leur sport vers le mercantilisme et la perte des valeurs qui lui étaient attachées. C'est une antienne que l'on entend désormais aussi dans les travées des clubs de football anglais...
J'en arrête là. Je pourrais égrener la liste des scandales touchant des sports qui se proclament les vitrines de la vertu et de l'hygiène publique, en particulier pour les jeunes, ce public saint et sacré de la morale moderne. Il me semble plus pertinent de constater que le sport de haut niveau se révèle d'autant plus populaire et médiatique qu'il représente une gigantesque supercherie réelle.
1) Le sport de haut niveau n'est pas du tout cette pratique bénéfique à la santé des athlètes. L'exercice que l'on pratique en amateur peut prétendre à ces critères médicaux. Le sport de haut niveau détruit le corps de l'athlète et, bien souvent, destructure son identité en laissant miroiter une vie idéale totalement déconnectée et annihilée par l'objectif sportif (totalement vain, aussi, mais, chut, ne le dites pas trop fort!). Le sportif vit dans une tour d'ivoire très pernicieuse. Aurait-on lu pour lui La Vie est un songe ou accepte-t-il ce statut de Sigismond de la modernité ? Les exemples de dérives abondent pour illustrer l'implosion qui guette le sportif de haut niveau après sa retraite sportive. Il n efait pas bon découvrir l'âpreté du monde la trentaine passée.
2) Les lois qui régissent le sport de haut niveau sont celles de l'ultralibéralisme le plus sauvage et forcené. Cette banalisation fait fi des anciennes conceptions selon lesquelles le sport n'avait pas pour fin la satisfaction du marché économique. On pourra certes objecter que la pratique intensive du sport met en exergue les inégalités d'aptitude entre les individus et que le sport de haut niveau en lui-même est l'exercice de l'inégalitarisme par excellence. Il n'empêche. La dérive qui frappe tous les sports médiatisés à outrance montre que l'argent est désormais le nerf de la guerre. L'athlète devient un objet mercantile comme la voiture. On aura beau jeu d'expliquer qu'il ne saurait se plaindre du fait des fortunes qu'il amasse en quelques années - et de manière totalement aberrante quand on se rappelle de ses réelles compétences (taper dans un ballon ne relève tout de même pas de l'art suprême)! N'est pas Zidane qui veut pour prétendre à quinze millions d'euros l'année! Surtout, ces sommes ne concernent que quelques heureux élus du naufrage général que suppose la sélection d'entrée. Qui se soucie du sort des recalés du marché aux alouettes, en particulier les sportifs des pays pauvres, souvent traités comme des esclaves de paccotille ? Le sport de haut niveau est une machine à broyer et à concasser. Qui rappelle que l'argent déversée implique une contrepartie lourde de conséquences : à l'instar du pacte faustien, l'as touche le pactole en échange de sa santé et de sa vie. L'hypothèque est terrible et nullement gratuite. Le sportif, souvent sans qu'il s'en rende compte, accepte qu'on achète sa vie et sa santé. Cet échange monstrueux ne lui rapportera que s'il possède le talent nécessaire. Dans l'immense majorité des cas, il aura tout perdu et rien gagné (je ne parle pas des blessures et des injustices). Comme piège diabolique, on peut difficilement prétendre à mieux (ou pire).
3)L'ultralibéralisme qui sévit dans le sport a profondément changé en Europe les règles sportives classiques. Auparavant, l'argent n'était qu'un critère parmi tant d'autres de réussite sportive. Le sport supposait l'affrontement physique et tactique et l'acceptation du hasard. Désormais, l'argent ne suffit certes pas à remporter la victoire, mais il est devenu le principal moteur de la réussite. Que l'on regarde les budgets des clubs de football qui gagnent la Champion's League et que l'on m'explique la régression des clubs formateurs comme Auxerre aux second rôles d'un pâle championnat. On râle aujourd'hui en France contre cet ultralibéralisme qui favorise les championnats européens jouant le jeu de la dérégularisation totale des talents. Mais on ne fait que se rendre compte des pertes et injustices qu'ont subies les pays pauvres depuis quarante ans! Le football européen ne cesse de piller l'Afrique et l'Amérique du Sud avec la bénédiction tacite des supporters aveugles pour peu qu'on leur présente la dernière recrue-star des favellas! Ce phénomène d'exploitation de l'injustice s'est accru avec l'avènement dans le sport de l'ultralibéralisme. On ne compte plus aujourd'hui les fortunes douteuses qui investissent dans les sports médiatiques, en particulier le football. L'argent n'a pas d'odeur, ni pour les supporters, ni pour la presse (elle-même financée par les hauts financiers depuis quinze ans). Les dérives du football illustrent celles qui menacent la société. L'on nous présente la liberté comme la négation radicale de la justice sociale élémentaire au maintien de l'équilibre et de la pérennité de l'humanité. A quand l'avènement des mafias sur la scène financière officielle et leur adoubement médiatique par les politiques et les banquiers?
4)Au final, les dérives qui déforment le sport de haut niveau ne sont pas gratuites ou anodines. Elles illustrent la démesure du monde moderne dans la mesure où l'homme prétend désormais à occuper une place qui n'est pas la sienne. Le sportif de haut niveau n'est nullement cet athlète super entraîné et paré pour les exploits. Le sportif d'aujourd'hui est entraîné dans une spirale folle de la performance qui l'engage à dépasser les limites humaines. D'après un scientifique spécialiste du dopage, un sprinter ne peut passer sous la barre des dix secondes sans l'adjonction de produits dopants efficaces. On aura beau prétendre que les vrais responsables sont les médiais qui exigent du spectacle avant le sport, ces fameuses cadences infernales qui ont engendré le sport business. Je crois que le mal est plus profond. Le sportif illustre l'envie humaine de transcender son monde et de changer de sphère d'appartenance. Le fantasme de parvenu accouche d'une souris : de la même manière qu'un comte n'est in fine qu'un homme, n'en déplaise à la bourgeoise de souche qui eut la bêtise de l'épouser pour ses titres, l'homme du XXème siècle n'est jamais qu'un homme. Le siècle de la technologie a la prétention d'atteindre au Surhomme. Rien à voir avec la (malheureuse) expression nietzschéenne, qui cherchait l'échappatoire à la mort (criminelle) de Dieu. Le Surhomme moderne, que l'on a nié comme avatar du nazisme pour mieux l'exploiter comme marque déposée et pantin breveté? Rien d'autre que cet homme qui aimerait tant bien que mal laisser croire qu'en allant plus vite, il a changé de dimension! Le champion cycliste est-il plus près de Dieu ou du Paradis parce qu'il est bionique? Quel idéal a-t-il atteint en montant les cols à 50 kms/h ? N'aperçoit-on pas la course généralisée et absolument vaine que l'on nous vend comme supercherie métaphysique, tristes privilèges de névrosés qui aimeraient tant trouver un sens à la vie? La vraie course qui commence, celle que le baron de Coubertin inaugura à ses dépens, ce n'est pas la renaissance des antiques Hellènes, c'est le mirage de la destruction contemporaine.
lundi, janvier 22, 2007
Spectres de Derrida
Alain Finkielkraut reçoit dans Répliques du 19 janvier Jean-Luc Nancy, disciple et ami de Derrida, et un journaliste du Monde pour évoquer un colloque qui s'est tenu à Alger autour de la mémoire du philosophe (d'origine juive algérienne). En écoutant, en différé grâce à Internet, une des dernières émissions qui respecte (à peu près) l'art de la conversation, soit le droit élémentaire à ne pas être coupé toutes les minutes par un contradicteur irrespectueux, je n'ai pu m'empêcher de ressentir un sentiment de malaise.
Comment l'incivilité a-t-elle gangrené à ce point le principe de l'entretien? La télévision a interdit sur ses multiples canaux le débat. Les arguments les plus efficaces consistent à couper ou à couvrir la voix de celui avec qui l'on se sent en désaccord. Cette technique participe certes de la rhétorique bien connue de la mauvaise foi. Je crois aussi qu'elle signale l'avènement du totalitarisme moderne, qui consiste à s'accommoder de la démocratie en ne prêtant aucune attention au contenu. Dès lors que la forme a pris le pas, l'audience sera assurée par les moyens au service du spectaculaire. L'engueulade remet au goût du jour la prééminence de la force sur la raison. Il suffit de crier pour exister. Imagine-t-on Bergson sur un plateau face à BHL? Qui aurait le dernier mot, du génie ou du bellâtre ?
Pourtant, les animateurs pourraient aisément s'ils le souhaitaient imposer les règles élémentaires de l'échange réussi, fût-il polémique. S'ils s'évertuent à encourager la cacophonie et le scandale, c'est que leur but n'est pas le débat démocratique, aussi tumultueux soit-il, mais la foire d'empoigne aux relents totalitaires.
Raison pour laquelle les questions les plus creuses et les plus ridicules fleurissent en lieu et place des controverses en droit d'intéresser le citoyen. Rien n'est moins surprenant que ce scandale complaisamment entretenu. Dans le système démagogique (soit la forme dégénérée de la démocratie), le spectateur décide de la qualité des émissions. Une excellente émission sera supprimée si elle n'attire pas le taux d'audimat escompté. Il est temps de généraliser cette trouvaille de premier ordre en l'appliquant à l'école. Fidèle à l'esprit pédagogiste qui anime les pionniers infatigables de l'IUFM, laissons aux élèves de sixième le soin de déterminer leurs programmes. J'imagine déjà la couleur : cours de boulettes puantes en sciences physiques et de strip-poker en SVT. Suppression de l'orthographe et de la gémométrie. L'histoire devient une discpline indexée à la faculté d'imagination.
Encore suis-je clément et miséricordieux. A quand l'avènement d'une politique où le candidat suit les impulsions de ses concitoyens? J'oubliais que c'est malheureusement déjà le cas. Royal n'a-t-elle pas eu le courage insondable de préciser que, sur la question de l'adhésion de la Turquie à l'Union, elle était d'accord avec l'opinion des Français?
Nancy et le journaliste du Monde aussi étaient d'accord sur les points qu'ils développaient, tant d'un point de vue théorique que pratique. Ils poussaient même la prévenance jusqu'à préciser à plusieurs reprises que Derrida aurait approuvé leurs propos. Nancy n'avait-il pas connu personnellement le grand homme? Comme ils ne se coupaient jamais, l'auditeur eut tout le loisir de constater que l'émission de Finkielkraut roulait cette fois sur la plus grave queston dont avait à débattre la philosophie moderne : le conseiller culturel de Bouteflika s'était-il servi de la mémoire de Derrida pour appuyer de vilains motifs anti-occidentaux? Pour donner un peu de corps à cette interrogation lancinante, dont on mesure d'ores et déjà la postérité promise, Nancy contraignit le journaliste à quitter son ton événementiel. Il était temps d'accéder aux hautes sphères de la réflexion philosophique!
Effectivement, nous n'allions pas être déçus! Je me rappelle d'une conférence de Jean-Luc à Nancy. Beaucoup des lecteurs venus en pélerinage repartient déçus. Ton monocorde, propos amphigouriques, références systématiques à Heidegger et Leo Strauss : nous n'avions rien appris - encore moins compris. Cette fois, pourtant, la seule écoute de la voix suffit à m'indiquer que le philosophe aurait pu figurer dans le Bourgeois gentilhomme. Grâce à lui, tout se déconstruisait! La moindre queston de Finkielkraut ne pouvait être abordée qu'après cinq minutes de remarques préalables sur la validité de la virgule inaugurale, entrecoupées il va sans dire de références obligées à Heidegger.
Nancy était très attentif à rendre compte de la déférence avec laquelle le pouvoir algérien avait tenu compte du colloque. Lui-même avait été bien traité. Il avait pris la parole en premier, on lui avait demande de revenir pour un motif capital (rappeler aux masses l'importance de la lecture; avec Strauss et Heidegger au programme, l'apprentissage risque d'engendrer une nouvelle guerre civile!), le pouvoir algérien était peut-être un peu anti-occidental, mais aussi très démocratique, malgré le fait que les élections de 90 avaient été truquées, quoiqu'une conférence sur la démocratie dans le Tiers-monde ait vu le jour...
A mon grand regret, je me rappelai qu'une vaisselle m'attendait sans tarder. A mon retour, Finkielkraut s'énervait tout seul. Avait-il cédé aux sirènes de l'audimat? Que nenni! France-Culture a encore le luxe de ne pas fonctionner sur ce mode aléatoire et ultralibéral. Finkielkraut enfourchait son cheval de bataille, la défense des valeurs traditionnelles de l'Occident. Il est vrai que Finkielkraut est un grand orateur, pas un penseur.
Dans un de ses derniers ouvrages, Voyous, Derrida (écrivain prolixe devant l'Eternel, sans doute pour concurrencer la réputation de Philon d'Alexandrie) n'avait pas hésité à se réclamer de Noam Chomsky pour offrir au monde ébloui sa théorie sur les attentats et le terrorisme (en gros, Derrida reprenait les analyses de l'extrême-gauche des années soixante-dix). Finkielkraut manifesta un brin d'agacement. Le propos n'était-il pas un brin simpliste et désuet?
Je n'eus pas le temps d'approfondir. Mû par un réflexe inexplicable, qui explique que je n'appartienne pas à la caste supérieure des deconstructionnistes, je reçus l'ordre intime et impérieux d'astiquer toutes affaires cessantes les toilettes situées au rez-de-chaussée de mon somptueux duplex! Je m'interrogeai, perplexe. Selon les lois régissant mon inconscient et ma survie, les cuvettes méritaient-elles plus d'attention que les considérations de Nancy? Je refusai de creuser le dilemme. Il n'est jamais bon de forcer sa nature. D'ailleurs, mon démon me souffla une confidence annexe, dont je m'empresse de livrer la primeur pour qu'on ne m'accuse pas de cachotteries mesquines. Bizarrement, les deconstructionnistes ont en commun avec les philosophes analytiques de perdre des heures (ou des centaines de pages) pour démontrer l'évidence. Exemple : si je suis à Nancy, je ne saurais être à Paris. Si j'ai faim, j'aurai envie de manger.
Nancy, lui, ce grand mondain méconnu, n'eut pas besoin de commencer à entreprendre les prémisses de la déconstruction précautionneuse et heidegerrienne du pouvoir pour administrer la leçon inaugurale qu'il courait après les honneurs et les marques de distinction. Il délivra même sans s'en apercevoir un théorème politologique. Un ministre qui apprécie la lecture des ouvrages de Derrida et des siens ne saurait être un sinistre ministre. Je demanderai à Finkielkraut s'il nourrissait ce samedi le projet de lancer un programme de prévention du narcissisme nombriliste à l'intention de ses auditeurs ou s'il cherchait à mettre en évidence les relations de pouvoir chez les pontes philosophes. La deuxième hypothèse signalerait des manoeuvres retorses. Car Nancy prend au sérieux l'incroyable complexité de son chichi de précieux. Il n'est pas correct d'organiser à l'insu de ses invités des émissions de con. Surtout quand la préciosité est la marque de fabrique et le symptome du cobaye. En l'occurrence, ceux d'un ponte de l'Université qui se croit philosophe et qui, pour (se) le prouver, recourt au langage abscons et à l'érudition assommante.
Comment l'incivilité a-t-elle gangrené à ce point le principe de l'entretien? La télévision a interdit sur ses multiples canaux le débat. Les arguments les plus efficaces consistent à couper ou à couvrir la voix de celui avec qui l'on se sent en désaccord. Cette technique participe certes de la rhétorique bien connue de la mauvaise foi. Je crois aussi qu'elle signale l'avènement du totalitarisme moderne, qui consiste à s'accommoder de la démocratie en ne prêtant aucune attention au contenu. Dès lors que la forme a pris le pas, l'audience sera assurée par les moyens au service du spectaculaire. L'engueulade remet au goût du jour la prééminence de la force sur la raison. Il suffit de crier pour exister. Imagine-t-on Bergson sur un plateau face à BHL? Qui aurait le dernier mot, du génie ou du bellâtre ?
Pourtant, les animateurs pourraient aisément s'ils le souhaitaient imposer les règles élémentaires de l'échange réussi, fût-il polémique. S'ils s'évertuent à encourager la cacophonie et le scandale, c'est que leur but n'est pas le débat démocratique, aussi tumultueux soit-il, mais la foire d'empoigne aux relents totalitaires.
Raison pour laquelle les questions les plus creuses et les plus ridicules fleurissent en lieu et place des controverses en droit d'intéresser le citoyen. Rien n'est moins surprenant que ce scandale complaisamment entretenu. Dans le système démagogique (soit la forme dégénérée de la démocratie), le spectateur décide de la qualité des émissions. Une excellente émission sera supprimée si elle n'attire pas le taux d'audimat escompté. Il est temps de généraliser cette trouvaille de premier ordre en l'appliquant à l'école. Fidèle à l'esprit pédagogiste qui anime les pionniers infatigables de l'IUFM, laissons aux élèves de sixième le soin de déterminer leurs programmes. J'imagine déjà la couleur : cours de boulettes puantes en sciences physiques et de strip-poker en SVT. Suppression de l'orthographe et de la gémométrie. L'histoire devient une discpline indexée à la faculté d'imagination.
Encore suis-je clément et miséricordieux. A quand l'avènement d'une politique où le candidat suit les impulsions de ses concitoyens? J'oubliais que c'est malheureusement déjà le cas. Royal n'a-t-elle pas eu le courage insondable de préciser que, sur la question de l'adhésion de la Turquie à l'Union, elle était d'accord avec l'opinion des Français?
Nancy et le journaliste du Monde aussi étaient d'accord sur les points qu'ils développaient, tant d'un point de vue théorique que pratique. Ils poussaient même la prévenance jusqu'à préciser à plusieurs reprises que Derrida aurait approuvé leurs propos. Nancy n'avait-il pas connu personnellement le grand homme? Comme ils ne se coupaient jamais, l'auditeur eut tout le loisir de constater que l'émission de Finkielkraut roulait cette fois sur la plus grave queston dont avait à débattre la philosophie moderne : le conseiller culturel de Bouteflika s'était-il servi de la mémoire de Derrida pour appuyer de vilains motifs anti-occidentaux? Pour donner un peu de corps à cette interrogation lancinante, dont on mesure d'ores et déjà la postérité promise, Nancy contraignit le journaliste à quitter son ton événementiel. Il était temps d'accéder aux hautes sphères de la réflexion philosophique!
Effectivement, nous n'allions pas être déçus! Je me rappelle d'une conférence de Jean-Luc à Nancy. Beaucoup des lecteurs venus en pélerinage repartient déçus. Ton monocorde, propos amphigouriques, références systématiques à Heidegger et Leo Strauss : nous n'avions rien appris - encore moins compris. Cette fois, pourtant, la seule écoute de la voix suffit à m'indiquer que le philosophe aurait pu figurer dans le Bourgeois gentilhomme. Grâce à lui, tout se déconstruisait! La moindre queston de Finkielkraut ne pouvait être abordée qu'après cinq minutes de remarques préalables sur la validité de la virgule inaugurale, entrecoupées il va sans dire de références obligées à Heidegger.
Nancy était très attentif à rendre compte de la déférence avec laquelle le pouvoir algérien avait tenu compte du colloque. Lui-même avait été bien traité. Il avait pris la parole en premier, on lui avait demande de revenir pour un motif capital (rappeler aux masses l'importance de la lecture; avec Strauss et Heidegger au programme, l'apprentissage risque d'engendrer une nouvelle guerre civile!), le pouvoir algérien était peut-être un peu anti-occidental, mais aussi très démocratique, malgré le fait que les élections de 90 avaient été truquées, quoiqu'une conférence sur la démocratie dans le Tiers-monde ait vu le jour...
A mon grand regret, je me rappelai qu'une vaisselle m'attendait sans tarder. A mon retour, Finkielkraut s'énervait tout seul. Avait-il cédé aux sirènes de l'audimat? Que nenni! France-Culture a encore le luxe de ne pas fonctionner sur ce mode aléatoire et ultralibéral. Finkielkraut enfourchait son cheval de bataille, la défense des valeurs traditionnelles de l'Occident. Il est vrai que Finkielkraut est un grand orateur, pas un penseur.
Dans un de ses derniers ouvrages, Voyous, Derrida (écrivain prolixe devant l'Eternel, sans doute pour concurrencer la réputation de Philon d'Alexandrie) n'avait pas hésité à se réclamer de Noam Chomsky pour offrir au monde ébloui sa théorie sur les attentats et le terrorisme (en gros, Derrida reprenait les analyses de l'extrême-gauche des années soixante-dix). Finkielkraut manifesta un brin d'agacement. Le propos n'était-il pas un brin simpliste et désuet?
Je n'eus pas le temps d'approfondir. Mû par un réflexe inexplicable, qui explique que je n'appartienne pas à la caste supérieure des deconstructionnistes, je reçus l'ordre intime et impérieux d'astiquer toutes affaires cessantes les toilettes situées au rez-de-chaussée de mon somptueux duplex! Je m'interrogeai, perplexe. Selon les lois régissant mon inconscient et ma survie, les cuvettes méritaient-elles plus d'attention que les considérations de Nancy? Je refusai de creuser le dilemme. Il n'est jamais bon de forcer sa nature. D'ailleurs, mon démon me souffla une confidence annexe, dont je m'empresse de livrer la primeur pour qu'on ne m'accuse pas de cachotteries mesquines. Bizarrement, les deconstructionnistes ont en commun avec les philosophes analytiques de perdre des heures (ou des centaines de pages) pour démontrer l'évidence. Exemple : si je suis à Nancy, je ne saurais être à Paris. Si j'ai faim, j'aurai envie de manger.
Nancy, lui, ce grand mondain méconnu, n'eut pas besoin de commencer à entreprendre les prémisses de la déconstruction précautionneuse et heidegerrienne du pouvoir pour administrer la leçon inaugurale qu'il courait après les honneurs et les marques de distinction. Il délivra même sans s'en apercevoir un théorème politologique. Un ministre qui apprécie la lecture des ouvrages de Derrida et des siens ne saurait être un sinistre ministre. Je demanderai à Finkielkraut s'il nourrissait ce samedi le projet de lancer un programme de prévention du narcissisme nombriliste à l'intention de ses auditeurs ou s'il cherchait à mettre en évidence les relations de pouvoir chez les pontes philosophes. La deuxième hypothèse signalerait des manoeuvres retorses. Car Nancy prend au sérieux l'incroyable complexité de son chichi de précieux. Il n'est pas correct d'organiser à l'insu de ses invités des émissions de con. Surtout quand la préciosité est la marque de fabrique et le symptome du cobaye. En l'occurrence, ceux d'un ponte de l'Université qui se croit philosophe et qui, pour (se) le prouver, recourt au langage abscons et à l'érudition assommante.
samedi, janvier 20, 2007
Le privilège de la vérité
J'écoute Ce soir ou jamais du 18 janvier. Robert Reddeker en est le triste invité-vedette. Les philosophes Meddeb et Pena-Ruiz, l'un musulman (très) tolérant et l'autre spécialiste de la laïcité, sont venus pour le défendre inconditionnellement. Ils ne sont pourtant pas d'accord avec le contenu de l'article paru dane le Figaro , qui a valu au professeur l'opprobre des milieux terroristes islamistes. A écouter le débat, l'évidence saute aux yeux : l'Islam est malade de l'islamisme. Cette constatation de bon sens participe d'un terrible constat, de portée générale, qu'édictait d'ailleurs le Coran dans sa distinction entre Grand et petit djihad et la prééminence accordée au premier : les pires ennemis se trouvent à l'intérieur (en l'occurrence, de la communauté). En attendant que l'Islam trouve le moyen de se débarraser de ses théologiens archaïques, il serait bon de se demander comment la violence peut être légitimée à ce point par un courant important de la troisième religion monothéiste (historiquement parlant).
Qu'est-ce que l'islamisme? C'est le cas particulier d'un fait universel : décréter que la Vérité, Une et Irréfragable, est descendue dans l'ordre du sensible. Identifier la Vérité à Dieu n'est nullement affaire suffisante. Il faut de surcroît considérer que la Vérité peut être atteinte par l'homme et s'installer dans le sensible.
Celui qui considère que la Vérité existe, mais que l'homme ne saurait en disposer, ruine d'avance toute possibilité de réalisation de la Vérité. Ainsi de Démocrite. Mais celui qui considère que la Vérité ne saurait faire l'objet d'une incarnation historique ne se montre guère plus amène à l'égard de cette appréciation du divin.
En effet, considérer que la Vérité est compatible avec l'ordre mouvant du devenir et de l'histoire relève d'une profonde aberration, que je n'hésiterai pas pour ma part à qualifier de paranoïaque. A supposer que l'idée de Vérité ait un sens au-delà de l'esprit humain, comment concevoir que cette Vérité puisse être fixée à un moment donné de la finitude et indépendamment du recours (nécessaire) à l'interprétation?
J'ajoute que considérer que la Vérité a appartenu à un moment donné et passé (en l'occurrence par l'entremise de la Révélation) relève du réflexe le plus réactionnaire. Tous les islamistes qui rêvent de ce retour à la Pureté de l'Age d'Or commettent un péché contre la pensée (et, ajouterais-je, contre la cohérence de leur foi). Car le fantasme d'une Vérité qu'il suffirait de suivre pour mener une vie vertueuse s'est toujours manifesté comme l'Arlésienne du désir quand les repères identitaires vacillaient dangereusement.
De même que c'est quand le moi est en crise que le moi identitaire fait parade forcenée d'existence, de même est-ce quand le sens s'estompe que le fanatisme surgit (les analyses de Rosset dans Loin de moi sont sur ce point lumineuses). Le fanatique ne supporte pas l'absence de certitudes à laquelle le réel nous astreint bon gré, mal gré. La trop fameuse citation de Nietzsche ("Le besoin d'une foi puissante n'est pas la preuve d'une foi puissante; quand on l'a, on peut se payer le luxe du scpeticisme") corrobore l'impression que le fanatique se réclame du rationnel pour fonder sa foi. Plus l'on a besoin de certitude et plus l'on ancre son besoin sur la rationalité et le sens. L'incertitude suppose la reconnaissance des limites de la raison et du sens.
Tout comme Salman Rushdie est un écrivain de deuxième zone à qui la fatwa de Khomeyni a procuré une publicité inespérée et imméritée, il est certain que Reddeker divague. Peu importe en la matière. Ce que lui reprochent fondamentalement ceux qui le menacent de mort n'est pas tant son agressivité de ton ou ses erreurs de jugement que le fait qu'il dit vague. Plus de clarté et de précision auraient sans doute permis au professeur d'embrasser leur parti. Celui de la vérité. Tel ne fut pas le cas. Dès lors, tout était dit. Il ne restait plus qu'à venger le parti de la vérité.
Autant dire à faire disparaître l'impétrant. Car il ne s'agit pas d'un crime pour l'esprit paranoïaque, mais d'un réflexe de survie : ne pouvant subsister avec le confort nécessaire que dans un monde garanti avec un certain coefficient de certitude, tout élément rappelant l'incertitude est automatiquement biffé de l'existence. Le fanatique s'arroge le droit tout-puissant de décider ce qui doit exister ou pas au nom de la Vérité. Entre sa propre existence et celle d'autrui, son choix ne se décide pas. Il coule de source.
Qu'est-ce que l'islamisme? C'est le cas particulier d'un fait universel : décréter que la Vérité, Une et Irréfragable, est descendue dans l'ordre du sensible. Identifier la Vérité à Dieu n'est nullement affaire suffisante. Il faut de surcroît considérer que la Vérité peut être atteinte par l'homme et s'installer dans le sensible.
Celui qui considère que la Vérité existe, mais que l'homme ne saurait en disposer, ruine d'avance toute possibilité de réalisation de la Vérité. Ainsi de Démocrite. Mais celui qui considère que la Vérité ne saurait faire l'objet d'une incarnation historique ne se montre guère plus amène à l'égard de cette appréciation du divin.
En effet, considérer que la Vérité est compatible avec l'ordre mouvant du devenir et de l'histoire relève d'une profonde aberration, que je n'hésiterai pas pour ma part à qualifier de paranoïaque. A supposer que l'idée de Vérité ait un sens au-delà de l'esprit humain, comment concevoir que cette Vérité puisse être fixée à un moment donné de la finitude et indépendamment du recours (nécessaire) à l'interprétation?
J'ajoute que considérer que la Vérité a appartenu à un moment donné et passé (en l'occurrence par l'entremise de la Révélation) relève du réflexe le plus réactionnaire. Tous les islamistes qui rêvent de ce retour à la Pureté de l'Age d'Or commettent un péché contre la pensée (et, ajouterais-je, contre la cohérence de leur foi). Car le fantasme d'une Vérité qu'il suffirait de suivre pour mener une vie vertueuse s'est toujours manifesté comme l'Arlésienne du désir quand les repères identitaires vacillaient dangereusement.
De même que c'est quand le moi est en crise que le moi identitaire fait parade forcenée d'existence, de même est-ce quand le sens s'estompe que le fanatisme surgit (les analyses de Rosset dans Loin de moi sont sur ce point lumineuses). Le fanatique ne supporte pas l'absence de certitudes à laquelle le réel nous astreint bon gré, mal gré. La trop fameuse citation de Nietzsche ("Le besoin d'une foi puissante n'est pas la preuve d'une foi puissante; quand on l'a, on peut se payer le luxe du scpeticisme") corrobore l'impression que le fanatique se réclame du rationnel pour fonder sa foi. Plus l'on a besoin de certitude et plus l'on ancre son besoin sur la rationalité et le sens. L'incertitude suppose la reconnaissance des limites de la raison et du sens.
Tout comme Salman Rushdie est un écrivain de deuxième zone à qui la fatwa de Khomeyni a procuré une publicité inespérée et imméritée, il est certain que Reddeker divague. Peu importe en la matière. Ce que lui reprochent fondamentalement ceux qui le menacent de mort n'est pas tant son agressivité de ton ou ses erreurs de jugement que le fait qu'il dit vague. Plus de clarté et de précision auraient sans doute permis au professeur d'embrasser leur parti. Celui de la vérité. Tel ne fut pas le cas. Dès lors, tout était dit. Il ne restait plus qu'à venger le parti de la vérité.
Autant dire à faire disparaître l'impétrant. Car il ne s'agit pas d'un crime pour l'esprit paranoïaque, mais d'un réflexe de survie : ne pouvant subsister avec le confort nécessaire que dans un monde garanti avec un certain coefficient de certitude, tout élément rappelant l'incertitude est automatiquement biffé de l'existence. Le fanatique s'arroge le droit tout-puissant de décider ce qui doit exister ou pas au nom de la Vérité. Entre sa propre existence et celle d'autrui, son choix ne se décide pas. Il coule de source.
L'impostHure
J'emprunte à Jacques Derrida le modèle indépassable de la différAnce et à son disciple Clément Rosset son concept d'écritHure pour forger mon concept d'impostHure. Il s'agira de montrer grâce au réductionnisme de l'épochè phénoménologique et aux travaux de Lacan sur les mathématiques et la névrose syphillitique que la société contemporaine traverse une grave crise d'identité due à la confusion entre l'Esprit et le sensible. Deleuze a eu raison de se réclamer du rhizome (dans lequel j'introduirais quant à moi la nuance idéelle de rHizome).
Grâce aux créations de concept de Deleuze et Derrida, Rosset a bien montré que l'écritHure ne rendait pas compte de l'impostHure, y compris dans la littératHure. Il était besoin de l'interventoin d'un autre disciple de Deleuze. René Girard a souligné l'importance de l'oeuvre de Deleuze et Guattari dans la reconnaissance de la schizophrénie contre les égarements de Freud, pour que le diagnostic tardif porte sur la (dé)confitHure.
A ce stade de découverte conceptuelle, la démocratie se trouve préservée en son socle par l'immersion fatidique de la pAnsée dans l'impEnsé du refoulé bataillien et mallarméen. Hölderlin lui-même a eu le courage de préciser que l'avènement de l'InvestitHure contre l'impostHure nécessitait la reconnaissance par le communisme du marxisme scientifique d'AltHusser et aussi de la philosophie révolutionnaire de Mesrine et Carlos.
Le fascisme rampant des universitHaires ne trouvera sa résolution que dans l'expressionisme littéraliste du pédagogisme avancé néo-post-trost-kyste. J'insiste quant à moi sur ce point crucial : il en va de l'avenir de l'humanité et de l'engagement de Foucault et Jean-Luc Nancy pour promouvoir l'humanisme et l'hellénisme selon Cornelius Castoriadis. A-t-on oublié que la French deconstruction, ainsi que l'a baptisée l'immense penseur péruvien Alberto Fujimori dans son célèbre discours d'investitHure à la Présidenec de son pays, consistait en l'immersion galactique de toutes les valeurs?
Je remercie l'assemblée chaleureuse et concentrée d'avoir participé à l'édification des fondements post-kantiens appelés à sauver le monde de la démesure wittgensteinienne!
Ce discours émouvant et décisif n'est pas seulement l'appel abyssal vers le nouvel ordre de la socété post-rousseauiste. Il a été prononcé lors de la conférence de la Concorde initiée par les philosophes Finkielkraut et Glucksmann pour l'obtention de bourses aux étudiants tchétchènes candidats au concours de l'ENA.
Grâce aux créations de concept de Deleuze et Derrida, Rosset a bien montré que l'écritHure ne rendait pas compte de l'impostHure, y compris dans la littératHure. Il était besoin de l'interventoin d'un autre disciple de Deleuze. René Girard a souligné l'importance de l'oeuvre de Deleuze et Guattari dans la reconnaissance de la schizophrénie contre les égarements de Freud, pour que le diagnostic tardif porte sur la (dé)confitHure.
A ce stade de découverte conceptuelle, la démocratie se trouve préservée en son socle par l'immersion fatidique de la pAnsée dans l'impEnsé du refoulé bataillien et mallarméen. Hölderlin lui-même a eu le courage de préciser que l'avènement de l'InvestitHure contre l'impostHure nécessitait la reconnaissance par le communisme du marxisme scientifique d'AltHusser et aussi de la philosophie révolutionnaire de Mesrine et Carlos.
Le fascisme rampant des universitHaires ne trouvera sa résolution que dans l'expressionisme littéraliste du pédagogisme avancé néo-post-trost-kyste. J'insiste quant à moi sur ce point crucial : il en va de l'avenir de l'humanité et de l'engagement de Foucault et Jean-Luc Nancy pour promouvoir l'humanisme et l'hellénisme selon Cornelius Castoriadis. A-t-on oublié que la French deconstruction, ainsi que l'a baptisée l'immense penseur péruvien Alberto Fujimori dans son célèbre discours d'investitHure à la Présidenec de son pays, consistait en l'immersion galactique de toutes les valeurs?
Je remercie l'assemblée chaleureuse et concentrée d'avoir participé à l'édification des fondements post-kantiens appelés à sauver le monde de la démesure wittgensteinienne!
Ce discours émouvant et décisif n'est pas seulement l'appel abyssal vers le nouvel ordre de la socété post-rousseauiste. Il a été prononcé lors de la conférence de la Concorde initiée par les philosophes Finkielkraut et Glucksmann pour l'obtention de bourses aux étudiants tchétchènes candidats au concours de l'ENA.
Infusion
Soirée poésie, hier, à la Médiathèque de Toul. L'éditeur Cheyne venait présenter ses auteurs, tous centrés sur la poésie moderne, française et étrangère. Cheyne est un éditeur confidentiel, qui reçoit mille manuscrits l'année pour n'en retenir que douze.
Une phrase m'a percuté, sortie d'un ouvrage dont j'ignore tout, de son titre à son auteur. En Japonais, plagiat se dit deuxième infusion.
Une phrase m'a percuté, sortie d'un ouvrage dont j'ignore tout, de son titre à son auteur. En Japonais, plagiat se dit deuxième infusion.
Eloge du silence
Quelle est la plus sûre manière de témoigner de son mépris? Par le silence et un sourire. Entende qui pourra !
Docteur David et Mister Lynch
David Lynch est le meilleur réalisateur contemporain que j'aie rencontré - sur les écrans. Non que les bons cinéastes manquent. J'ai récemment eu la chance d'assister à la projection du dernier Scorsese, un très bon tonneau ma foi, Les Infiltrés. Pourtant, quand je sors d'un film de Lynch, comme ce sera bientôt le cas en février avec Inland Empire, l'impression est radicalement différente. Scorsese traite de sujets intéressants avec un talent indiscutable, mais sa manière d'aborder les thèmes respire la convention. Scorsese est très bon - très attendu, aussi.
J'imagine que le premier producteur qui se trouva confronté aux premières oeuvres de Lynch comprit surtout que l'artiste autiste sortait des sentiers battus. David Lynch est unique. Déjà par ses thèmes, qui oscillent entre fantastique et mysticisme. Ensuite par sa manière de filmer, troublante à force de verser dans l'onirisme et l'obsessionnel. Lynch a sa manière de rendre la couleur, en l'occurrence le rouge, omniprésent, inquiétant et terriblement oppressant; ses gros plans flous recueilleraient l'indignation d'un jury académique.
C'est pourtant par ses flous que Lynch m'a marqué en premier. Tout est admirable chez ce plasticien reconverti à la pellicule, mais le flou représente chez lui la fine pointe du réel - sa texture intime et indicible. Lynch a compris que le réel était au-dessus des mots, de tous les mots. Raison pour laquelle il privilégie les histoires troubles, dans tous les sens du terme. La violence est si sourde qu'elle ne manque jamais d'alarmer le spectateur. Mais le trouble abonde aussi dans l'esthétique. Je ne compte plus les scènes où la voix subit une distorsion, où l'image se brouille et se floute. C'est d'ailleurs le message diffus, mais omniprésent, qui ressortit des films de Lynch. Le plus étonnant n'est pas encore que l'on y trouve des médiums paumés ou psychotiques, des psychopathes en relation harmonieuse avec le diable ou des schizophrènes souffrant d'hallucinations surnaturelles.
Le surnaturel n'est pas l'élement le plus étonnant chez Lynch. La Loge Rouge ou la Blanche, pour extraordinaires qu'elles soient, ne sont jamais que de l'ordinaire dans l'extraordinaire qui peuple les scénarios. Le réalisme n'est décidément pas le fort de Lynch! Peut-être Docteur David excelle-t-il davantage dans le genre, lui qui réussit à accoucher le grand maître d'Une histoire vraie.
Mais Mister Lynch est l'ordonnateur ultime de son imaginaire! C'est bien lui, et lui seul, qui est passé maître dans l'art de dévoiler l'envers du décor : ce qu'est le réel derrière son réalisme habituel et son apparence routinière. Le réel est-il aussi inquiétant que Lynch veut bien le montrer? L'angoisse à laquelle nous conduit Lynch n'est-elle qu'un effet de manche un peu cabot? Je ne sais, mais je n'ai jamais éprouvé autant le sentiment de la menace que face aux délires psychologiques du Mister. Bob engendre bien plus de terreur que tous les dentistes psychopathes du monde!
C'est que Lynch pose la question fondamentale à laquelle a à répondre la philosophie : le réel se réduit-il à nos humaines représentations ou déborde-t-il de toutes parts leurs limites et leurs faiblesses? Pour Lynch, la cause est entendue : le réel est ce grand inconnu mystérieux dont nos rêves et notre imagination nous fournissent un aperçu plus adéquat que nos sens.
Justement, Lynch mêle avec un génie provocant et cruel l'ontologie à la morale : en posant la question du Mal avec une telle acuité, il ne fait que prolonger ses terribles prémonitions : notre expérience du réel, dans laquelle nous tentons tant bien que mal d'instaurer le règne du Bien et de l'Ordre, ne serait-elle que la face immergée d'une réalité qui serait terriblement complexe et ambiguë?
Il est frappant de constater à quel point Lynch ne peut concevoir le surréel sans y adjoindre une touche maléfique et poignante. Le Mal ne s'élabore pas n'importe où : c'est dans l'anodin qu'il prospère. Blue Velvet, Mulholland Drive, Twin Peaks, autant de titres de films ou de séries qui tissent leurs terribles trames dans les endroits les plus paisibles : quartiers bourgeois, bourgs de forêt isolés et bucoliques, résidences luxueuses et discrètes...
Le danger se tapit au coeur de la tranquillité - le Bien dans les entrailles du Mal. En témoigne la série Twin Peaks où Laura Palmer est à la fois la vierge effarouchée et la putain dévergondée. Laura apparaît à la fois dans la Loge Rouge et la Blanche. Même l'enquêteur n'est pas un héros comme les autres. Avant d'apparaître comme le plus farfelu des médiums, il est l'incarnation contre-nature et amorale de Bob lors de la dernière scène (curieux de constater que la figure du démon, soit l'incarnation du sadisme à visage découvert, porte le diminutif le plus ordinaire de la vie américaine, Bob).
Inextricablement mêlées, la violence et la douceur cohabitent comme les deux mamelles auxquelles le monde s'abreuve pour perpétuer sa marche en avant indéfinie et aveugle. Lynch se contente de constater sans prendre parti. Je n'ai jamais vu le sens aussi mis à mal que dans un film de Lynch : pas un film qui ne soit compréhensible! Malgré tous les efforts de recollage ou de reconstruction a posteriori, il reste toujours un élément divergent ou une contradiction qui perdure. Impossible de fournir un sens cohérent à Mulholland Drive ou Lost Highway, moins du fait d'une erreur d'écriture que d'un effacement du sens au profit du réel. Le spectateur se retrouve dans la position habituelle de l'homme qui humanise le réel en lui adjoignant du sens après coup. Après coup toujours, car aux commencements, il n'y avait - rien.
J'imagine que le premier producteur qui se trouva confronté aux premières oeuvres de Lynch comprit surtout que l'artiste autiste sortait des sentiers battus. David Lynch est unique. Déjà par ses thèmes, qui oscillent entre fantastique et mysticisme. Ensuite par sa manière de filmer, troublante à force de verser dans l'onirisme et l'obsessionnel. Lynch a sa manière de rendre la couleur, en l'occurrence le rouge, omniprésent, inquiétant et terriblement oppressant; ses gros plans flous recueilleraient l'indignation d'un jury académique.
C'est pourtant par ses flous que Lynch m'a marqué en premier. Tout est admirable chez ce plasticien reconverti à la pellicule, mais le flou représente chez lui la fine pointe du réel - sa texture intime et indicible. Lynch a compris que le réel était au-dessus des mots, de tous les mots. Raison pour laquelle il privilégie les histoires troubles, dans tous les sens du terme. La violence est si sourde qu'elle ne manque jamais d'alarmer le spectateur. Mais le trouble abonde aussi dans l'esthétique. Je ne compte plus les scènes où la voix subit une distorsion, où l'image se brouille et se floute. C'est d'ailleurs le message diffus, mais omniprésent, qui ressortit des films de Lynch. Le plus étonnant n'est pas encore que l'on y trouve des médiums paumés ou psychotiques, des psychopathes en relation harmonieuse avec le diable ou des schizophrènes souffrant d'hallucinations surnaturelles.
Le surnaturel n'est pas l'élement le plus étonnant chez Lynch. La Loge Rouge ou la Blanche, pour extraordinaires qu'elles soient, ne sont jamais que de l'ordinaire dans l'extraordinaire qui peuple les scénarios. Le réalisme n'est décidément pas le fort de Lynch! Peut-être Docteur David excelle-t-il davantage dans le genre, lui qui réussit à accoucher le grand maître d'Une histoire vraie.
Mais Mister Lynch est l'ordonnateur ultime de son imaginaire! C'est bien lui, et lui seul, qui est passé maître dans l'art de dévoiler l'envers du décor : ce qu'est le réel derrière son réalisme habituel et son apparence routinière. Le réel est-il aussi inquiétant que Lynch veut bien le montrer? L'angoisse à laquelle nous conduit Lynch n'est-elle qu'un effet de manche un peu cabot? Je ne sais, mais je n'ai jamais éprouvé autant le sentiment de la menace que face aux délires psychologiques du Mister. Bob engendre bien plus de terreur que tous les dentistes psychopathes du monde!
C'est que Lynch pose la question fondamentale à laquelle a à répondre la philosophie : le réel se réduit-il à nos humaines représentations ou déborde-t-il de toutes parts leurs limites et leurs faiblesses? Pour Lynch, la cause est entendue : le réel est ce grand inconnu mystérieux dont nos rêves et notre imagination nous fournissent un aperçu plus adéquat que nos sens.
Justement, Lynch mêle avec un génie provocant et cruel l'ontologie à la morale : en posant la question du Mal avec une telle acuité, il ne fait que prolonger ses terribles prémonitions : notre expérience du réel, dans laquelle nous tentons tant bien que mal d'instaurer le règne du Bien et de l'Ordre, ne serait-elle que la face immergée d'une réalité qui serait terriblement complexe et ambiguë?
Il est frappant de constater à quel point Lynch ne peut concevoir le surréel sans y adjoindre une touche maléfique et poignante. Le Mal ne s'élabore pas n'importe où : c'est dans l'anodin qu'il prospère. Blue Velvet, Mulholland Drive, Twin Peaks, autant de titres de films ou de séries qui tissent leurs terribles trames dans les endroits les plus paisibles : quartiers bourgeois, bourgs de forêt isolés et bucoliques, résidences luxueuses et discrètes...
Le danger se tapit au coeur de la tranquillité - le Bien dans les entrailles du Mal. En témoigne la série Twin Peaks où Laura Palmer est à la fois la vierge effarouchée et la putain dévergondée. Laura apparaît à la fois dans la Loge Rouge et la Blanche. Même l'enquêteur n'est pas un héros comme les autres. Avant d'apparaître comme le plus farfelu des médiums, il est l'incarnation contre-nature et amorale de Bob lors de la dernière scène (curieux de constater que la figure du démon, soit l'incarnation du sadisme à visage découvert, porte le diminutif le plus ordinaire de la vie américaine, Bob).
Inextricablement mêlées, la violence et la douceur cohabitent comme les deux mamelles auxquelles le monde s'abreuve pour perpétuer sa marche en avant indéfinie et aveugle. Lynch se contente de constater sans prendre parti. Je n'ai jamais vu le sens aussi mis à mal que dans un film de Lynch : pas un film qui ne soit compréhensible! Malgré tous les efforts de recollage ou de reconstruction a posteriori, il reste toujours un élément divergent ou une contradiction qui perdure. Impossible de fournir un sens cohérent à Mulholland Drive ou Lost Highway, moins du fait d'une erreur d'écriture que d'un effacement du sens au profit du réel. Le spectateur se retrouve dans la position habituelle de l'homme qui humanise le réel en lui adjoignant du sens après coup. Après coup toujours, car aux commencements, il n'y avait - rien.
vendredi, janvier 19, 2007
Le socialisme à visage féminin
Je vais finir par me demander si le socialisme n'est pas une machine politique inventée pour contenter les hommes dans leur besoin d'être dupés. Après quatorze ans de Miterrandie pour qu'enfin advienne le règne d'une France plus juste, voici Ségolène la hautaine, son héritière politicienne. Miterrand s'était fait élire sur un programme dangereux et utopique censé éliminer les inégalités, dont le chômage, et améliorer la fraternité. Pendant deux ans, il mena sa politique archaïque et folle, jusqu'à ce qu'on le ramène de force à la réalité. Rocard l'avait prévenu. En vain.
Ségolène est la candidate socialiste pour 2006. Elle a remporté l'investiture haut la main en écrasant Fabius l'hypocrite, celui qui voulait renouveler le coup de Miterrand et passer par la gauche, et DSK, le social-libéral mou. J'ignore si elle gagnera, mais jamais le PS n'a figuré en si bonne position.
La France a connu deux premiers ministres socialistes de valeur. Le premier, Michel Rocard, était l'ennemi intime de Mitterrand, ce qui est toujours bon signe. Le second, Jospin, connut l'infamie d'un deuxième tour Chirac/Le Pen en 2002. Ce n'est pas que ces deux politiques étaient irréprochables. Mais enfin, ils étaient honnêtes. Miterrand a montré qu'en démocratie, les promesses comptaient plus que les résultats. Après la nomination de Fabius comme plus jeune Premier ministre de la France, l'Hexagone revint dans les règles du marché et les socialistes se chargèrent d'appliquer le libéralisme sans prononcer son nom.
Hypocrisie, hypocrisie! Miterrand aimait les premières : avant de lancer le Premier ministre suicidé de France, il tint aussi à montrer son féminisme éclairé. Ce grand macho ne trouva rien de mieux que d'appeler Edith Cresson comme prétendante. Malgré le pitoyable résultat, l'échec retentissant de Jospin aurait-il rappelé aux socialistes qu'ils n'existent dans le coeur des gens qu'en vendant du rêve? En tout cas, ils ne gagnent les élections que sur la contestation et les promesses de changement. Et, à chaque fois, ils se targuent d'incarner le Progrès pour l'asseoir sur le socle de l'illusion.
Cette fois, le programme socialiste n'est pas la résurgence d'obscures recettes collectivistes dont plus personne ne songerait à contester la nocivité - à part la gauche antilibérale, mais on peut mesurer de son sérieux en rappelant que Michel Onfray en est l'un des porte-paroles éclairés! Le programme du PS est un libéralisme de gauche, que Rocard et DSK baptisent à leur guise social-démocratie.
Le changement considérable et retentissant que le socialisme se targue d'apporter à la France, c'est son candidat, Ségolène Royal. Ou plutôt : sa candidate. Nous l'avons compris : ce qui va changer la France, c'est le fait que Royal soit une femme. Le point fort et la botte secrète du PS tiennent tout entier dans ce sourire arboré dès qu'une caméra s'allume et ces néologismes délicieux qui personnifient au coeur de la langue la révolution en marche.
Peu importe que Royal n'ait pas l'expérience de la haute politique, qu'elle accumule les bourdes diplomatiques, qu'elle se montre cassante et autoritaire dès qu'elle découvre son vrai visage ou qu'elle énonce des balivernes scandaleuses quand elle se pique de changer l'Education Nationale. L'important n'est pas là. Les médias nous relaient le grand matraquage d'automne, d'hiver et de printemps : Royal est une Femme! La première candidate à l'investiture suprême! Le monde va changer avec cette donne exceptionnelle!
On souhaite bien du courage aux conseillers de l'ombre qui seront chargés de piloter le navire français en cas de victoire de la Femme Suprême. Miterrand était un arriviste prêt à tous les mensonges pour accéder au Pouvoir. Royal est la dévalorisation par excellence de la politique. Soit : non pas l'avènement de femmes compétentes dans les plus hautes sphères de l'Etat, mais celui de la people politique. Royal est un désaveu cinglant pour tous les féministes (car il peut y avoir aussi des hommes) qui réclament que les femmes soient évaluées sur leurs mérites. En l'occurrence, le mérite de Royal, c'est d'être belle. Existe-t-il plus cruel rappel de l'adage : "Sois belle et tais-toi"? Les machos politiques triomphent : ils ont réussi à imposer la femme fatale en lieu et place de l'intelligence!
Royal ne serait-elle qu'un homme-sandwich véhiculant au gré de ses pérégrinations minutieusement calibrées l'image du socialisme à la française? On est en tout cas loin du QI de Hilary, dont on notera tout de même que le système médiatique l'a contrainte à de la chirurgie esthétique et un relooking pointilleux... Qu'adviendra-t-il de la politique si Royal est élue? Version optimiste : elle sera un brillant pion dans un échiquier international qui nous dépasse de plus en plus. Version pessimiste : elle contribuera, peut-être de manière décisive, à discréditer un peu plus la politique dans le coeur des Français.
Ségolène est la candidate socialiste pour 2006. Elle a remporté l'investiture haut la main en écrasant Fabius l'hypocrite, celui qui voulait renouveler le coup de Miterrand et passer par la gauche, et DSK, le social-libéral mou. J'ignore si elle gagnera, mais jamais le PS n'a figuré en si bonne position.
La France a connu deux premiers ministres socialistes de valeur. Le premier, Michel Rocard, était l'ennemi intime de Mitterrand, ce qui est toujours bon signe. Le second, Jospin, connut l'infamie d'un deuxième tour Chirac/Le Pen en 2002. Ce n'est pas que ces deux politiques étaient irréprochables. Mais enfin, ils étaient honnêtes. Miterrand a montré qu'en démocratie, les promesses comptaient plus que les résultats. Après la nomination de Fabius comme plus jeune Premier ministre de la France, l'Hexagone revint dans les règles du marché et les socialistes se chargèrent d'appliquer le libéralisme sans prononcer son nom.
Hypocrisie, hypocrisie! Miterrand aimait les premières : avant de lancer le Premier ministre suicidé de France, il tint aussi à montrer son féminisme éclairé. Ce grand macho ne trouva rien de mieux que d'appeler Edith Cresson comme prétendante. Malgré le pitoyable résultat, l'échec retentissant de Jospin aurait-il rappelé aux socialistes qu'ils n'existent dans le coeur des gens qu'en vendant du rêve? En tout cas, ils ne gagnent les élections que sur la contestation et les promesses de changement. Et, à chaque fois, ils se targuent d'incarner le Progrès pour l'asseoir sur le socle de l'illusion.
Cette fois, le programme socialiste n'est pas la résurgence d'obscures recettes collectivistes dont plus personne ne songerait à contester la nocivité - à part la gauche antilibérale, mais on peut mesurer de son sérieux en rappelant que Michel Onfray en est l'un des porte-paroles éclairés! Le programme du PS est un libéralisme de gauche, que Rocard et DSK baptisent à leur guise social-démocratie.
Le changement considérable et retentissant que le socialisme se targue d'apporter à la France, c'est son candidat, Ségolène Royal. Ou plutôt : sa candidate. Nous l'avons compris : ce qui va changer la France, c'est le fait que Royal soit une femme. Le point fort et la botte secrète du PS tiennent tout entier dans ce sourire arboré dès qu'une caméra s'allume et ces néologismes délicieux qui personnifient au coeur de la langue la révolution en marche.
Peu importe que Royal n'ait pas l'expérience de la haute politique, qu'elle accumule les bourdes diplomatiques, qu'elle se montre cassante et autoritaire dès qu'elle découvre son vrai visage ou qu'elle énonce des balivernes scandaleuses quand elle se pique de changer l'Education Nationale. L'important n'est pas là. Les médias nous relaient le grand matraquage d'automne, d'hiver et de printemps : Royal est une Femme! La première candidate à l'investiture suprême! Le monde va changer avec cette donne exceptionnelle!
On souhaite bien du courage aux conseillers de l'ombre qui seront chargés de piloter le navire français en cas de victoire de la Femme Suprême. Miterrand était un arriviste prêt à tous les mensonges pour accéder au Pouvoir. Royal est la dévalorisation par excellence de la politique. Soit : non pas l'avènement de femmes compétentes dans les plus hautes sphères de l'Etat, mais celui de la people politique. Royal est un désaveu cinglant pour tous les féministes (car il peut y avoir aussi des hommes) qui réclament que les femmes soient évaluées sur leurs mérites. En l'occurrence, le mérite de Royal, c'est d'être belle. Existe-t-il plus cruel rappel de l'adage : "Sois belle et tais-toi"? Les machos politiques triomphent : ils ont réussi à imposer la femme fatale en lieu et place de l'intelligence!
Royal ne serait-elle qu'un homme-sandwich véhiculant au gré de ses pérégrinations minutieusement calibrées l'image du socialisme à la française? On est en tout cas loin du QI de Hilary, dont on notera tout de même que le système médiatique l'a contrainte à de la chirurgie esthétique et un relooking pointilleux... Qu'adviendra-t-il de la politique si Royal est élue? Version optimiste : elle sera un brillant pion dans un échiquier international qui nous dépasse de plus en plus. Version pessimiste : elle contribuera, peut-être de manière décisive, à discréditer un peu plus la politique dans le coeur des Français.
mercredi, janvier 17, 2007
Oussama Panther
Sur Arte passait Guerre du Pacifique, le blues de GI'S noirs. Un documentaire accablant sur le racisme qui sévit dans les armées américaines et qui conduisit à de nombreuses exécutions aussi martiales qu'injustes.
Pas étonnant dans ces conditions que, trente ans plus tard, les Noirs-Américains appartiennent toujours aux classes les plus défavorisées des ghettos! Moi, je m'étonne de la classe qu'ils conservent après tant d'injustices. Quatre cents ans d'esclavage, de colonisation, une décolonisation qui amorça le tournant du néocolonialisme économique, et toujours pas d'attentats ni de terrorisme! Sans doute l'Occident attend-il l'émergence de quelques Fronts révolutionnaires allumés comme la Somalie en montre l'exemple attristant et insolite pour prendre conscience que la misère génère le désespoir - et le désespoir, le terrorisme.
Face à ce problème, je me dis qu'il y a deux hypothèses contradictoires : soit les Noirs sont des abrutis flirtant avec le singe - et les Blancs n'ont pas si tort de les exploiter ; soit les Noirs possèdent une sagesse et une dignité supérieures qui leur permet de survivre aux persécutions, aux crimes contre l'humanité et aux massacres.
J'ai bien peur pour les Blancs si sûrs de leur supériorité que la deuxième hypothèse ne soit pas qu'une hypothèse. Il faut que les cultures africaines soient au-dessus de la destruction pour perpétuer leur vitalité après les drames qu'elles ont traversées et qui n'ont pas manqué, dans d'autres contextes, d'engendrer la disparition des Indiens d'Amérique et d'autres cultures.
Qu'on se le tienne pour dit, l'Africain ploie, mais il ne rompt pas. Souple comme le léopard, gracile comme l'antilope, rapide comme le léopard, fier comme le lion... J'arrête ma litanie stéréotypée sans quoi je participerais aux préjugés que je prétends dénoncer. Quelque chose m'a toujours soufflé que l'avenir de l'homme se trouvait du côté des victimes de l'histoire. Les victimes ne sont pas des vaincus, mais des vainqueurs. Il faut toujours protéger les forts contre les faibles, a averti Nietzsche. Les victimes subissent le harcèlement des ratés.
Non que les Noirs soient des anges, mais leurs cultures possèdent les ressources pour faire face aux défis de l'humanité de demain. L'Ancien Monde, le nôtre, auquel l'Amérique appartient, ne nous y leurrons pas, aboutit à une impasse. Le nihilisme que dénonçait Nietzsche s'est imposé. Appelons-le ultralibéralisme. Il se fonde sur un postulat simple et monstrueux, dont l'efficacité découle précisément de son simplisme. Le monde est fini et sécable. Donc il peut s'acheter. On achète du sexe comme on achète des nougats ou un service bancaire. Le reste n'est que préjugés.
On a vu le résultat! Raison pour laquelle les cultures africaines m'inspirent l'espoir de demain. Qui vénère la nature sans la mythifier à la Rousseau? Qui possède dans le polythéisme une approche du réel moins sectaire que celle du monothéisme? Si les Noirs d'Afrique et du monde ont supporté l'Occident, c'est qu'ils possèdent l'antidote au nihilisme! Au champ d'honneur, ce sont toujours les mieux placés! Les Africains ruissellent d'une spiritualité qui leur permet de tout affronter. Pour eux, les problèmes n'existent pas en ce que la vie n'est pas un problème. La vie n'est jamais un problème. La vie est un don dans toutes ses manifestations. La vie transcende le futur. Elle s'est arrêtée au présent.
C'est à cause de cet élan supérieur que l'Africain s'est trouvé tant méprisé. Comment voulez-vous que l'homme de la vie devienne l'homme du marché? Ce n'est pas un Africain qui comprendrait notre désespoir, notre penchant affecté pour l'absurde (alors que nous savons pertinemment dans notre for intérieur que les valeurs de l'ultralibéralisme et du consumérisme sont réductrices et mesquines). Combien y a-t-il de suicides chez les Noirs ? De dépressions? Abandonne-t-on les vieux et les malades au premier prétexte venu?
Les coutumes noires distinguent le monde avec la poésie du sacré. Nos sens ne nous renvoient du réel que la partie immergée de l'iceberg. Pour eux, tout ce que nous ne voyons pas importe plus que les aléas de la vie. Dans ces conditions, que pèsent la folie et la violence humaines? Les Africains n'ont pas perçu en premier l'injustice qu'ils subissaient. C'est pourquoi ils sont encore parmi nous.
Rien ne peut les renverser. Pas même la mort. A cette école de la vie, le désespoir n'existe pas. On ne broie pas du noir. On rit! Que j'admire ces victimes qui savent dans leurs tréfonds que leur statut ne découle pas de leur faiblesse, mais de leur excédent de force vitale. Les Occidentaux possédaient la supériorité technologique, c'est entendu. Les Noirs ne possèdent certainement pas la supériorité morale (ce serait préjugé), mais la supériorité vitale. Ces victimes sont les vainqueurs de demain.
Pas étonnant que des mouvements sectaires comme les Black Panthers soient des contresens pour la culture africaine. On s'engage dans la vie avant de se lancer en politique. Le Noir et la politique font deux : raison du colonialisme prolongé dont il fait son miel plus qu'il n'en pâtit vraiment. Le Noir est au-dessus de ce que l'Occidental pose comme fins : le prochain siècle nous l'apprendra.
Peut-être qu'un jour, quand les Noirs se seront occidentalisés, monothéisés et acculturés, le risque de voir surgir des Oussama Panthers se présentera. A force de tirer sur la corde... Je n'y crois absolument pas parce qu'il faut être persuadé de sa vérité pour attenter au réel. C'est la preuve que les monothéismes n'ont plus la carrure pour prendre en charge les apories humaines. Les monothéismes vont devenir singuliers. Un jour, on citera Allah, Jehovah ou Dieu le Père dans le Panthéon de nos immortelles divinités, en bonne place après Zeus.
Je suis fermement convaincu que le divin subit une profonde métamorphose. Tournez-vous vers l'Afrique et contemplez l'avènement des nouvelles religions, hommes sages qui croyez dans la vie et le réel (soit les sectatuers de la vraie religion)! La guérison de notre nihilime n'est pas à quémander ailleurs!
Pas étonnant dans ces conditions que, trente ans plus tard, les Noirs-Américains appartiennent toujours aux classes les plus défavorisées des ghettos! Moi, je m'étonne de la classe qu'ils conservent après tant d'injustices. Quatre cents ans d'esclavage, de colonisation, une décolonisation qui amorça le tournant du néocolonialisme économique, et toujours pas d'attentats ni de terrorisme! Sans doute l'Occident attend-il l'émergence de quelques Fronts révolutionnaires allumés comme la Somalie en montre l'exemple attristant et insolite pour prendre conscience que la misère génère le désespoir - et le désespoir, le terrorisme.
Face à ce problème, je me dis qu'il y a deux hypothèses contradictoires : soit les Noirs sont des abrutis flirtant avec le singe - et les Blancs n'ont pas si tort de les exploiter ; soit les Noirs possèdent une sagesse et une dignité supérieures qui leur permet de survivre aux persécutions, aux crimes contre l'humanité et aux massacres.
J'ai bien peur pour les Blancs si sûrs de leur supériorité que la deuxième hypothèse ne soit pas qu'une hypothèse. Il faut que les cultures africaines soient au-dessus de la destruction pour perpétuer leur vitalité après les drames qu'elles ont traversées et qui n'ont pas manqué, dans d'autres contextes, d'engendrer la disparition des Indiens d'Amérique et d'autres cultures.
Qu'on se le tienne pour dit, l'Africain ploie, mais il ne rompt pas. Souple comme le léopard, gracile comme l'antilope, rapide comme le léopard, fier comme le lion... J'arrête ma litanie stéréotypée sans quoi je participerais aux préjugés que je prétends dénoncer. Quelque chose m'a toujours soufflé que l'avenir de l'homme se trouvait du côté des victimes de l'histoire. Les victimes ne sont pas des vaincus, mais des vainqueurs. Il faut toujours protéger les forts contre les faibles, a averti Nietzsche. Les victimes subissent le harcèlement des ratés.
Non que les Noirs soient des anges, mais leurs cultures possèdent les ressources pour faire face aux défis de l'humanité de demain. L'Ancien Monde, le nôtre, auquel l'Amérique appartient, ne nous y leurrons pas, aboutit à une impasse. Le nihilisme que dénonçait Nietzsche s'est imposé. Appelons-le ultralibéralisme. Il se fonde sur un postulat simple et monstrueux, dont l'efficacité découle précisément de son simplisme. Le monde est fini et sécable. Donc il peut s'acheter. On achète du sexe comme on achète des nougats ou un service bancaire. Le reste n'est que préjugés.
On a vu le résultat! Raison pour laquelle les cultures africaines m'inspirent l'espoir de demain. Qui vénère la nature sans la mythifier à la Rousseau? Qui possède dans le polythéisme une approche du réel moins sectaire que celle du monothéisme? Si les Noirs d'Afrique et du monde ont supporté l'Occident, c'est qu'ils possèdent l'antidote au nihilisme! Au champ d'honneur, ce sont toujours les mieux placés! Les Africains ruissellent d'une spiritualité qui leur permet de tout affronter. Pour eux, les problèmes n'existent pas en ce que la vie n'est pas un problème. La vie n'est jamais un problème. La vie est un don dans toutes ses manifestations. La vie transcende le futur. Elle s'est arrêtée au présent.
C'est à cause de cet élan supérieur que l'Africain s'est trouvé tant méprisé. Comment voulez-vous que l'homme de la vie devienne l'homme du marché? Ce n'est pas un Africain qui comprendrait notre désespoir, notre penchant affecté pour l'absurde (alors que nous savons pertinemment dans notre for intérieur que les valeurs de l'ultralibéralisme et du consumérisme sont réductrices et mesquines). Combien y a-t-il de suicides chez les Noirs ? De dépressions? Abandonne-t-on les vieux et les malades au premier prétexte venu?
Les coutumes noires distinguent le monde avec la poésie du sacré. Nos sens ne nous renvoient du réel que la partie immergée de l'iceberg. Pour eux, tout ce que nous ne voyons pas importe plus que les aléas de la vie. Dans ces conditions, que pèsent la folie et la violence humaines? Les Africains n'ont pas perçu en premier l'injustice qu'ils subissaient. C'est pourquoi ils sont encore parmi nous.
Rien ne peut les renverser. Pas même la mort. A cette école de la vie, le désespoir n'existe pas. On ne broie pas du noir. On rit! Que j'admire ces victimes qui savent dans leurs tréfonds que leur statut ne découle pas de leur faiblesse, mais de leur excédent de force vitale. Les Occidentaux possédaient la supériorité technologique, c'est entendu. Les Noirs ne possèdent certainement pas la supériorité morale (ce serait préjugé), mais la supériorité vitale. Ces victimes sont les vainqueurs de demain.
Pas étonnant que des mouvements sectaires comme les Black Panthers soient des contresens pour la culture africaine. On s'engage dans la vie avant de se lancer en politique. Le Noir et la politique font deux : raison du colonialisme prolongé dont il fait son miel plus qu'il n'en pâtit vraiment. Le Noir est au-dessus de ce que l'Occidental pose comme fins : le prochain siècle nous l'apprendra.
Peut-être qu'un jour, quand les Noirs se seront occidentalisés, monothéisés et acculturés, le risque de voir surgir des Oussama Panthers se présentera. A force de tirer sur la corde... Je n'y crois absolument pas parce qu'il faut être persuadé de sa vérité pour attenter au réel. C'est la preuve que les monothéismes n'ont plus la carrure pour prendre en charge les apories humaines. Les monothéismes vont devenir singuliers. Un jour, on citera Allah, Jehovah ou Dieu le Père dans le Panthéon de nos immortelles divinités, en bonne place après Zeus.
Je suis fermement convaincu que le divin subit une profonde métamorphose. Tournez-vous vers l'Afrique et contemplez l'avènement des nouvelles religions, hommes sages qui croyez dans la vie et le réel (soit les sectatuers de la vraie religion)! La guérison de notre nihilime n'est pas à quémander ailleurs!
mardi, janvier 16, 2007
Jamel'show
Je suis tombé hier sur un extrait d'un spectacle de Jamel Debbouze. Qu'est-ce qu'il est sympathique, le petit Rebeu de banlieue avec sa main dans la poche et ses facéties de gentil gamin des cités! C'est bizarre, je n'ai jamais pu l'encadrer. Il faut dire que je n'aime aucun des comiques professionnels dont on nous rebat les oreilles à longueur de sketches télécommandés. Ni Semoun, ni Dieudonné; ni Timsit, ni Bigard. Aucun de ces figures stéréotypées, en fait. Je ne ris pas sur commande! Quand je pense qu'Arthur s'est lancé dans le one man show comique, ce fait d'armes a de quoi décourager les âmes les plus charitables.
Jamel Debbouze est d'origine marocaine, mais tout le monde dit arabe. Il vient d'une cité du Grand-Paris. Il a tourné dans toutes les superproductions françaises. Amélie Poullain, Astérix, Besson, tous se réclament de l'enfant prodige de Trappes pour exhiber leur générosité et leur découverte télégénique.
Après Zizou le champion flamboyant, Debouzze le comédien attendrissant. Nous tenons nos deux Rebeus qui réussissent! Les ressemblances sont frappantes : comme Zizou, Debbouze est en passe d'incarner la gentillesse tout-terrain mâtinée d'héroïsme consensuel. Plus on est lisse, plus l'image glisse! Debouzze multiplie les opérations de charité à condition que les médias relaient les sus-dites actions.
Zizou est reçu comme un chef d'Etat en Algérie ? Debbouze se charge de la version marocaine des Affaires étrangères! Debouzze lance des comiques de banlieue sur Canal. Il tourne dans Indigènes et contribue à réhabiliter dans les médias l'image des tirailleurs arabes. Les Sénégalais attendront que Patrick Viera se découvre une envergure politique pour que le massacre de Tiaroi soit reconnu. Quant aux Arabes, le travail est fait! Debouzze n'a eu besoin que d'un tournage pour que Chirac prenne la mesure du drame ! Quarante ans que les historiens s'échinaient à faire entendre raison à nos politiciens et Debbouze, d'un claquement de doigt, a rétabli et la Justice et l'Equité!
Justement, il n'est pas certain que Debbouze incarne l'équité. J'inclinerais même à penser qu'il est certain qu'il ne l'incarne pas. La nuance? Notre champion tous-terrains serait plutôt le chantre de la victimisation. On connaît la ritournelle : l'Arabe étant une victime universelle, il est automatiquement du côté du Bien et de la Vertu.
Qu'est-ce qu'il est fort, ce Debbouze! Quand il ne tourne pas, il est en tournée. Il fait se gondoler le public métissé avec des blagues qui fusent de l'improviste (qui au juste écrit les sketches de Debbouze?). Jamel s'est fait connaître en tant que vanneur sur commande. L'esprit Canal, déjà. C'était l'époque où il était drôle. Jamel était impayable dans cet emploi de coordinateur en chef de la chambre. Il avait le physique de l'emploi.
Par contre, son spectacle de comique à sketches préparés et récités est très moyen. Excusez-moi de m'en désoler. C'est énervant, ce racisme inversé, qui rend impossible la critique contre un Arabe. Bigard est vulgaire? Aucun problème. Il est politiquement incorrect de faire remarquer que Debbouze n'est ni Fellag, ni Devos. Je serais Fellag, je serais dégoûté de cette discrimnation négative à son endroit. Etre tellement meilleur et tellement moins reconnu! On a beau parier sur la gloire posthume, se recommander des vers pour la reconnaissance n'est pas d'un réconfort à tout épreuve...
En guise de faux compliment, on dispose en stock du frou-frou faux-cul : Debbouze est meilleur qu'Arthur. Cette constatation ne sonne guère comme un compliment. Serait-ce qu'on célèbre l'humour de Jamel pour mieux taire la souffrance de tous les gosses des cités qui n'ont pas eu la chance de trouver à quelques blagues d'entrée une port(é)e hexagonale ?
Ce n'est pas tout. Hier, j'entendis Debbouze expliquer que si les Français picolaient autant, c'était à cause du Christ. "Buvez, c'est mon sang!", tel était leur slogan atavique. Musulmans, ils auraient avalé le shit tant honni avec la même frénésie? Les gamins de banlieue accrocs aux pétards étaient donc des musulmans pratiquants? Je m'arrêtai, interdit. J'aurais pu commencer par m'étonner du message douteux qui trônait derrière l'humour flageolant : être musulman, était-ce fumer des pétards? Là n'était pas l'essentiel.
Quoi? Jamel s'inscrivait-il dans une ligne de provocation (plus que de cocaïne) où il blasphémait ouvertement le Christ? Que nenni, Debbouze et ceux qui le conseillent savaient que l'attaque contre le Christ relève de la provocation à la mode. Maintenant que la liberté d'expression a fait rendre gorge aux censeurs catholiques, il ne risquait plus de passer pour un bouffeur de curés, ce qui est tellement bien vu de nos jours!
Jamel s'est-il moqué du Prophète? A-t-il mimé Mohamed rentrant d'une bataille et s'ingurgitant un bon chalice de chanvre indien? Jamel se serait-il opposé aux sectaires en marge de la délinquance quand ces hordes fanatisées du monde musulman s'en prirent au Danemark et à l'Occident pour protester contre des caricatures parues dans un journal danois ? En passant : comment se fait-il que les musulmans modérés se taisent face à leurs fanatiques correligionnaires? Auraient-ils peur ou trouvent-ils légitime que le Coran échappe aux lois démocratiques? Debbouze éluderait probablement en bégayant que les banlieusards sont des incompri-pris et des gen-gentils.
Debbouze est trop heureux de faire le comique pour approfondir ses positions politiques. Néanmoins, quand il se pique de politique, le gaillard se donne le beau rôle. Debbouze prétend incarner la générosité? On mesure la limite de ces contestataires de l'humour qui ne se rendent pas compte que leur engagement est d'autant plus démagogique qu'il se déploie sur des terrains inattaquables. Aller reprocher à Zidane de militer pour ELA ou à Debbouze d'aider les mères isolées du Maroc serait aussitôt assimilé à du fascisme et du racisme tacites...
Dans ce cas, taisons-nous et applaudissons à tout rompre ! Vivent nos héros qui contribuent d'une manière si remarquable et décisive à changer la face du monde ! Bien instrumentalisés par les politiciens, ils jouent leur partition consensuelle à la perfection! Bravo! Bravo!
Debbouze est trop heureux de trouver le premier moyen venu pour sacraliser ses racines en les idéalisant. Si on prête l'oreille, l'Orient représente pour ces populations mal intégrées l'horizon de perfection auquel on ne s'est jamais confronté. Toutes les traditions qui viennent du bled sont infiniment bonnes, juré craché sur le Coran! Polygamie, voile ou lapidation comprises ! A ce compte, approuvons les meurtriers qui étranglent leur fille (ou leur soeur) parce qu'elle a eu le culot d'épouser un sale Blanc! Ces héros ne osnt nullement des monstres, ce sont des martyrs incompris! Les sectateurs des valeurs turques ataviques et sacrées ! C'est bizarre, subitement, tout le monde se tait, un grand silence se fait...
L'hypocrisie commence à bien faire. Debbouze n'est pas la voix des victimes, c'est le héros de la victimisation. A chacun sa cause! Je préfère encore les montées de testostérone incontrôlées de Zizou à la rhétorique du ressentiment qui agite Jamel losrque les bons sentiments prennent d'assaut son visage d'ange émacié (toujours cette manie d'appeler des inconnus reconnus par leur prénom ou un surnom).
Debbouze excuse systématiquement les dérapages des banlieusards issus de l'immigration africaine. Ce n'est jamais de leur faute! Debbouze est monté sur scène cautionner les dérapages de Dieudonné en affirmant que Drucker et Macias à la télé, ça commençait à bien faire. Pour Drucker, je suis bien d'accord avec lui, mais j'espère que ce n'est pas (fâcheuse coïncidence) parce que ces deux compagnons de route de la people attitude sont juifs...
Parce que, moi, dans le coup de balai médiatique qui renverrait les médiocres dans les placards mérités de l'anonymat, j'incluerais volontiers, par esprit d'équité, dans la liste des sus-dits, Smaïn et Nagui... et Nagui ! En attendant, notre trublion plastronne sur la vague facile de la haine inversée, du rap sanctuarisé et du gauchisme caricatural.
Son soutien aux excités qui surfent sur la contestation sociale pour imposer leur violence complaisante ne règle en rien les problèmes desdits jeunes. Que Debbouze se taise s'il n'a rien à dire d'intéressant! La France lui sera plus tard gré de cette aphasie salvatrice.
En passant, la France n'a pas à rougir de ce qu'elle représente à l'heure actuelle (ce qui ne signifie nullement qu'elle se situe au-dessus des critiques). Elle n'est pas en premier lieu ce pays fautif et impérialiste qui ne mériterait qu'opprobres et reproches.
Un reproche, justement, à la France : d'être le pays qui a permis à Debbouze de faire entendre la voix médiocre de la démagogie. La promotion spontanée de figures issues de l'immigration récente masque l'absence de reconnaissance générale des immigrés quand leur peau ou leur religion posent problèmes. Les banlieusards n'ont toujours pas trouvé leur héraut emblématique. A quand le Mandela de la France démocratique ? Paradoxe de la situation politique : gageons que le recours viendra des rangs de cette vieille France qui a transmis le sens de l'honneur et l'art de la conversation (quand même!). L'amour de la France ne trompe pas. C'est à l'heure du danger que se mesure la sincérité des engagements. Ce n'est pas Jamel qui démentira!
Jamel Debbouze est d'origine marocaine, mais tout le monde dit arabe. Il vient d'une cité du Grand-Paris. Il a tourné dans toutes les superproductions françaises. Amélie Poullain, Astérix, Besson, tous se réclament de l'enfant prodige de Trappes pour exhiber leur générosité et leur découverte télégénique.
Après Zizou le champion flamboyant, Debouzze le comédien attendrissant. Nous tenons nos deux Rebeus qui réussissent! Les ressemblances sont frappantes : comme Zizou, Debbouze est en passe d'incarner la gentillesse tout-terrain mâtinée d'héroïsme consensuel. Plus on est lisse, plus l'image glisse! Debouzze multiplie les opérations de charité à condition que les médias relaient les sus-dites actions.
Zizou est reçu comme un chef d'Etat en Algérie ? Debbouze se charge de la version marocaine des Affaires étrangères! Debouzze lance des comiques de banlieue sur Canal. Il tourne dans Indigènes et contribue à réhabiliter dans les médias l'image des tirailleurs arabes. Les Sénégalais attendront que Patrick Viera se découvre une envergure politique pour que le massacre de Tiaroi soit reconnu. Quant aux Arabes, le travail est fait! Debouzze n'a eu besoin que d'un tournage pour que Chirac prenne la mesure du drame ! Quarante ans que les historiens s'échinaient à faire entendre raison à nos politiciens et Debbouze, d'un claquement de doigt, a rétabli et la Justice et l'Equité!
Justement, il n'est pas certain que Debbouze incarne l'équité. J'inclinerais même à penser qu'il est certain qu'il ne l'incarne pas. La nuance? Notre champion tous-terrains serait plutôt le chantre de la victimisation. On connaît la ritournelle : l'Arabe étant une victime universelle, il est automatiquement du côté du Bien et de la Vertu.
Qu'est-ce qu'il est fort, ce Debbouze! Quand il ne tourne pas, il est en tournée. Il fait se gondoler le public métissé avec des blagues qui fusent de l'improviste (qui au juste écrit les sketches de Debbouze?). Jamel s'est fait connaître en tant que vanneur sur commande. L'esprit Canal, déjà. C'était l'époque où il était drôle. Jamel était impayable dans cet emploi de coordinateur en chef de la chambre. Il avait le physique de l'emploi.
Par contre, son spectacle de comique à sketches préparés et récités est très moyen. Excusez-moi de m'en désoler. C'est énervant, ce racisme inversé, qui rend impossible la critique contre un Arabe. Bigard est vulgaire? Aucun problème. Il est politiquement incorrect de faire remarquer que Debbouze n'est ni Fellag, ni Devos. Je serais Fellag, je serais dégoûté de cette discrimnation négative à son endroit. Etre tellement meilleur et tellement moins reconnu! On a beau parier sur la gloire posthume, se recommander des vers pour la reconnaissance n'est pas d'un réconfort à tout épreuve...
En guise de faux compliment, on dispose en stock du frou-frou faux-cul : Debbouze est meilleur qu'Arthur. Cette constatation ne sonne guère comme un compliment. Serait-ce qu'on célèbre l'humour de Jamel pour mieux taire la souffrance de tous les gosses des cités qui n'ont pas eu la chance de trouver à quelques blagues d'entrée une port(é)e hexagonale ?
Ce n'est pas tout. Hier, j'entendis Debbouze expliquer que si les Français picolaient autant, c'était à cause du Christ. "Buvez, c'est mon sang!", tel était leur slogan atavique. Musulmans, ils auraient avalé le shit tant honni avec la même frénésie? Les gamins de banlieue accrocs aux pétards étaient donc des musulmans pratiquants? Je m'arrêtai, interdit. J'aurais pu commencer par m'étonner du message douteux qui trônait derrière l'humour flageolant : être musulman, était-ce fumer des pétards? Là n'était pas l'essentiel.
Quoi? Jamel s'inscrivait-il dans une ligne de provocation (plus que de cocaïne) où il blasphémait ouvertement le Christ? Que nenni, Debbouze et ceux qui le conseillent savaient que l'attaque contre le Christ relève de la provocation à la mode. Maintenant que la liberté d'expression a fait rendre gorge aux censeurs catholiques, il ne risquait plus de passer pour un bouffeur de curés, ce qui est tellement bien vu de nos jours!
Jamel s'est-il moqué du Prophète? A-t-il mimé Mohamed rentrant d'une bataille et s'ingurgitant un bon chalice de chanvre indien? Jamel se serait-il opposé aux sectaires en marge de la délinquance quand ces hordes fanatisées du monde musulman s'en prirent au Danemark et à l'Occident pour protester contre des caricatures parues dans un journal danois ? En passant : comment se fait-il que les musulmans modérés se taisent face à leurs fanatiques correligionnaires? Auraient-ils peur ou trouvent-ils légitime que le Coran échappe aux lois démocratiques? Debbouze éluderait probablement en bégayant que les banlieusards sont des incompri-pris et des gen-gentils.
Debbouze est trop heureux de faire le comique pour approfondir ses positions politiques. Néanmoins, quand il se pique de politique, le gaillard se donne le beau rôle. Debbouze prétend incarner la générosité? On mesure la limite de ces contestataires de l'humour qui ne se rendent pas compte que leur engagement est d'autant plus démagogique qu'il se déploie sur des terrains inattaquables. Aller reprocher à Zidane de militer pour ELA ou à Debbouze d'aider les mères isolées du Maroc serait aussitôt assimilé à du fascisme et du racisme tacites...
Dans ce cas, taisons-nous et applaudissons à tout rompre ! Vivent nos héros qui contribuent d'une manière si remarquable et décisive à changer la face du monde ! Bien instrumentalisés par les politiciens, ils jouent leur partition consensuelle à la perfection! Bravo! Bravo!
Debbouze est trop heureux de trouver le premier moyen venu pour sacraliser ses racines en les idéalisant. Si on prête l'oreille, l'Orient représente pour ces populations mal intégrées l'horizon de perfection auquel on ne s'est jamais confronté. Toutes les traditions qui viennent du bled sont infiniment bonnes, juré craché sur le Coran! Polygamie, voile ou lapidation comprises ! A ce compte, approuvons les meurtriers qui étranglent leur fille (ou leur soeur) parce qu'elle a eu le culot d'épouser un sale Blanc! Ces héros ne osnt nullement des monstres, ce sont des martyrs incompris! Les sectateurs des valeurs turques ataviques et sacrées ! C'est bizarre, subitement, tout le monde se tait, un grand silence se fait...
L'hypocrisie commence à bien faire. Debbouze n'est pas la voix des victimes, c'est le héros de la victimisation. A chacun sa cause! Je préfère encore les montées de testostérone incontrôlées de Zizou à la rhétorique du ressentiment qui agite Jamel losrque les bons sentiments prennent d'assaut son visage d'ange émacié (toujours cette manie d'appeler des inconnus reconnus par leur prénom ou un surnom).
Debbouze excuse systématiquement les dérapages des banlieusards issus de l'immigration africaine. Ce n'est jamais de leur faute! Debbouze est monté sur scène cautionner les dérapages de Dieudonné en affirmant que Drucker et Macias à la télé, ça commençait à bien faire. Pour Drucker, je suis bien d'accord avec lui, mais j'espère que ce n'est pas (fâcheuse coïncidence) parce que ces deux compagnons de route de la people attitude sont juifs...
Parce que, moi, dans le coup de balai médiatique qui renverrait les médiocres dans les placards mérités de l'anonymat, j'incluerais volontiers, par esprit d'équité, dans la liste des sus-dits, Smaïn et Nagui... et Nagui ! En attendant, notre trublion plastronne sur la vague facile de la haine inversée, du rap sanctuarisé et du gauchisme caricatural.
Son soutien aux excités qui surfent sur la contestation sociale pour imposer leur violence complaisante ne règle en rien les problèmes desdits jeunes. Que Debbouze se taise s'il n'a rien à dire d'intéressant! La France lui sera plus tard gré de cette aphasie salvatrice.
En passant, la France n'a pas à rougir de ce qu'elle représente à l'heure actuelle (ce qui ne signifie nullement qu'elle se situe au-dessus des critiques). Elle n'est pas en premier lieu ce pays fautif et impérialiste qui ne mériterait qu'opprobres et reproches.
Un reproche, justement, à la France : d'être le pays qui a permis à Debbouze de faire entendre la voix médiocre de la démagogie. La promotion spontanée de figures issues de l'immigration récente masque l'absence de reconnaissance générale des immigrés quand leur peau ou leur religion posent problèmes. Les banlieusards n'ont toujours pas trouvé leur héraut emblématique. A quand le Mandela de la France démocratique ? Paradoxe de la situation politique : gageons que le recours viendra des rangs de cette vieille France qui a transmis le sens de l'honneur et l'art de la conversation (quand même!). L'amour de la France ne trompe pas. C'est à l'heure du danger que se mesure la sincérité des engagements. Ce n'est pas Jamel qui démentira!
Portrait en coin d'une technicienne de surface littéraire
Elle a la trentaine, n'est ni moche, ni belle, n'est pas mariée. Ou plutôt divorcée. Elle a la haine des hommes chevillée au corps. Autant dire qu'elle a eu de la chance d'être passée si proche de la nymphomanie. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle son mari l'a quittée. C'est dur de supporter une hystérique à longueur de soirées.
Il avait cru épouser une intellectuelle, une petite prof de français qui en avait dans la cervelle. Il se retrouvait avec une pétasse qui lui retournait systématiquement la calebasse. Depuis qu'il l'avait quittée, il dormait du sommeil du juste. C'est qu'il en avait perdu le sommeil, de ce divorce.
Qu'il avait eu raison de se montrer pragmatique! A présent, il était débarrassé de la folle, comme il la nommait. Cinq années ont passé. Elle a pleuré, elle a chialé, elle a vidé son sac, mais depuis, elle s'est rétablie tant bien que mal. Grâce au travail. Le travail a toujours été sa ligne de conduite et sa carotte. Sa marotte. La raison sociale qui lui permettait de sauver la face. Sans le travail, voilà longtemps qu'elle aurait découpé son voisin à la scie.
Au lieu de ce regrettable dérapage, elle a même sympathisé en salle des profs. Deux grognasses lui tiennent lieu de collègues de collège. Elles forment le trio idéal. Les deux collègues ne sont pas belles, elles sont mariées, elles ont des mioches. Le modèle qu'elle cherche avec désespoir. Ce qu'elle veut? Elle vendrait son royaume pour un géniteur. Elle est prête à toutes les compromissions pour assouvir son besoin de maternité et endosser les habits de mère. Tout ce qui compte est de la galerie. Le reste, elle s'en moque.
Quoi qu'elle laisse entendre en salle des profs, voilà bien longtemps qu'elle n'a pas eu d'aventures. Elle a beau surveiller ses fesses et sa ligne, elle hait trop les hommes pour s'en approcher. Pour elle, c'est sans conteste leur faute. Ils l'ont même contrainte à chercher secours auprès d'un psy! Il faut dire que pour soigner son spleen, elle en était venue à désirer coucher avec le premier venu. Le plus humiliant demeurait l'absence de candidats potentiels. Un soir, à bout de nerfs, elle se laissa aller. Depuis quelque temps, de drôles de désirs l'assaillaient. Coucher avec un élève, voilà qui la vengerait.
A quinze ans, ils avaient encore cette candeur que les cons de quarnte ans ne présentent plus depuis longtemps. En plus, il était arabe et avait déjà un torse de lutteur. Un petit banlieusard aux faux airs de voyou violent. Elle n'avait ressenti aucun plaisir à passer à la casserole. Il était trop excité de se vautrer sur le corps de sa prof. Le kif absolu! Elle l'avait fait pour échapper à l'odeur de vomi qui l'assaillait parfois quand elle pensait à sa situation.
Le suicide ne l'avait jamais effleurée. Le psy lui avait permis de ne plus enfreindre la loi. Si elle s'était fait prendre, quelles rebuffades n'aurait-elle essuyé! Même ses collègues se seraient défiées d'elles. Un jour, elle crut trouver le prince charmant. Un petit jeune remplaçait le vieux dinosaure qu'elle jalousait parce qu'il était hors classes. Comme elle ne l'aimait pas, elle s'empressa de concevoir à son encontre des désirs de paternité partagée.
Elle qui avait raté l'agrégation à quelques points n'en pouvait plus de se rêver un destin de professeur en IUFM. Personne ne la comprenait. L'inspecteur qui l'avait visitée l'avait à peine regardée. Trop autoritaire et cassante, qu'il lui avait notifié. Elle lui aurait bien arraché les dents et les yeux avec une fourchette sur une table de la cantine! Elle avait courbé l'échine, devant la pression sociale.
Le petit jeune n'était pas le beau présomptueux dont elle rêvait, mais il ne fallait pas prendre ses rêves pour des réalités. Surtout, surtout, il avait l'air gentil. Tout ce dont elle rêvait pour mieux l'enrôler dans ses desseins professionnels et matrimoniaux. Et puis, elle le voyait bien promener le chien qu'elle avait acheté après le divorce. Un caniche bien dressé, qui remuait la queue quand il avait faim. De temps en temps, elle accompagnerait ses deux toutous en poussant le marmot dans la poussette. Un rêve à la Amélie Poullain.
Elle serait mère! Ce projet lui permettrait de ne plus rentrer de ses après-midis de cours en pleurant chaque fois qu'une collègue à qui elle était contrainte de sourire annonçait avec triomphe un embryon dans le bide! Mère, c'était sa fin, celle qui lui pemrmettrait d'accéder au statut sacré qu'octroie la société à toutes les bécasses qui consentent aux souffrances de l'accouchement ! Elle serait enfin quelqu'un! Elle aurait de quoi exhiber son ventre rebondi, parler de (fausses) couches et d'autres colifichets avec ses amies!
Au lieu de quoi elle était contrainte d'endoser l'humiliation de la solitude! Elle préférait de loin les chiens aux hommes, mais les chiens ne faisaient pas de chats! C'était d'un homme dont elle avait besoin! Pas de ceux dont elle se servait régulièrement comme bouc émissaires pour passer sa hargne de harpie ! Elle avait déjà monté la salle des profs contre le professeur de musique, ce bellâtre qui jouait les Don Juan racé en ayant l'air de ne vivre que pour ma musique! Un musicien raté qui vivait par la bite! Un collègue d'histoire, contractuel de surcroît, avait eu le mauvais goût de la draguer. Elle s'était empressée de l'accuser de viol, trop heureuse qu'on lui prête de l'attention, même de surface.
Le jeune premier n'était pas si gentil qu'il présentait. Il avait du caractère. Pis, il avait l'impudence d'ignorer ses avances et de préférer les franches parties de rigolade avec le collègue qu'elle détestait le plus, un vieux beau qui se targuait de baiser le plus de jeunettes possibles avant l'âge de la retraite. Tous les hommes qui n'étaient pas des géniteurs potentiels méritaient la décapitation.
Elle en vint à le détester tant et si bien qu'elle le trouva bête, méchant, incompétent, paresseux et j'en passe. Avec ses deux amies, elles déchaînèrent leur furie en salle des profs, entre deux paquets de copies et de réunions inutiles, n'hésitant pas à le calomnier ouvertement, à le traiter de drogué, d'homosexuel ou d'alcoolique. Rien n'y faisait, plus elle pensait à lui, plus elle s'en éloignait.
De désespoir, elle monta la salle des profs contre sa pauvre personne. Désormais, il avait le culot de ne plus lui prêter la moindre attention! Elle arriva bien à mobiliser quelques moralisateurs qui n'attendaient qu'un prétexte pour déverser leur trop-plein de fiel inavouable. Las! personne ne la suivait vraiment. Etre seul avec sa haine est chose pénible. Elle en vint à détester la Terre entière.
Tous n'étaient que de vils moutons dont elle retrouvait les traces cruelles dans les extraits de manuels dédiés à Rabelais. Elle fonça chez le psy qui l'avait tirée de l'homicide. Après l'avoir dévisagée avec perplexité, il lui conseilla les annonces matrimoniales et les nouveautés d'Internet. Mais, à l'exeption d'un vieux paysan qui cherchait le moyen d'assurer la descendance agricole, elle fit chou blanc. Sa frénésie de meurtre refit surface.
Comment dégoupiller l'arsouille? Elle n'en pouvait plus de le voir, de lui dire bonjour, de lui cacher la haine qu'elle éprouvait en proportion de la déception qu'il avait générée! Elle ne connaissait même pas sa vie, il n'avait jamais daigné lui parler de ses petites copines ou de sa solitude. Alors elle n'eut d'autre choix que de lui faire payer le prix fort. Elle se détermina à lui envoyer de terribles lettres d'insultes, anonymes et perverses, de justes vengeances qui le décrédibilserait un peu plus. Qu'il demande sa mutation et qu'on n'en parle plus!
A ce moment, le prince charmant chuta à ses pieds. Un cadre complexé et castré qui ne demandait qu'à tomber sur la première âme pour faire des gosses et encaisser sans un mot. Le bon plan. L'âme soeur! Cette idylle ne fit que renforcer son dépit, d'autant que le collègue s'entendait avec toutes celles qu'elle ne parvenait à encadrer, les jolies, les intelligentes, les drôles, j'en passe et des meilleures.
Le premier envoi dont elle le gratifia contenait l'espoir de la vengeance repue. Il pleurerait en salle des profs et elle passerait à autre chose, avec la satisfaction du justen enfin comblé. La vie s'était tant acharnée contre sa pauvre personne! C'était en fin d'année et elle n'en pouvait plus. Elle était toujours remontée contre la Terre entière à cette époque, d'autant qu'elle voyait bien qu'on se détournait d'elle, qu'on la traitait d'hystérique ou de pétasse, qu'elle se retrouvait à ricaner de plus en plus doucement et rarement avec ses deux béquilles, ces mamans qui engrossaient comme des oies d'élevage tous les deux printemps. Elle n'y parvenait pas... Elle se retrouvait à poireauter chez le généraliste, qui lui répétait qu'elle était une grande anxieuse et que son tour viendrait. Encore un tocard dont la gratifait la nature !
Heureusement, pendant les grandes vacances, alors qu'elle n'avait pas hésité à traiter le mauvais coucheur de pédophile, sa gynécologue l'informa de la bonne nouvelle : elle mettrait bas dans neuf mois ! Ca y est, elle pourrait traiter d'égale à égale avec ses amies, avec sa belle-soeur, avec la nature, avec la société, quoi ! De guerre lasse, sauvée par le Ciel et la Morale, elle gratifia le sale jeune qui lui servait de collègue d'un courrier mensuel qui suivait ses saignements menstruels.
Le pire? Aucune conversation n'apportait d'écho réconfortant à ses oreilles avides. Personne ne marchait. Personne n'en parlait. Le jeune s'en moquait-il comme de son premier caleçon ? Etait-ce possible? Elle partit en arrêt maladie de neuf mois.
Elle allait enfin encourager les vociférations d'un petit monstre qui reproduirait le modèle maternel et niquerait la Terre entière. Un avorton arriviste en mieux qu'elle, bardé de diplômes prestigieux, donc inattaquable aux yeux des bobos et des snobs. Comme elle, il ne lirait jamais un livre, comme elle, il compterait les ronds avant d'acheter une bicoque. Lui serait riche.
Au final, le collègue partit. Il avait amassé les points escomptés. Sans même un dernier regard. Elle ne se sentait même pas soulagée de sa vengenace avortée. Quelle injustice que ce fripon qui n'avait pas reçu sa leçon. Qu'allait-elle trouver, maintenant qu'elle n'avait plus les moyens d'assouvir sa haine ? Son gosse ne lui suffisait pas, entre deux taitées, et son mari ne lui serait d'une quelconque utilité que pour les engrossements (soit encore deux, pour satisfaire à la moyenne nationale).
Elle conçut de dépit une violente attirance pour l'une de ses deux collègues. Sa grosse tignasse blonde de mal baisée et son épais cul étaient des appâts qui ne se refusaient pas. Allait-elle réussir dans ce projet grandiose qui lui permettrait de boucler la boucle?
Elle avait profité de deux envolées hystériques de la collègue-amie pour la bécoter dans les toilettes. Mais l'autre se dérobait ou affectait de ne pas voir le manège. Encore une ignorante qui lui faisait le numéro des hommes ! Les femmes étaient-elles pires que les hommes? Ce n'était pas envisageable! Allait-elle lui signifier ses mauvais procédés en la gratifiant de lettres anonymes déjantées ?
Une amie de dix ans! C'eût été un crève-coeur! Au moins cet objectif lui permettait-il de ne pas sombrer dans la dépression et de garder le sens de la vie. Elle en était certaine, elle triompherait. Elle n'avat jamais supporté qu'on se mette en travers de sa route. Ce n'était pas maintenant, en pleine apothéose, qu'elle laisserait les choses pérécliter!
Il avait cru épouser une intellectuelle, une petite prof de français qui en avait dans la cervelle. Il se retrouvait avec une pétasse qui lui retournait systématiquement la calebasse. Depuis qu'il l'avait quittée, il dormait du sommeil du juste. C'est qu'il en avait perdu le sommeil, de ce divorce.
Qu'il avait eu raison de se montrer pragmatique! A présent, il était débarrassé de la folle, comme il la nommait. Cinq années ont passé. Elle a pleuré, elle a chialé, elle a vidé son sac, mais depuis, elle s'est rétablie tant bien que mal. Grâce au travail. Le travail a toujours été sa ligne de conduite et sa carotte. Sa marotte. La raison sociale qui lui permettait de sauver la face. Sans le travail, voilà longtemps qu'elle aurait découpé son voisin à la scie.
Au lieu de ce regrettable dérapage, elle a même sympathisé en salle des profs. Deux grognasses lui tiennent lieu de collègues de collège. Elles forment le trio idéal. Les deux collègues ne sont pas belles, elles sont mariées, elles ont des mioches. Le modèle qu'elle cherche avec désespoir. Ce qu'elle veut? Elle vendrait son royaume pour un géniteur. Elle est prête à toutes les compromissions pour assouvir son besoin de maternité et endosser les habits de mère. Tout ce qui compte est de la galerie. Le reste, elle s'en moque.
Quoi qu'elle laisse entendre en salle des profs, voilà bien longtemps qu'elle n'a pas eu d'aventures. Elle a beau surveiller ses fesses et sa ligne, elle hait trop les hommes pour s'en approcher. Pour elle, c'est sans conteste leur faute. Ils l'ont même contrainte à chercher secours auprès d'un psy! Il faut dire que pour soigner son spleen, elle en était venue à désirer coucher avec le premier venu. Le plus humiliant demeurait l'absence de candidats potentiels. Un soir, à bout de nerfs, elle se laissa aller. Depuis quelque temps, de drôles de désirs l'assaillaient. Coucher avec un élève, voilà qui la vengerait.
A quinze ans, ils avaient encore cette candeur que les cons de quarnte ans ne présentent plus depuis longtemps. En plus, il était arabe et avait déjà un torse de lutteur. Un petit banlieusard aux faux airs de voyou violent. Elle n'avait ressenti aucun plaisir à passer à la casserole. Il était trop excité de se vautrer sur le corps de sa prof. Le kif absolu! Elle l'avait fait pour échapper à l'odeur de vomi qui l'assaillait parfois quand elle pensait à sa situation.
Le suicide ne l'avait jamais effleurée. Le psy lui avait permis de ne plus enfreindre la loi. Si elle s'était fait prendre, quelles rebuffades n'aurait-elle essuyé! Même ses collègues se seraient défiées d'elles. Un jour, elle crut trouver le prince charmant. Un petit jeune remplaçait le vieux dinosaure qu'elle jalousait parce qu'il était hors classes. Comme elle ne l'aimait pas, elle s'empressa de concevoir à son encontre des désirs de paternité partagée.
Elle qui avait raté l'agrégation à quelques points n'en pouvait plus de se rêver un destin de professeur en IUFM. Personne ne la comprenait. L'inspecteur qui l'avait visitée l'avait à peine regardée. Trop autoritaire et cassante, qu'il lui avait notifié. Elle lui aurait bien arraché les dents et les yeux avec une fourchette sur une table de la cantine! Elle avait courbé l'échine, devant la pression sociale.
Le petit jeune n'était pas le beau présomptueux dont elle rêvait, mais il ne fallait pas prendre ses rêves pour des réalités. Surtout, surtout, il avait l'air gentil. Tout ce dont elle rêvait pour mieux l'enrôler dans ses desseins professionnels et matrimoniaux. Et puis, elle le voyait bien promener le chien qu'elle avait acheté après le divorce. Un caniche bien dressé, qui remuait la queue quand il avait faim. De temps en temps, elle accompagnerait ses deux toutous en poussant le marmot dans la poussette. Un rêve à la Amélie Poullain.
Elle serait mère! Ce projet lui permettrait de ne plus rentrer de ses après-midis de cours en pleurant chaque fois qu'une collègue à qui elle était contrainte de sourire annonçait avec triomphe un embryon dans le bide! Mère, c'était sa fin, celle qui lui pemrmettrait d'accéder au statut sacré qu'octroie la société à toutes les bécasses qui consentent aux souffrances de l'accouchement ! Elle serait enfin quelqu'un! Elle aurait de quoi exhiber son ventre rebondi, parler de (fausses) couches et d'autres colifichets avec ses amies!
Au lieu de quoi elle était contrainte d'endoser l'humiliation de la solitude! Elle préférait de loin les chiens aux hommes, mais les chiens ne faisaient pas de chats! C'était d'un homme dont elle avait besoin! Pas de ceux dont elle se servait régulièrement comme bouc émissaires pour passer sa hargne de harpie ! Elle avait déjà monté la salle des profs contre le professeur de musique, ce bellâtre qui jouait les Don Juan racé en ayant l'air de ne vivre que pour ma musique! Un musicien raté qui vivait par la bite! Un collègue d'histoire, contractuel de surcroît, avait eu le mauvais goût de la draguer. Elle s'était empressée de l'accuser de viol, trop heureuse qu'on lui prête de l'attention, même de surface.
Le jeune premier n'était pas si gentil qu'il présentait. Il avait du caractère. Pis, il avait l'impudence d'ignorer ses avances et de préférer les franches parties de rigolade avec le collègue qu'elle détestait le plus, un vieux beau qui se targuait de baiser le plus de jeunettes possibles avant l'âge de la retraite. Tous les hommes qui n'étaient pas des géniteurs potentiels méritaient la décapitation.
Elle en vint à le détester tant et si bien qu'elle le trouva bête, méchant, incompétent, paresseux et j'en passe. Avec ses deux amies, elles déchaînèrent leur furie en salle des profs, entre deux paquets de copies et de réunions inutiles, n'hésitant pas à le calomnier ouvertement, à le traiter de drogué, d'homosexuel ou d'alcoolique. Rien n'y faisait, plus elle pensait à lui, plus elle s'en éloignait.
De désespoir, elle monta la salle des profs contre sa pauvre personne. Désormais, il avait le culot de ne plus lui prêter la moindre attention! Elle arriva bien à mobiliser quelques moralisateurs qui n'attendaient qu'un prétexte pour déverser leur trop-plein de fiel inavouable. Las! personne ne la suivait vraiment. Etre seul avec sa haine est chose pénible. Elle en vint à détester la Terre entière.
Tous n'étaient que de vils moutons dont elle retrouvait les traces cruelles dans les extraits de manuels dédiés à Rabelais. Elle fonça chez le psy qui l'avait tirée de l'homicide. Après l'avoir dévisagée avec perplexité, il lui conseilla les annonces matrimoniales et les nouveautés d'Internet. Mais, à l'exeption d'un vieux paysan qui cherchait le moyen d'assurer la descendance agricole, elle fit chou blanc. Sa frénésie de meurtre refit surface.
Comment dégoupiller l'arsouille? Elle n'en pouvait plus de le voir, de lui dire bonjour, de lui cacher la haine qu'elle éprouvait en proportion de la déception qu'il avait générée! Elle ne connaissait même pas sa vie, il n'avait jamais daigné lui parler de ses petites copines ou de sa solitude. Alors elle n'eut d'autre choix que de lui faire payer le prix fort. Elle se détermina à lui envoyer de terribles lettres d'insultes, anonymes et perverses, de justes vengeances qui le décrédibilserait un peu plus. Qu'il demande sa mutation et qu'on n'en parle plus!
A ce moment, le prince charmant chuta à ses pieds. Un cadre complexé et castré qui ne demandait qu'à tomber sur la première âme pour faire des gosses et encaisser sans un mot. Le bon plan. L'âme soeur! Cette idylle ne fit que renforcer son dépit, d'autant que le collègue s'entendait avec toutes celles qu'elle ne parvenait à encadrer, les jolies, les intelligentes, les drôles, j'en passe et des meilleures.
Le premier envoi dont elle le gratifia contenait l'espoir de la vengeance repue. Il pleurerait en salle des profs et elle passerait à autre chose, avec la satisfaction du justen enfin comblé. La vie s'était tant acharnée contre sa pauvre personne! C'était en fin d'année et elle n'en pouvait plus. Elle était toujours remontée contre la Terre entière à cette époque, d'autant qu'elle voyait bien qu'on se détournait d'elle, qu'on la traitait d'hystérique ou de pétasse, qu'elle se retrouvait à ricaner de plus en plus doucement et rarement avec ses deux béquilles, ces mamans qui engrossaient comme des oies d'élevage tous les deux printemps. Elle n'y parvenait pas... Elle se retrouvait à poireauter chez le généraliste, qui lui répétait qu'elle était une grande anxieuse et que son tour viendrait. Encore un tocard dont la gratifait la nature !
Heureusement, pendant les grandes vacances, alors qu'elle n'avait pas hésité à traiter le mauvais coucheur de pédophile, sa gynécologue l'informa de la bonne nouvelle : elle mettrait bas dans neuf mois ! Ca y est, elle pourrait traiter d'égale à égale avec ses amies, avec sa belle-soeur, avec la nature, avec la société, quoi ! De guerre lasse, sauvée par le Ciel et la Morale, elle gratifia le sale jeune qui lui servait de collègue d'un courrier mensuel qui suivait ses saignements menstruels.
Le pire? Aucune conversation n'apportait d'écho réconfortant à ses oreilles avides. Personne ne marchait. Personne n'en parlait. Le jeune s'en moquait-il comme de son premier caleçon ? Etait-ce possible? Elle partit en arrêt maladie de neuf mois.
Elle allait enfin encourager les vociférations d'un petit monstre qui reproduirait le modèle maternel et niquerait la Terre entière. Un avorton arriviste en mieux qu'elle, bardé de diplômes prestigieux, donc inattaquable aux yeux des bobos et des snobs. Comme elle, il ne lirait jamais un livre, comme elle, il compterait les ronds avant d'acheter une bicoque. Lui serait riche.
Au final, le collègue partit. Il avait amassé les points escomptés. Sans même un dernier regard. Elle ne se sentait même pas soulagée de sa vengenace avortée. Quelle injustice que ce fripon qui n'avait pas reçu sa leçon. Qu'allait-elle trouver, maintenant qu'elle n'avait plus les moyens d'assouvir sa haine ? Son gosse ne lui suffisait pas, entre deux taitées, et son mari ne lui serait d'une quelconque utilité que pour les engrossements (soit encore deux, pour satisfaire à la moyenne nationale).
Elle conçut de dépit une violente attirance pour l'une de ses deux collègues. Sa grosse tignasse blonde de mal baisée et son épais cul étaient des appâts qui ne se refusaient pas. Allait-elle réussir dans ce projet grandiose qui lui permettrait de boucler la boucle?
Elle avait profité de deux envolées hystériques de la collègue-amie pour la bécoter dans les toilettes. Mais l'autre se dérobait ou affectait de ne pas voir le manège. Encore une ignorante qui lui faisait le numéro des hommes ! Les femmes étaient-elles pires que les hommes? Ce n'était pas envisageable! Allait-elle lui signifier ses mauvais procédés en la gratifiant de lettres anonymes déjantées ?
Une amie de dix ans! C'eût été un crève-coeur! Au moins cet objectif lui permettait-il de ne pas sombrer dans la dépression et de garder le sens de la vie. Elle en était certaine, elle triompherait. Elle n'avat jamais supporté qu'on se mette en travers de sa route. Ce n'était pas maintenant, en pleine apothéose, qu'elle laisserait les choses pérécliter!
dimanche, janvier 14, 2007
Eloge de la modération
Le système détient le moyen d'amenuiser la démocratie - alors qu'il aurait fallu l'asseoir. Il crée des opposants à sa mesure, tous moins crédibles les uns que les autres. Une fois lâchés en pâture aux chiens de la meute médiatico-politique, le résultat ne se fait pas attendre. Les impétrants se font écharper tôt ou tard.
Quel indice mesure la forme du géant au pied d'argile qu'est l'Occident ? La santé de ses opposants! En ce moment, les opposants se portent bien. Ce n'est pas bon signe pour la forme du système. Tous ceux qui sont classés comme extrémistes prennent du galon. Face à Besancenot ou Marine Le Pen, les représentants du système démocratique éprouvent de plus en plus de mal à cacher les grosses ficelles de leur hypocrisie. Le système de la transparence dont ils se réclament les contraint à s'appuyer sur l'honnêteté publique alors qu'ils pratiquent les privilèges et les prévarications. Dans ses Pièces morales, Clément Rosset a raison d'indiquer que Jean-Marie Le Pen n'incarne jamais que la caricature moraliste des politiciens au pouvoir.
Quand les électeurs, lassés, se rendirent compte que Miterrand les avaient dupés avec un socialisme qui n'en avait que le nom, ils se retournèrent sur le passé de leur chère Cinquième République. Quoi? Etait-ce possible? Ils avaient en 1981 contré le choc pétrolier en installant au pouvoir l'incarnation de l'espoir - et l'espoir se révélait sous sa face réaliste? Il n'existait aucun espoir que Mitterrand change la face de la France ni du monde! Miterrand les avait-il bernés?
De dépit, ils se retournèrent vers Chirac. En pure perte. Blanc bonnet et bonnet blanc ne sauraient influer sur un système qui les dépassait de très loin. En 2002, leur message d'alerte exprima la déception des trahis. Le Pen aux dépens de Jospin! Chirac n'en tint pas compte. Malgré le non à l'Europe. Malgré la crise du CPE.
Aujourd'hui, on prie pour que Le Pen ne figure pas au deuxième tour de la présidentielle, après s'être moqué des Autrichiens ou des Italiens dans un proche passé.
On a beau savoir que la France ne pèse que d'un poids moyen dans l'économie mondiale (tout un symbole : pourquoi ne parle-t-on pas de la politique mondiale), elle est représentative des dérives de la mondialisation en tant que figure de proue de l'impérialisme occidental (ne pas oublier l'esclavagisme et le colonialisme dans lesquels elle prit une part non négligeable). Comme toutes les nations issues de l'esprit grec, son âme recèle cependant une autre donnée que l'imperium romain : l'esprit de la conversatoin, tel qu'on le pratiqua dans les meilleurs cours d'Europe au dix-septième siècle (son âge d'or). Les Français se disputent plus qu'ils ne discutent, mais ils disposent d'un solide esprit critique qui les empêche d'entériner tout de go les billevesées que leurs brillants dirigeants leur vendent comme les pépites de la modernité.
Les extrémistes de tous poils n'ont aucune peine à fustiger les mensonges des partis au pouvoir. La dérive du système remonte aux prémisses de la mondialisation. La duperie qui permit aux contestataires adeptes de la violence comme remède de ratisser de plus en plus de mécontents coïncida avec la vague néo-libérale qui envahit la planète, laissant croire que la seule alternative au communisme moribond résidait dans la primauté de l'économique sur le politique. Le réalisme revendiqué contre l'idéologie destructrice cache en réalité dès les germes l'apologie de l'Idéologie Unique contre ses rivales.
Les vieux concurrents n'en demandaient pas tant. Face aux mensonges de plus en plus grossiers et évidents des hérauts de la démocratie autoproclamée, les vieux totalitarismes ressurgissent, n'ayant aucue peine à surfer sur la vague des révoltés et des exclus. Désormais, la vieille Europe tremble de faire les frais de la mondialisation ultralibérale. Quant aux autres peuples, ils se taisent, conscients qu'ils n'ont rien à perdre et tout à gagner sur le court terme.
Le désespoir profond que l'on nomme nihilisme tient précisément dans l'absence d'alternative que l'on sert comme argument imparable à l'apologie de l'ultralibéralisme. L'électeur des démocraties a été éduqué pour recevoir du Bonheur sans s'impliquer dans la vie publique. Ne pas s'engager, être dénué d'opionion, regarder la télé et faire des enfants - surtout, faire des enfants.
Le système se prétendait bienveillant tant qu'il trouvait en face de lui la menace communiste et qu'il devait mettre de l'eau dans son vin. Désormais qu'il a les coudées franches, il se moque de l'eau comme d'une guigne.
L'intérieur et l'extérieur. L'homme a besoin d'un extérieur pour donner du sens et de l'équilibre à son intérieur. Avec la chute du communisme, l'Occident a perdu sa limite extérieure. Du coup, il se cherche des ennemis. En ce moment, ce sont les islamistes, mais je doute que les islamistes ressemblent au monstre annoncé. Ce sont au mieux les enfants de la désespérance.
Du coup, la mondialisation ressemble à une course folle sans aucun but, maintenant que les moyens ont pris la place des fins. Le système survit en se dévorant. Le système qui prétend à la démocratie présente un désir totalitariste fort : permettre l'enrichissement massif d'une minorité sur le dos de la majorité, avec l'appui d'une partie de la classes moyenne supérieure. L'intérieur et l'extérieur ne font qu'un. La démocratie d'Occident soutient les dictatures dans le restant du monde et encourage les paradis fiscaux. Le système, loin d'être au service de la démocratie, utilise la démocratie comme un paravent pour sa campagne souterraine. Les peuples dominants ont quelques libertés en échange de leur consentement. Quant aux dominés, ils n'ont qu'à bien se tenir!
Avec la mondialisation, après s'être moqué des quatre cinquièmes de la planète, le système plaide pour l'équilibre des richesses au nom de la morale. Les pays pauvres n'ont pas à se plaindre puisqu'ils s'enrichissent. Les pays riches n'ont pas à se plaindre de leur opulence relative. Les gagnants sont les financiers. Les perdants, les peuples. Comme d'habitude.
Pour changer, il faut restaurer l'intérieur et l'extérieur. Comment retrouver un but véritable? L'économique n'est que le moyen du politique. Sa suprématie actuelle montre que l'humanité se cherche des fins. En crise de sens, elle ne croit plus en des dieux ou des idéaux. Tous les espoirs se sont effondrés à mesure que les utopies qui les portaient se révélaient illusoires. L'homme est-il promis à a lmorosité version Houellebecq? Rien n'est moins sûr... Il arrive que les catastrophes annoncent des lendemains qui chantent. L'inverse est vrai également. La chute du communisme fut célébrée comme l'avènement d'une ère nouvelle, où la liberté et la prospérité triompheraient. On voit le résultat.
Les problèmes écologiques qui s'annoncent sont une aubaine pour restaurer un but véritable. Si l'humanité poursuit sa course folle, elle est appelée à disparaître. Trois cents ans ne sont rien à l'échelle de l'histoire de la vie! L'homme serait-il dominé par les pulsions suicidaires? Je ne le crois pas. Sa face sombre, empreinte de violence et de destruction, prend le pas chaque fois que l'homme n'assigne pas à son désir une fin. Aurait-on oublié la face lumineuse de l'homme? L'homme est l'animal le plus créatif, le plus capable de s'adapter à son environnement et de suivre les caprices de l'évolution.
Le péril écologique est la fin qui le sortira de l'ornière dans laquelle il s'est engagé depuis vingt ans. Comment installer l'humanité dans des conditions qui lui permettent de vivre sans encombre majeure? Telle sera la tâche du prochain millénaire. Le nouveau dieu que réclamait Heidegger est à ce prix.
Pour contrer les dérives du système, il n'est pas besoin de recourir aux extrémistes de l'obédience totalitariste. La remise en cause du système n'est pas soumise à l'alternative diabolique de la realpolitik. Soit le mauvais ou le pire. L'homme n'est pas contraint de courber l'échine en optant pour le pire à défaut de l'utopie. Le règne de la perfection n'est pas près d'advenir. Celui du changement est programmé.
Heureusement, l'alternative entre l'ultralibéralisme et le totalitarsime classique n'existe qu'à l'intérieur de la bulle dans laquelle nous enferme le système pour nous empêcher de nous déterminer. En réalité, l'alternative au mauvais n'est pas le pire (soit, sous sa formulation utopique, le meilleur). C'est la modération.
Quel indice mesure la forme du géant au pied d'argile qu'est l'Occident ? La santé de ses opposants! En ce moment, les opposants se portent bien. Ce n'est pas bon signe pour la forme du système. Tous ceux qui sont classés comme extrémistes prennent du galon. Face à Besancenot ou Marine Le Pen, les représentants du système démocratique éprouvent de plus en plus de mal à cacher les grosses ficelles de leur hypocrisie. Le système de la transparence dont ils se réclament les contraint à s'appuyer sur l'honnêteté publique alors qu'ils pratiquent les privilèges et les prévarications. Dans ses Pièces morales, Clément Rosset a raison d'indiquer que Jean-Marie Le Pen n'incarne jamais que la caricature moraliste des politiciens au pouvoir.
Quand les électeurs, lassés, se rendirent compte que Miterrand les avaient dupés avec un socialisme qui n'en avait que le nom, ils se retournèrent sur le passé de leur chère Cinquième République. Quoi? Etait-ce possible? Ils avaient en 1981 contré le choc pétrolier en installant au pouvoir l'incarnation de l'espoir - et l'espoir se révélait sous sa face réaliste? Il n'existait aucun espoir que Mitterrand change la face de la France ni du monde! Miterrand les avait-il bernés?
De dépit, ils se retournèrent vers Chirac. En pure perte. Blanc bonnet et bonnet blanc ne sauraient influer sur un système qui les dépassait de très loin. En 2002, leur message d'alerte exprima la déception des trahis. Le Pen aux dépens de Jospin! Chirac n'en tint pas compte. Malgré le non à l'Europe. Malgré la crise du CPE.
Aujourd'hui, on prie pour que Le Pen ne figure pas au deuxième tour de la présidentielle, après s'être moqué des Autrichiens ou des Italiens dans un proche passé.
On a beau savoir que la France ne pèse que d'un poids moyen dans l'économie mondiale (tout un symbole : pourquoi ne parle-t-on pas de la politique mondiale), elle est représentative des dérives de la mondialisation en tant que figure de proue de l'impérialisme occidental (ne pas oublier l'esclavagisme et le colonialisme dans lesquels elle prit une part non négligeable). Comme toutes les nations issues de l'esprit grec, son âme recèle cependant une autre donnée que l'imperium romain : l'esprit de la conversatoin, tel qu'on le pratiqua dans les meilleurs cours d'Europe au dix-septième siècle (son âge d'or). Les Français se disputent plus qu'ils ne discutent, mais ils disposent d'un solide esprit critique qui les empêche d'entériner tout de go les billevesées que leurs brillants dirigeants leur vendent comme les pépites de la modernité.
Les extrémistes de tous poils n'ont aucune peine à fustiger les mensonges des partis au pouvoir. La dérive du système remonte aux prémisses de la mondialisation. La duperie qui permit aux contestataires adeptes de la violence comme remède de ratisser de plus en plus de mécontents coïncida avec la vague néo-libérale qui envahit la planète, laissant croire que la seule alternative au communisme moribond résidait dans la primauté de l'économique sur le politique. Le réalisme revendiqué contre l'idéologie destructrice cache en réalité dès les germes l'apologie de l'Idéologie Unique contre ses rivales.
Les vieux concurrents n'en demandaient pas tant. Face aux mensonges de plus en plus grossiers et évidents des hérauts de la démocratie autoproclamée, les vieux totalitarismes ressurgissent, n'ayant aucue peine à surfer sur la vague des révoltés et des exclus. Désormais, la vieille Europe tremble de faire les frais de la mondialisation ultralibérale. Quant aux autres peuples, ils se taisent, conscients qu'ils n'ont rien à perdre et tout à gagner sur le court terme.
Le désespoir profond que l'on nomme nihilisme tient précisément dans l'absence d'alternative que l'on sert comme argument imparable à l'apologie de l'ultralibéralisme. L'électeur des démocraties a été éduqué pour recevoir du Bonheur sans s'impliquer dans la vie publique. Ne pas s'engager, être dénué d'opionion, regarder la télé et faire des enfants - surtout, faire des enfants.
Le système se prétendait bienveillant tant qu'il trouvait en face de lui la menace communiste et qu'il devait mettre de l'eau dans son vin. Désormais qu'il a les coudées franches, il se moque de l'eau comme d'une guigne.
L'intérieur et l'extérieur. L'homme a besoin d'un extérieur pour donner du sens et de l'équilibre à son intérieur. Avec la chute du communisme, l'Occident a perdu sa limite extérieure. Du coup, il se cherche des ennemis. En ce moment, ce sont les islamistes, mais je doute que les islamistes ressemblent au monstre annoncé. Ce sont au mieux les enfants de la désespérance.
Du coup, la mondialisation ressemble à une course folle sans aucun but, maintenant que les moyens ont pris la place des fins. Le système survit en se dévorant. Le système qui prétend à la démocratie présente un désir totalitariste fort : permettre l'enrichissement massif d'une minorité sur le dos de la majorité, avec l'appui d'une partie de la classes moyenne supérieure. L'intérieur et l'extérieur ne font qu'un. La démocratie d'Occident soutient les dictatures dans le restant du monde et encourage les paradis fiscaux. Le système, loin d'être au service de la démocratie, utilise la démocratie comme un paravent pour sa campagne souterraine. Les peuples dominants ont quelques libertés en échange de leur consentement. Quant aux dominés, ils n'ont qu'à bien se tenir!
Avec la mondialisation, après s'être moqué des quatre cinquièmes de la planète, le système plaide pour l'équilibre des richesses au nom de la morale. Les pays pauvres n'ont pas à se plaindre puisqu'ils s'enrichissent. Les pays riches n'ont pas à se plaindre de leur opulence relative. Les gagnants sont les financiers. Les perdants, les peuples. Comme d'habitude.
Pour changer, il faut restaurer l'intérieur et l'extérieur. Comment retrouver un but véritable? L'économique n'est que le moyen du politique. Sa suprématie actuelle montre que l'humanité se cherche des fins. En crise de sens, elle ne croit plus en des dieux ou des idéaux. Tous les espoirs se sont effondrés à mesure que les utopies qui les portaient se révélaient illusoires. L'homme est-il promis à a lmorosité version Houellebecq? Rien n'est moins sûr... Il arrive que les catastrophes annoncent des lendemains qui chantent. L'inverse est vrai également. La chute du communisme fut célébrée comme l'avènement d'une ère nouvelle, où la liberté et la prospérité triompheraient. On voit le résultat.
Les problèmes écologiques qui s'annoncent sont une aubaine pour restaurer un but véritable. Si l'humanité poursuit sa course folle, elle est appelée à disparaître. Trois cents ans ne sont rien à l'échelle de l'histoire de la vie! L'homme serait-il dominé par les pulsions suicidaires? Je ne le crois pas. Sa face sombre, empreinte de violence et de destruction, prend le pas chaque fois que l'homme n'assigne pas à son désir une fin. Aurait-on oublié la face lumineuse de l'homme? L'homme est l'animal le plus créatif, le plus capable de s'adapter à son environnement et de suivre les caprices de l'évolution.
Le péril écologique est la fin qui le sortira de l'ornière dans laquelle il s'est engagé depuis vingt ans. Comment installer l'humanité dans des conditions qui lui permettent de vivre sans encombre majeure? Telle sera la tâche du prochain millénaire. Le nouveau dieu que réclamait Heidegger est à ce prix.
Pour contrer les dérives du système, il n'est pas besoin de recourir aux extrémistes de l'obédience totalitariste. La remise en cause du système n'est pas soumise à l'alternative diabolique de la realpolitik. Soit le mauvais ou le pire. L'homme n'est pas contraint de courber l'échine en optant pour le pire à défaut de l'utopie. Le règne de la perfection n'est pas près d'advenir. Celui du changement est programmé.
Heureusement, l'alternative entre l'ultralibéralisme et le totalitarsime classique n'existe qu'à l'intérieur de la bulle dans laquelle nous enferme le système pour nous empêcher de nous déterminer. En réalité, l'alternative au mauvais n'est pas le pire (soit, sous sa formulation utopique, le meilleur). C'est la modération.
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